AU SOLEIL
Il a paru le splendide flambeau des dieux , l’œil de Mitra , de Varotina et d’Agni. Le soleil a rempli le ciel, la terre et l’air, âme du monde mobile et immobile. Il suit la divine, la resplendissante aurore, comme le mari suit les pas de son épouse, à l’heure où les mortels pieux, observant les temps marqués pour le sacrifice , offrent un joyeux hommage au dieu qui fait leur joie. Les chevaux du soleil, heureux , rapides, étincelants, élancés sur la route qu’ils parcourent, dignes de nos hommages, qu’ils reçoiveut comme lui, ont franchi la hauteur du ciel, et dans un instant ils ont fait le tour du ciel et de la terre. Telle est la divinité du soleil; telle est son immensité. A la moitié de son œuvre, il retire la lumière qu’il répandait; et dès qu’il a dételé de son char les rapides coursiers , la nuit étend son ombre sur le monde. Puis, en présence de Mitra et de Varouna , le soleil montre encore sa splendide figure dans le milieu du ciel, et ses infatigables coursiers ramènent tantôt sa clarté puissante et infinie, tantôt l’obscurité sombre. O Dieu ! en ce jour au lever du soleil, délivre-nous de toute faute honteuse; et puissent nous accorder aussi cette grâce Mitra, Varouna, Aditi, la mer, la terre et le ciel.
L’aurore est un des phénomènes naturels qui paraissent avoir le plus vivement ému et frappé le génie indien. Jamais ce réveil de la lumière et de la vie n’a rien inspiré de plus suave, et l’on peut ajouter de plus grand. L’aurore ne vient pas seulement ranimer la nature et annoncer à l’homme le retour du jour que lui accordent les dieux ; elle rappelle surtout l’homme aux devoirs que la recon-
(1) M. Langlois, 1. 1, p. 226; Rosen , p. 240.
naissance et la piété lui imposent. Dans la religion védique , le feu du sacrifice doit être allumé trois fois chaque jour, le matin, à midi et le soir. La première invocation de la journée parait à la fois la plus sainte et la plus douce ; les poètes sacrés n’ont pas trouvé pour elle des chants trop délicats, des images trop fraîches, des nuances trop fines. Pour ma part, je ne connais sur ce sujet rien qui dépasse les deux hymnes suivants, ni même qui les égale.
Section I, lecture iv , hymne 2 (1). — Prascanva , rishi ; Vrihati (2) , mètre.