L’AME
Ton Ame , qui est allée au loin dans la contrée de Yama (2) , nous la rappelons pour qu’.elle revienne ici dans la maison, à la vie.
Ton Ame , qui est allée au loin dans le ciel et dans la terre , nous la rappelons pour qu’elle revienne ici dans la maison, à la vie.
Ton Ame , qui est allée au loin visiter la terre aux quatre parties , nous la rappelons pour qu’elle revienne ici dans ta maison, h la vie.
Ton Ame, qui est allée au loin dans les quatre régions de l’air, nous la rappelons pour qu’elle revienne ici dans ta maison , à la vie.
Ton Ame, qui est allée au loin dans l’Océan et ses flots écumeux , nous la rappelons pour qu’elle revienne ici dans ta maison , à la vie.
Ton Ame, qui est allée au loin dans les torrents lumineux , nous la rappelons pour qu’elle revienne ici dans ta maison , à la vie.
Ton Ame, qui est allée au loin dans les eaux , dans les plantes, nous la rappelons pour qu’elle revienne ici dans ta maison, à la vie.
Ton Ame , qui est allée au loin vers le soleil , vers l’aurore , nous la rappelons pour qu’elle revienne ici dans ta maison , à la vie.
(1) M. Langlois, IV. p. 265.
(2) Varna, dieu de la mort. (Voir plus haut, p. 4t, la note sur Yama).
Ton Ame, qui est allée au loin dans les vastes montagnes, nous la rappelons pour qu’elle revienne ici dans ta maison , à la vie.
Ton Ame , qui est allée au loin dans le monde entier , nous la rappelons pour qu’elle revienne ici dans ta maison , à la vie.
Ton Ame , qui est allée au loin vers les dernières limites de l’univers, nous la rappelons pour qu’elle revienne ici dans ta maison , à la vie.
Ton Ame, qui est allée au loin dans le passé , dans le futur, nous la rappelons pour qu’elle revienne ici dans ta maison, à la vie.
Les hymnes qui précèdent doivent avoir donné une idée suffisante du Rig-Véda , ou plutôt de cette partie du Rig- Véda , qui contient les prières ou mantras , et qui est proprement appelée la Samhitâ. Mais ce n'est pas là le Rig- Véda tout entier ; et si l’on doit s’en rapporter aux Indiens eux-mômes , les seuls juges vraiment compétents , si l’on doit s’en rapporter à l’école Mîmânsâ, le Rig-Véda comprend aussi les Brâhmanas qu’on y rattache. Ces Brâhmanas , comme on l'a vu plus haut ( pages 52 et 35) , sont au nombre de deux , traitant l’un et l’autre le môme sujet, mais le disposant dans un ordre différent. Je vais en donner quelques extraits, que j’emprunterai à Colebrooke , n’ayant pas le texte à ma disposition. C’est un tout autre monde que celui des Mantras; et il n’est pas besoin d’un long examen pour affirmer que les Brâhmanas sont beaucoup plus récents que les hymnes. Ils en expliquent pour un grand nombre , d’ailleurs , l’origine et l’occasion ; et , à ce point de vue, ils sont fort importants par les légendes qu’ils ont conservées.
L’Aitareya-Brâhmana , en vers et en prose, comprend huit livres , divisés chacun en cinq lectures , et formant en tout quarante chapitres. Voici un extrait du trente-huit-
tième chapitre, ou le troisième du huitième livre : c’est la consécration mystique d’Indra.
Ai areya Brâhmaoa, livre VIII, chapitre 3'.
Après l’inauguration d’Indra par Pradjapali, le divin Vasou le sacra dans la région de l’est avec les mêmes prières en vers et en prose, avec les mêmes paroles saintes, pendant trente et un jours , afin de lui assurer sa juste domination. De l'a vient que maintenant encore les rois des Pralchyas, dans l’est, sont sacrés d’après la pratique des dieux , d’après les règles fixées (Sàmrâdjya), et que les rois ainsi sacrés sont appelés parles peuples Sàmrâdjs.
Ensuite les divins Koudras le sacrèrent dans la région du sud, avec les mêmes prières en vers et en prose, avec les mêmes paroles saintes, durant trente et un jours, pour assurer la continuité de son bonheur. De là vient que les rois des Salvats, dans le sud , sont sacrés d’après la pratique des dieux pour assurer la continuité de leur joie (Bhodjya), et que les rois ainsi sacrés sont appelés par les peuples Bhodja.
Ensuite les divins Adilyas le sacrèrent dans la région de l’ouest, etc.
Ensuite tous les dieux le sacrèrent dans la région du nord, etc.
Ensuite les divins Sàdhyas et Aptyasle sacrèrent dans la région du milieu, etc.
Enfin les Marouts elles dieux nommés Anguiras le sacrèrent dans la région inférieure, etc.
Sacré par cette grande inauguration , Indra subjugua toute la terre et conquit tous les mondes; il obtint la supériorité, la prééminence , la domination sur tous les dieux. Ayant obtenu dans ce monde la puissance équitable, le bonheur, la domination exclusive , l’autorité séparée , l’habitation de la demeure suprême , la souveraineté , le pouvoir sans bornes et le gouverne-
ment universel; devenu être existant en soi et maître indépendant, exempt de toute dissolution possible, remplissant tous ses désirs dans le monde céleste, Indra devint immortel ; il devint immortel.
Le trente-neuvième chapitre , continuation du précédent, décrit le sacre des rois à l’imitation du sacre d’Indra ; et il énumère minutieusement toutes les conséquences bienfaisantes d’un sacre accompli dans ces formes.
Enfin le quarantième chapitre de I ’Aitareya-Brdhmana est destiné à faire comprendre aux Rois tous les avantages que la présence d’un pourohita ou prêtre domestique attire sur la maison opulente et pieuse qui l’entretient. La dernière section de ce chapitre donne la description détaillée des cérémonies toutes-puissantes qui , sous la direction de ce prêtre, ont pour objet de faire périr les en nemis du Roi.
Ensuite, dit l’ Aitareya- Brdhmana , on décrit la destruction dans l’air. Les adversaires, les ennemis, les rivaux, périssent autour de celui qui fait accomplir tous ces rites. Ce qui se meut dans l’atmosphère, c’est l’air (Brahme) autour duquel périssent cinq déités : la foudre, la pluie , ia lune, le soleil et le feu.
La foudre ayant brillé disparaît derrière la pluie; elle s’évanouit et personne ne sait où elle est allée. Quand un homme meurt, il disparaît, et personne ne sait où est allée son âme. Ainsi donc, quand la foudre s’évanouit, prononcez celte prière: c Puisse mon ennemi périr ainsi ! puisse-t-il disparaître, et personne ne savoir où il est! » Aussitôt l’on ne saura ce qu’il est devenu.
Quand la pluie est tombée, elle s’évapore et disparaît avec la lune, et personne ne sait, etc. Quand la pluie cesse, prononcez celte prière, etc.
La lune, quand elle est en conjonction, disparaît avec le soleil, etc. Quand la lune se cache, prononcez cp"° nrière, etc.,
Le soleil, quand il se couche, disparaît sous forme do feu , etc. Quand le soleil se couche, prononcez cette prière, etc.
Le feu, quand il monte, disparaît dans l’air, etc. Quand le feu s’es* éteint , prononcez cette prière , etc.
Les mêmes déilés naissent et se forment suivant celte origine. Le feu naît de l’air ; car, poussé par un souffle violent , il prend une nouvelle ardeur. Quand vous le voyez se ranimer, prononcez cette prière: « Que le feu se ranime! mais que mon ennemi ne se ranime pas! puisse-t-il rester à jamais éloigné ! » Cette prière suffit pour que l’ennemi s’éloigne encore davantage.
Le soleil naît du feu; quand vous le voyez, prononcez cette prière : « Puisse le soleil se lever ! mais que mon ennemi ne se ranime pas , etc. »
La lune naît du soleil ; quand vous la voyez, prononcez cette prière : « Puisse la lune se renouveler! mais que mon ennemi, etc. »
La pluie naît de la lune ; et , quand vous la voyez , prononcez cette prière : « Puisse la pluie être produite ! mais que mon ennemi, etc. »
La foudre naît de la pluie; et, quand vous la voyez, prononcez cette prière: « Puisse la foudre briller! mais que mon ennemi, etc. »
Telle est la destruction dans l’air. Maitreya, fils de Kousharou, communiqua ces rites à Soutvan, fils de Kirisa , descendant de Bhârga. Cinq rois périrent autour de lui , et Soutvan atteignit le pouvoir qu’il désirait.
Celui qui entreprend de pratiquer ces rites doit appliquer soigneusement les règles suivantes : Qu’il ne se couche pas plus tôt que son ennemi, et qu’il se lève quand il suppose que son ennemi est levé; qu’il ne se lève pas plus tôt que son ennemi , mais qu’il se couche quand il suppose qu’il est couché; qu’il ne s’endorme pas plus tôt que son ennemi , mais qu’il s’endorme quand il suppose qu’il est endormi ; qu’il veille quand il suppose qu’il veille. Son ennemi a beau avoir une tète de pierre, bientôt il le tue ; bientôt il le lue.
Nous voici bien loin de cette grande poésie des hymnes. L’inspiration sublime des rishis a disparu pour faire place à je ne sais quelle imagination extravagante et superstitieuse. Les nobles émotions qu’inspirait le spectacle de la nature se sont éteintes ; et la mythologie des premiers âges a donné naissance à des légendes absurdes qui ont aussi peu de grâce que de vraisemblance. La haine, le désir de la vengeance , sont les seules passions qui parlent au cœur de l’homme , avec l’intérêt, qui lui soufile la dissimulation et la bassesse. C’est une chute honteuse pour le génie indien ; et ce mélange des idées les plus hautes et les plus saintes avec les calculs le plus misérables et les plus profanes, a quelque chose qui repousse et dégoûte la raison dans un livre qu’on donne pour divin.
Mais il faut être juste ; l’Aitareya-Brâhmana ne renferme pas seulement des morceaux de cet ordre inférieur; il en a d’autres très-différents , où la spéculation métaphysique rachète par sa grandeur et sa vérité tant d’erreurs et de misères. Dans une (1) des Oupanishads de l’Aitareya-Brâhmana , je trouve cette admirable allégorie de la Dispute des sens , déjà connue par l’Oupnékhat d’Anquetil-Duperron , et par la traduction qu’en a donnée M. Eugène Burnouf, Je la lui emprunte , en n’y faisant que de trèslégers changements :
RIG-VÉUA.
Aitareya-Bràkmand , dans l’Oupanishad Sarvasàra.
Les sens disputaient entre eux : « C’est moi qui suis le premier ; c’est moi qui suis le premier , » s’écriaient-ils. Puis ils so
(1) Il faut faire le mot oupanishad, féminin en français , comme il l’est en sanscrit.
dirent : « Allons, sortons de ce corps ; celui d’entre nous qui en sortant du corps le fera tomber, sera le premier. »
La parole sortit : l’homme ne parlait plus; mais il mangeait, il buvait et vivait toujours. La vue sortit : l’homme ne voyait plus; mais il mangeait, il buvait et vivait toujours. L’ouïe sorti t : l'homme n’entendait plus ; mais il mangeait , il buvait et vivait toujours. Le manas sortit : l’intelligence sommeillait dans l’homme ; mais il mangeait , il buvait et vivait toujours. Le souffle de vie sortit : à peine fut-il dehors, que le corps tomba; le corps fut dissous; il fut anéanti. Delà vient que l’on donne au corps le nom de Çarîra. Il voit certainement s’anéantir son ennemi et son péché, celui qui sait cela.
Les sens disputaient encore : « C’est moi qui suis le premier; c’est moi qui suis le premier, » s’écriaient-ils. Puis ils se dirent ; u Allons, rentrons dans ce corps qui est à nous. Celui d’entre nous qui en rentrant dans ce corps le remettra debout, sera le premier » La parole rentra : le corps gisait toujours. La vue rentra : il gisait toujours. L’ouïe rentra : il gisait toujours. Le manas rentra : il gisait toujours. Le souffle de vie rentra : à peine était-il rentré que le corps se releva. Celui-là fut le premier. Le premier des sens, en effet , est le souffle de vie même; que l’on sache donc que le premier des sens est le souffle de vie. Les Dévas lui dirent : « C’est toi qui est le premier; cet univers tout entier, c’est toi. Nous sommes à toi et tu es à nous. » C’est ce qu’a exprimé le sage inspiré quand il a dit : Tu es à nous et nous sommes à toi (1).
(1) M. Eugène Burnouf, trad. du Bhâgavata-Pourdna , t. I , préface, p. cxxxvi. Ce morceau est traduit dans 1 ’Oupnckhat , t. II, p. 41 : Anquetil appelle celte Oupanishad Sarbsar. La même fable se retrouve, mais moins complète , dans la Yrihadaranyaka Oupanishad du Yacljour-Véda; et M. Eug. Burnouf avait traduit aussi ce fragment. Voir le commentaire sur le Yaçna, t. I, seconde partie , p. clxx. EnGn, on retrouve la même allégorie dans la Tehandoguya Oupanishad du Sâma-Véda : voir 1 ’Oujinékkat, t. I, p. 42. De ces trois versions d’une même idée, la plus belle est celle dont j’ai reproduit la traduction ; elle patait la version originale
Une annexe de ce Brâhmana du Rig-Véïla, l'Aitareya- Aranyakam . comprend dix-huit lectures, réparties inégalement en cinq livres ou âranydkas. Le second et le troisième livre forment, comme on lésait, une Oupanishad, appelée Bahvritch Brâhmana Oupanishad ; et les cinq derniers chapitres du second livre réunis, forment une Oupanishad nommée spécialement Aitareya Oupanishad.
Colebrooke en donne le morceau suivant, que je suis réduit à traduire encore sur l’anglais en l’absence du texte que je n’ai pas (1) :
A l’origine, tout cet univers n’était que l’âme; rien autre n’existait ni actif ni inactif. L’âme pensa : « Je créerai les mondes; » et aussitôt elle créa ces mondes divers, l’eau, la lumière , les êtres mortels et les eaux. L’eau est la région qui est au-dessus du ciel , que supporte le ciel ; l’atmosphère comprend la lumière; la terre est mortelle; et les régions inférieures sont les eaux.
L’âme pensa et se dit : « Voilà les mondes; je vais créer des gardiens de ces mondes. » Il tira donc des eaux et créa un être revêtu d’un corps. Il le vit ; et la bouche de cet être ainsi contemplé s’ouvrit comme un œuf. De sa bouche sortit la parole; delà parole sortit le feu. Les narines s’écartèrent; et des narines sortit le souffle ; du souffle sortit l’air qui se propagea au loin. Les yeux s’ouvrirent; et des yeux s’élança une clarté; et de cette clarté fut produit le soleil Les oreilles se dressèrent; et de l’oreille fut produite l’ouïe , et de l’ouïe furent produites les
dont les deux autres ne sont qu’un développement plus ou moins heureux. La pensée tout entière , avec le départ et le retour des sens , n’est que dans la version de la Sarvasàra. M. Eug. Burnouf a remarqué avec raison que cette allégorie rappelle celle des membres et de l’estomac, dont Ménénius Agrippa Cl usage à Rome pour ramener le peuple à de meilleurs sentiments et le réconcilier avec le sénat.
(1) Colebrooke, Essays, t. 1 , p, hl .
régions de l’espace. La peau s’étendit; et de la peau naquit la chevelure; et c’est de la chevelure que naissent les arbres et les plantes. La poitrine s’ouvrit; et de la poitrine sortit l’esprit; et de l’esprit sortit la lune. Le nombril sortit; et du nombril vint la déglutition ; et de cette déglutition , la mort. Les organes de la génération sortirent; de ces organes sortit la semence reproductrice, d’où coulèrent aussi les eaux.
Ces dieux ainsi créés tombèrent dans le vaste Océan; et ils vinrent vers l’âme tourmentés par la soif et la faim. Ils lui dirent : « Donne-nous une demeure moins vaste , pour que nous u puissions y trouver la nourriture dont nous avons besoin. » L’âme leur offrit la forme d’une vache ; ils lui répondirent : « Ce « n’est pas suffisant pour nous. » L’âme leur proposa la forme d’un cheval; et ils dirent: « Ce n’est pas encore suffisant pour nous. » L’âme leur proposa la forme humaine et ils s’écrièrent : « Ah ! c’est fort bien ! c’est merveilleux ! » et c’est de là qu’on a pu dire que l’homme seul est bien formé.
L’âme leur commanda ensuite d’occuper chacun leur place spéciale. Le feu devenu la parole entra dans la bouche. L’air devenu le souffle rentra dans les narines. Le soleil devenant la vue entra dans les yeux. L’espace devenant l’ouïe occupa les oreilles. Les arbres et les plantes devenant la chevelure remplirent la peau. La lune devenant l’esprit entra dans la poitrine. La mort devenant la déglutition entra dans le nombril. L’eau devenant la semence reproductrice, entra dans les organes de la génération.
La faim et la soif s’adressant à l’âme lui dirent : « Donnenous nos places. » L’âme répondit : « Je vous distribue entre ces déités; et je vous fais entrer en partage avec elles. » De là vient que quelle soit la divinité à laquelle on fasse une offrande, la faim et la soif y prennent leur part.
L’âme réfléchit et se dit : « Voilà les mondes, voilà les gardiens des mondes; il faut que je crée la nourriture dont ils ont besoin. » L’âme regarda les eaux, et des eaux ainsi contemplées sortit la forme; et la nourriture est la forme qui fut ainsi produite.
La nourriture ainsi créée se retourna et songea à fuir. Le premier homme essaya de la prendre par la parole; mais il ne put l’atteindre par sa voix. S’il avait pu prendre la nourriture par la voix , la faim eût été satisfaite en nommant simplement la nourriture. 11 essaya de la saisir par son souffle; mais il ne put l’aborder en respirant. S’il avait pu la prendre par le souffle, la faim aurait été satisfaite en odorant la nourriture. Il voulut la saisir par un regard ; mais il ne put la surprendre ainsi. S’il avait pu la saisir parla vue , la faim eût été satisfaite en voyant la nourriture. Il essaya de la prendre avec l’ouïe ; mais il ne put la prendre en l’écoutant. S’il l’avait saisie par l’ouïe , la faim aurait été satisfaite en entendant la nourriture.il essaya de la prendre avec la peau ; mais il ne put la retenir par son seul toucher. S’il l’avait saisie en la touchant , la faim eût été satisfaite en touchant la nourriture. Il désira encore la prendre par sa pensée; mais il ne put la saisir en y pensant. S’il l’avait saisie par la pensée, la faim eût été satisfaite en méditant sur la nourriture. Il essaya de la garder avec les organes générateurs; mais il ne put ainsi la saisir. S’il l’avait gardée de cette façon, la faim eût été satisfaite par l’émission. Enfin, il essaya de la prendre avec la déglutition; et de cette manière, il l’avala. Cet air qui est ainsi absorbé saisit la nourriture; et cet air est la condition de la vie.
L’âme entre ensuite dans le corps qu’elle anime ; et de là , des détails fort étranges sur la génération , le développement du fœtus et la succession des êtres.
Le morceau , trop long pour que je puisse le donner ici sans lacunes, se termine ainsi :
Puisse le discours que je viens de prononcer être intelligent et vrai! puisse mon esprit être attentif à ce que je viens de dire ! Monlre-toi à mes yeux , ô intelligence qui le manifestes loimême. Pour moi , ô ma parole! ô mon esprit! approchez de ce Véda. Que ce que j’ai entendu ne soit jamais oublié par moi! Que le jour et la nuit je retienne tout ce que j’ai appris ! Que je
pense la réalité; que je dise la vérilé! Que cette prière me protège; qu’elle protège mon maître ! qu’elle me protège ! Que mon maître la garde! que mon maître la garde! qu’elle garde mon maître !
Je ne veux pas pousser plus loin ces citations, qui peuvent déjà paraître trop longues. Je les ai choisies de manière à ce qu’on pût connaitre par elle l’ensemble du Rig- Véda, dans ses hymnes d’abord , qui forment la Samhitâ et dans ses Brâhmanas , avec leurs Oupanishads, que n’en sépare point l’orthodoxie. Les autres Yédas nous offriront un mélange non moins irrégulier de prières magnifiques et de légendes ridicules , de méditations sublimes et de rêveries puériles : c’est la rançon que paie trop souvent l’esprit humain.