TITRE III
VARICES DE l'uRÈTHRE ET DE LA VESSIE,
Le plexus vésical ou mieux vésico-uréthral de la femme est moins développé que celui de l'homme. Il reçoit des rameaux veineux des grandes lèvres, du clitoris, et communique très largement en arrière avec le plexus vaginal.
Il n'est donc pas irraisonnable d'admettre que les veines qui le composent deviennent en même temps que celles de ce dernier le siège de dilatations morbide pendant la grossesse. Peut-être même arrive-t-il qu'elles sont, isolément et indépendamment de toute influence de voisinage, frappées par Tétat variqueux.
On pourrait expliquer, à l'exemple de Richet (2) et de Winckel (3), par cette modification dans le volame de ce plexus, en se basant sur ce qui se passe chez l'homme atteint d'hémorrhoïdes de la vessie, les envies fréquentes d'uriner, le ténesme, dont sont quelquefois tourmentées les femmes enceintes. Mais ce n'est là qu'une supposition ; car ces dysuries reconnaissent généralement pour cause, dans les premiers mois de la grossesse, la pression de l'utérus remplissant l'excavation pelvienne et appuyant sur le col vésical. Plus tard, cette gêne dans rémission de l'urine est attribuable à la compression de la partie inférieure de la matrice sur le réservoir urinaire lui-même. Il peut aussi exister au début de la grossesse une véritable cystite d'intensité variable. Il est possible aussi de rapporter dans certains cas le ténesme, soit à un spasme uréthral idiopathique, d'origine purement névrosique, soit à un spasme symptomatique, lorsque, par exemple, il ejiiste des hémorrhoïdes anales.
Dans ce dernier cas on serait en droit de soupçonner des varices du plexus vésico-uréthral développées sous l'influence de la même cause.
(1) Cliniq. méd.,, p. 441.
(2) Sur les hémorrhoïdes uréthrales et leur traitement. Gaz. des hôp., 1872, p. 505 et s.
(3) Die Krankheiten der weiblxchen Harnrbhre und Blase, in Pitha und Billroth,
Dans un livre publié récemment, Skene (1) le premier a insisté sur les symptômes de ces varices. Suivant lui, elles peuvent occuper un point quelconque de l'urèLhre, mais habituellement elles siègent sur la paroi inférieure du canal. Les troubles qu'elles déterminent sont en rapport avec leur volume ; s'il est considérable, elles obstruent l'urèthre ; quelquefois les vaisseaux se rompent et le sang s'épanche sous la membrane muqueuse (2). Les tumeurs qui résultent de la rupture de ces varices sous la muqueuse ont été désignées par quelques auteurs sous le nom d'hématomes polypeux de l'urèthre.
« Dans quelques cas, ajoute Skene, l'état variqueux des vaisseaux de la muqueuse, présentant un volume considérable peut simuler le prolapsus de la membrane muqueuse ; si, cependant, on fait attention à la coloration bleue, à la sensation élastique, à la réduction du volume des hémorrhoïdes de l'urèthre par la compression, on commettra rarement une erreur de diagnostic. On ne doit pas oublier cependant que le prolapsus de la muqueuse et les varices des veines uréthrales peuvent
exister simultanément L'état variqueux existe particulièrement
chez les femmes enceintes et en particulier chez celles qui ont eu beaucoup d'enfants. La cause réside dans l'interruption de la circulation
veineuse par la pression qu'exerce l'utérus gravide Cette affection
détermine des douleurs pelviennes et des envies fréquentes d'uriner qui sont si pénibles pour certaines femmes enceintes. Il faut savoir cependant que ces symptômes peuvent être dus à d'autres causes qu'à Texistence des veines variqueuses. » (Ce que nous-même nous avons
(1) Skene, Diseases of thebladder and urethra in Women, 1879, p. 145.
(2) Le sang peut aussi se faire jour au dehors si la muqueuse ne résiste pas; c'est ce qui paraît avoir eu lieu dans l'observation suivante citée par Budin. « La femme X..., 27 ans, à partir du septième mois de sa grossesse, qui évoluait normalement, fut atteinte d'uréthrorrhagies peu abondantes, mais répétées. Au début, il fat assez difficile de diagnostiquer l'origine du sang; on ne savait guère s'il ne venait pas de la vessie; m.ais cependant en voyant le liquide s'écouler en dehors de la miction et de longs cylindres sanguins se déposer dans les sédiments urinaires, ont dut admettre qu'il provenait des vaisseaux de l'urèthre. La femme succomba à des accidents infectieux qui survinrent pendant les suites de couches. A Vautopsie, on put constater des veines variqueuses faisant saillie sous la muqueuse uréthrale, plus spécialement sous la face postérieure près du col de la vessie et sur la face antérieure près du méat urinaire. Ces veines ne contenaient pas de caillots. L'appareil génito-urinaire étant sain, nous avons pensé que le sang provenait de ces varices uréthrales (Bar, int. des hôpitaux. Hôpital Saint- Antoine, service du 1)^ Cornil,)
établi plus haut.) a Si vous constatez que la femme se trouve soulagée lorsqu'elle se place dans la situation horizontale et que l'urine est normale, vous pouvez soupçonner cet état pathologique, et, si les symptômes sont sufflsamment accusés et graves, faire un examen local qui montrera que les vaisseaux de l'urèthre et du vagin sont variqueux; vous en concluerez que la même altération existe pour les vaisseaux de la vessie. Si le diagnostic est douteux, l'endoscope vous aidera à résoudre la question. L'état de la malade s'améliore ou elle guérit complètement après l'accouchement, et le mieux qu'on puisse faire est d'ordonner le repos et de placer la femme dans des conditions aussi confortables que possible jusqu'au moment de la délivrance. »