‹ Des verruesChapitre 8 sur 13 · SO · texte numérisé non relu

SO

le peu d’observations publiées pourrait le faire croire. Dans sa forme papillaire, la tumeur se présente sous forme d’un champignon, plus ou moins volumineux, exulcéré, mollasse, très vasculaire, saignant au moindre contact : cet ensemble de caractères la fera aisément distinguer de la verrue, très dure, rarement ulcérée, peu vasculaire, ne saignant jamais spontanément.

Mais ailleurs, le mal débute par un dépôt squameux, d’épaisseur variable, reposant sur une base plus ou moins élevée. On trouve cette base constituée par une hypertrophie simple des papilles delà peau recouverte d’une couche d’épiderme plus ou moins épais. Si l’on soumet à l’examen microscopique une de ces papilles, on constate qu’elle a conservé .son apparence fibroïde, mais elle est augmentée devolume et parcourue par des capillaires plus gros et plus nombreux qu’à l’état normal. Ils semblent avoir plus de longueur, on les voit quelquefois décrire des flexuosités à la surface des papilles.

De son côté l’épiderme participe à l’hypertrophie et forme des gaines épaisses constituées par la superposition de nombreuses lamelles épitheliales.

A ce premier degré il est à peu près impossible de distinguer un épithélioma d’une simple verrue; comme on le voit en effet, tous les caractères extérieurs de la verrue, sa structure elle-même se retrou-

vent complètement dans les descriptions ci-dessus. Ajoutons que souvent l’épi théiioma siège au talon :

mais par leur marche ces deux affections diffèrent totalement; l'epithélioma reste fort longtemps stationnaire, il est vrai, mais il finit toujours par s’ulcérer, chose exceptionnelle pour la verrue: cette ulcération, granuleuse, bourgeonnante, humide, à bords saillants, blanchâtres, taillés à pic, s'étend rapidement et peut acquérir une étendue considérable ; l'engorgement ganglionnaire a aussi une grande importance.

L'examen histologique est d’un précieux concours pour le diagnostic ; d’après Küss, les tissus sont rapidement infiltrés des éléments corpusculaires de l’épithélioma; cette infiltration a lieu par

laformation b l’intérieur des papilles d’alvéoles remplies deeellules épidermiques qui se disposent sous la forme d’axes assez réguliers en suivant comme une espèce demandrin le mou le intérieurde la papille.

D’après Cornil et Ranvier,i! faut un examen minutieux pour établir le diagnostic: pour prononcer le mot de papillome, i! faut, disent ces auteurs, ne trouver à la base des papilles ni alvéoles de carcinome, ni traînées glandulaires, ni îlots d’épithélium. Or, la section perpendiculaire à la surface d’un papillome durci montre les espaces inter-papillaires à un niveau très varié. Il ne faut pas prendre les cellules epithéliales situées entre les papilles pour des lobules d’épithélium; la distinction en est facile, car ces derniers s’enfoncent dans le derme ou dans le chorion muqueux, tandis que les plus profonds des espaces interpapillaires du papillome sont à peu

près sur le même niveau que les papilles normales.

D’un autre côté, lorsque la section faite à travers un papiliome est un peu oblique, les espaces interpapillaires coupés obliquement ressemblent à s’y méprendre à des lobules d’épithéliome. Il suffît d’être prévenu d’une pareille erreur pour l’éviter en taisant de bonnes préparations. Le diagnostic n'est possible qu’à cette condition.

Nous ne dirons que quelques mots relativement à la possibilité de rencontrer un fibrome sous-cutané douloureux sous la plante du pied. Gorju rapporte une observation d’un malade opéré par Robert, chez lequel ce fibrome aplati, siégeant sous la peau du talon, recouvert d’une épaisse cuirasse épidermique donnant lieu à de violentes douleurs,, fut pris à plusieurs reprises pour un durillon, d’où de nombreuses abrasions restées inutiles. Ce fait nous a paru digne d’être cité, car un esprit non prévenu pourrait très bien croire également à l’existence d’une de ces verrues écrasées, renfoncées dans le derme, comme nous l’avons vu, sous l’influence de la marche. Les fibromes douloureux sont rares à cette région.

Le cancer mélanique s’observe parfois à la face plantaire ; mais si la verrue présente quand elle est ancienne la même coloration, elle n’a pas la marche envahissante du cancer, elle ne provoque pas non plus l’engorgement ganglionnaire ni la généralisation rapide de cette redoutable affection.

Les gommes de la peau, toujours plus molles, ne méritent pas que nous insistions sur leur diagnostic différentiel.

Page 1