‹ Des VédasChapitre 4 sur 15 · A L’AURORE · texte numérisé non relu

A L’AURORE

Parée de ton trésor, viens nous éclairer, aurore, fille du ciel; apporte-nous la nourriture abondante, ô déesse splendide! Apporte-nous les richesses, ô déesse qu’implorent nos offrandes! Souvent les prières du matin, fécondes en coursiers, en génisses , en biens de tout genre , ont procuré aux mortels une heureuse destinée. Ne m’inspire donc que des paroles de vérité et de reconnaissance, aurore, et assure-moi le bonheur que les riches ont en partage.

Elle s’est déjà montrée souvent à nous; la voilà qui brille aujourd’hui de nouveau, cette déesse, mettant en mouvement les chars rapides qui, à son approche, se disposent et se préparent, comme sur mer se préparent les vaisseaux avides de richesses. Aurore, parmi les poètes qui, à ta présence, recueillent leur âme pour adorer ta magnificence, c’est Kanva , le plus sage d’eux tous , qui invoque avec le plus de ferveur le nom que les humains t’ont donné. Ici , comme la mère de famille vigilante , l’aurore vient tout protéger ; elle s’avance , conduisant

(1) M. Langlois , t. I , p. 91 ; Rosen , p. 92.

(2) La Vrihati est un vers de trente-six syllabes.

chaque jour vers la vieillesse tous les êtres qui sont doués de la vie et qui marchent sur la terre ; elle donne l’essor aux oiseaux ; elle réveille l’homme diligent, comme elle réveille le pauvre; elle n’aime point la paresse et la lenteur. Devant tes clartés , ô déesse qui nous fais vivre ! il n’est plus un être ailé qui continue de reposer.

Elle attela ses coursiers dans la région lointaine où se lève le soleil. L’heureuse aurore est venue trouver ici les humains avec ses cent chars tout remplis de richesses. A sa vue , le monde entier, frappé de respect, se prosterne, pendant que, prévoyante et sage, elle fait la lumière; pendant que l’aurore , la fille opulente du ciel, chasse et disperse les ennemis qui nous poursuivent de leur haine. Aurore , fille du ciel , brille d’un doux éclat , nous apportant l’abondance et la richesse , resplendissante pour chacun des jours que tu fais. C’est en toi qu’est le souffle, qu’est la vie de tout ce qui respire, dès que tu parais, ô déesse bienfaisante, en ta splendeur! Ecoute notre prière , et que ton vaste char nous amène tous les biens possédés par toi. Aurore , accepte ces mets divers qu’il convient au genre humain de t’offrir, et conduis aux cérémonies saintes les pieux mortels qui te célèbrent et te chantent dans leurs libations; amène aussi , pour boire notre soma , tous les dieux, que tu feras descendre, aurore, du haut des airs; et pour nous, ô déesse! accorde-nous. avec des vaches et des coursiers, la nourriture et l’abondance qui font notre gloire et notre force.

Que cette aurore, dont nous apercevons les favorables rayons, nous donne la richesse désirée de tous, la richesse aussi belle que facile. Tous les chantres antiques, ô grande déesse ! qui invoquèrent ta protection , ont reçu de toi l’abondance qu’ils te demandaient; exauce également nos prières, aurore, et donnenous les biens splendides et purs. Aurore , puisque tu ouvres encore aujourd’hui de ta lumière les portes du ciel , accordenous une maison opulente , à l’abri de l’ennemi , que nourrissent des vaches fécondes. Assure cous, ô puissante aurore ! la richesse inépuisable sous ses formes infinies; assure- nous de

nombreux troupeaux; assure-nous la gloire qui peut tout soumettre ; assure-nous la nourriture , ô déesse qui nourris l’univers !

Le second des hymnes à l’aurore que je veux citer est encore plus beau ; on y remarquera , vers la fin , une certaine mélancolie grandiose et sereine, malgré sa tristesse. L’homme ne peut pas revoir la lumière sans penser qu’un jour il la perdra , comme tant d’autres de ses semblables l’ont perdue avant lui et la perdront après.

Section I, Lecture viii, Hymne i (1). — Coutsa , rislii ;

Trishtoubh, mètre.

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