OBSERVATIONS
Obs. I. — Un homme de peine portait à la plante du pied, vers la région métatarsienne, une plaque verruqueuse du volume d’une pièce de 2 francs, saillante, dure, immobile, et fort douloureuse. La marche ne pouvait s’effectuer depuis quelque temps que sur la pointe du pied. Il n’est pas douteux que cet homme n’eût eu par la suite un pied bot équin, ainsi qu’on en a eu des exemples, par suite de cette démarche. Il était donc urgent d’enlever cette production épidermique.
Lisfranc fit ramollir la plaque avec de l’eau saturée de savon noir qui rendit l’ébarbement facile. (Gorju. — Thèse sur les tumeurs plantaires), tirée des Annales de thérap. de Rognetta. 1855.)
Obs. II. — L..., âgéde28ans, bonne constitution, bon tempérament, est affecté, depuis son enfance, d’une rétraction des tendons extenseurs des orteils due à des chaussures trop courtes. Le 15 octobre 1847, cet homme, qui est surveillant de la navigation, marchant dans un bateau chargé de boulets de
canon, mit le pied droit sur un de ces boulets qui
tourna et entraîna le pied avec lui. Dès lors sensation très douloureuse à la partie moyenne de la plante du pied et au niveau de l’espace indiquant la tête du troisième métatarsien. Le soir, gonflement du pied au' repos.
La douleur subsiste. Le malade continue son service jusqu’au 15 décembre. A cette époque, le repos est obligé à cause de l’intensité de la douleur. Il s’aperçoit de la présence d’une espèce de durillon à la plante du pied, là où il avait eu la douleur la première fois. Voyant ce durillon augmenter peu à peu et lui causer des douleurs assez vives pour lui interdire la marche, il enlève au mois de mars avec un rasoir quelques petites lames épidermiques et aperçoit plusieurs points à travers lesquels suinte le sang.
Augmentation de la rétraction des tendons, à cause de l’attitude vicieuse à laquelle l’oblige la douleur.
Un médecin consulté, pensant que la rétraction tendineuse était la cause de la difficulté de la marche et croyant la ténotomie nécessaire, l’envoie à Paris pour se faire opérer. A son entrée à l’hôpital le 17 mai, on remarque sur la ligne indiquant la tête des métatarsiens, du côté droit, à la plante du pied, et à la partie supérieure de cette ligne, un espace grand comme une pièce de 25 centimes, assez transparent, jaunâtre, formant une petite saillie comme chagrinée à sa surface et différant peu dès lors de l’épiderme voisin. La douleur est
lancinante, elle augmente avec les changements de température et avec le plus léger contact, et s’irradie dans toutes les parties voisines.
Le 18 mai, M. Robert enlève la peau malade dans toute son épaisseur jusqu’au tissu cellulaire souscutané.
Le 6 juin, le malade est guéri.
Voici l’examen microscopique de la pièce par M. Lebert. La tumeur, du volume d’une petite fève, était aplatie, irrégulière, par une section verticale dans toute son épaisseur; on voyait deux couches : une superficielle, jaune sale, demi-transparente, c’était l’épiderme cornifié; l’autre, d’un blanc mat, comme laiteux, d’une consistance élastique de 4 à 5 millimètres d’épaisseur ; la première, ayant à peine 2 millimètres d’épaisseur, montrait à la loupe sa surface supérieure irrégulière, et comme ondulée dans toute son étendue de petites colonnes verticales alignées les unes à côté des autres comme des palissades. En examinant ces coupes verticales avec un grossissement de 500 diamètres, on voit tous ces éléments, qui sont bien plus distincts, et l’on peut se convaincre en outre qu’une traînée de substance épidermique entoure de tous côtés ces colonnes papillaires et s’enfonce dans leurs intervalles. La couche transparente de l’épiderme fait voir les conduits excréteurs des glandes sudoripares, conduits moins tortueux qu’à l’ordinaire. Pour bien reconnaître les éléments primitils des deux substances de la tumeur, nous l'examinons préalablement dé-
Jayée dans l'eau imbibée d’acide acétique. On reconnaît alors, avec un grossissement de 500 diamètres, les feuillets lamelleux et polygonaux dépourvus de noyaux qui composent la couche épidermique; le centre des papilles elles-mêmes est composé de fibres verticales et serrées qui à leur partie inférieure paraissent s’épanouir, pour se mêler insensiblement avec les fibres horizontales du derme. Cette tumeur est donc constituée par une. hypertrophie locale et circonscrite de la couche papillaire de la peau, av£c augmentation de la couche épidermique. Cette tumeur, comme on le voit, était manifestement une hypertrophie papillaire. Supposez qu’elle se fût ulcérée, ce qui serait peut-être arrivé au bout d’un temps plus ou moins long, on se serait empressé de le publier sous le nom de mal perforant du pied, ce qui n’aurait fait voir qu’un côté de la maladie, b ulcération, dont l’étiologâe aurait été méconnue. (Gorju, thèse de Paris, 1855.)
Qbs. III (dè M. le Dr Leroux, interne). — Une jeune fille âgée de 19 ans, d'une excellente constitution, entre le 5 juillet à la Pitié, dans le service de M. le professeur Verneuil. Elle porte à la partie moyenne du talon un petit durillon, survenu, ditelle, à la suite de l’irritation causée par sa chaussure.
Depuis plusieurs jours ce durillon est devenu tellement sensible, qu’il lui est impossible d’appuyer avec son talon sur le sol. Elle entre donc pour qu’on
lui enlève. On constate au milieu du talon une induration épidermique du volume d’une très grosse lentille qui soulève à peine l’épiderme; il est douloureux à la moindre pression et donne la sensation d’un corps étranger pénétrant dans le talon. A ce propos, M. le professeur Verneuil fait remarquer qu’il s’agit ici d’une sorte de verrue développée en sens inverse. Voici, d’après lui, les lésions diverses que l’on constate dans ces petites productions suivant leur siège-.
A la main, la production devient saillante : c’est une verrue produite par la saillie que font les papilles du derme hypertrophiées et développées du côté de la surface épidermique. La couche épidermique épaisse recouvre les papilles.
Au pied, en raison de l’épaisseur et de la résistance de l’épiderme et aussi de la pression, les papilles augmentent également de volume, mais en sens inverse, et la tumeur est peu saillante, presque de niveau avec la surface épidermique. L’épiderme est fort épaissi, et se prolonge profondément entre les papilles.
Ailleurs., on voit une variété intermédiaire. On fît la résection sur le bistouri, et on appliqua un pansement ouaté. Dix jours après, la malade sortit guérie. La cicatrisation était complète.
Obs. IV (Samier, thèse de Paris). — Le malade occupa longtemps l’emploi de chef d’équipe au gaz, profession qui le forçait à marcher beaucoup. Il y a
Corne;iu. 6
sept ans, il eut sur le dos de la main une série de
verrues dont quelques-unes sont disparues d’elles-
mêmes. Celles qui restent aujourd’hui, au nombre de cinq, siègent sur les quatrième et cinquième doigts et sur les métacarpiens correspondants.
Elles présentent des dimensions différentes, les plus volumineuses étant grosses comme une lentille environ et ne semblant pas diminuer de volume. Elles sont fortement aplaties, ont la consistance et la couleur de la peau, à l’exception cependant de la plus volumineuse, qui est un peu plus foncée. Jamais elles n’ont été le siège d'écoulement sanguin ou d’ulcération.
Il y a trois mois, le malade constata à la plante du pied droit une élévation de l'épiderme, qu’il crut d’abord être un durillon ou un cor. Son siège correspondait à la face plantaire de l’articulation des phalanges du gros orteil, un peu en avant du pli plantaire. Ce fut seulement un mois et demi après que le malade commença à éprouver de la douleur en ce point. La douleur augmenta de jour en jour, bientôt le malade fut obligé de renoncer à l’usage des sabots et ne porta plus que des souliers, dans lesquels il ne pouvait plus remuer. Cette tumeur présentait les mêmes caractères physiques que celle observée à la main gauche, elle se distinguait cependant en ce qu’elle était très sensible à la pression, tandis que nous avons pu pincer les verrues du dos de la main sans provoquer la moindre douleur. Telles sont les conditions dans lesquelles le malade
entre à Cochin, dans le service de M. Després, le S mai 1879.
Le 6 mai, M. Després pratique l’abrasion de la verrue plantaire, et découvre ainsi quatre points noirs indiquant la présence de quatre papilles dans la tumeur, puis il applique de la pâte de Vienne qu’il laisse vingt minutes. On met ensuite un cataplasme de graine de lin sur le point malade.
Le 7, ablation avec une pointe de ciseaux de la verrue mortifiée, qui laisse un cratère pouvant contenir environ trois têtes d’épingle.
Le 8, le malade quitte F hôpital avec un pansement au diachylon.
Obs. V (Samier, thèse). — M. X..., étudiant en médecine, âgé de 24 ans. Ce jeune homme se trouvant dans |le service de M. le professeur Yerneuil, à la Pitié, lorsque j’allais chercher des observations, me raconta qu’il était à peine guéri depuis huit jours d’une verrue de la plante du pied. Il fut assez obligeant pour me donner des détails assez intéressants sur cette affection qu’il avait observée avec soin.