‹ Des vers françaisChapitre 18 sur 33 · FEUILLETS RETROUVÉS IO · texte numérisé non relu

FEUILLETS RETROUVÉS IO

Il serre enfin sa flûte, il met son paletot, M'embrasse en enfilant à grand'peine la manche, Et le voilà parti jusqu'à l'autre dimanche.

Je m'en suis bien doutée au début de juillet. — Ma mère qui, depuis quelques jours, essayait D'avoir l'air devant moi si joyeuse et si ferme, N'avait pas tout à fait de quoi payer le terme; Et voilà qu'elle a mis, pour qu'il fût acquitté, Les six couverts d'argent au Mont-de-Piété. Elle a pris ce parti sans crainte ni scrupule; Car madame Prosper, célèbre somnambule, Qui dans les Cours du Nord a promené son art Mais qui loge à présent au quartier Mouffetard, Venait de lui prédire un immense héritage. Ce bel espoir, maman veut que je le partage; Mais, moi, qui représente, hélas! à la maison, La froide prévoyance et la triste raison, Ecoutant les conseils de ma muse pédestre, J'ai songé que, toujours, le concierge, au trimestre.

Monterait sa quittance et que, pour la payer,

Je n'avais qu'une chose à faire, travailler.

Travailler? Et comment? J'étais pleine de zèle,

Mais je sors du couvent, comme une demoiselle,

Et l'on ne m'enseigna, dans cet honnête lieu,

Rien d'utile, sinon pourtant à prier Dieu.

Que sais-je? A peine suis-je un peu musicienne?

Mais que d'histoire sainte et que d'histoire ancienne!

Que de noms sus par cœur! Que d'atlas dessinés!

Et que de pages d'yeux, d'oreilles et de nez!

Avoir appris que l'Ain se jette dans le Rhône,

La date où Sésostris est monté sur le trône

Et qu'à Charles Martel a succédé Pépin,

Ne vaut pas un métier où l'on gagne son pain.

Par ce souci cruel quand j'étais obsédée,

Oh! comme j'ai maudit tous ces rois de Judée,

Que je pourrais nommer, sans en omettre aucun!

J'ai voulu confier mon projet à quelqu'un,

Et tout d'abord je l'ai soumis à la critique

Du vieux cousin, qui n'est pourtant guère pratique.

Le long de son grand nez une larme coula,

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