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manifestations cutanées ; le fait est commun jusqu’à ce jour à la plupart des cliniciens.
; M. Tenneson fait observer dans son traité de Dermatologie, il répète souvent dans ses instructions à l’hôpital, qu’en y regardant de très près, on remarque disséminées sur tout le corps des vésicules isolées, peu nombreuses ordinairement. Après le savant dermatologiste de l'hôpital Saint-Louis, nous avons eu maintes fois l'occasion de vérifier le fait. En un laps de temps assez court nous avons pu recueillir quatre observations absolument démonstratives, qui vont servir de base à notre thèse. M. Tenneson a donné à ces éléments éruptifs disséminés sur le tégument externe le nom dé vésicules aberrantes. Cette dernière expression nous parait rendre parfaitement compte de la disposition de ces lésions infimes du moins en apparence, aussi nous empressons-nous d'adopter le terme.
1° Nous allons d’abord exposer les faits, que nous
avons observés dans la salle des consultations et au lit du. malade.
2° Nous nous efforcerons ensuite de préciser les caractères qui différencient les zonas que nous étudions, des éruptions zostériennes généralisées.
3° Une troisième question s'impose doublemnnt intéressante : (a) L'existence de ces vésicules aberrantes, démontrée par l'autorité incontestable de M. Tenneson et par l'exposé de nos observations, vient-elle appuyer une des théories, qui ont été émises pour expliquer l’étiologie ou la pathogénie de l’éruption zostérienne ? — (b) Est-il des théories qui sont infirmées par l'existence de ces vesicules ?
Les réponses à ces diverses questions seront le résultat des faits, qu’il nous a été donné d’observer.
Les modifications de l’état général, les troubles de la sensibilité seront passés sous silence dans notretravail, où du moins au cours de nos observations nous n’en parlons que pour confirmer le diagnostic du zona. M. Thibierge accorde à ce dernier point de vue une grande importance aux troubles de la sensibilité. D’après cet auteur la persistance de désordres sensitifs après la disparition de léruption est une preuve suffisante pour affirmer que la poussée herpétiforme relève bien du type zona. ‘
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Des vésicules aberrantes. — Exposé des faits.
© Dans le récent traité de dermotologie publié. par M. Tennéson, nous lisons : | Re ere |
« Il esf un phénomène non encore signalé qui | établit un lien de plus entre le zona et } herpès non systématique. LR Lorsque chez les malades atteints d'un zona aigu typique on examine chaque jour la surface cutanée toute entière, on constate 9 fois sur 10 ce que depuis longtemps, dans notre j enseignement clinique, nous appelons les vesicules aberrantes du zona. Ce sont des vésicules semblables à celles du ; zona mais isolées, distribuées irrégulièrement à de gran- 2 des distances les unes des autres sur toutes les parties du COrPS. Elles naissent successivement pendant plusieurs jours, sont toujours en très petit. nombre et passent inaperçues quand on ne les cherche pas. »
Nous devons tout d’abord faire remarquer avec quelle sûreté de coup d'œil l’éminent dermatologiste a su mettre en‘relief les principaux caractères de ces vésicules aberran- tes, leur fréquence considérable, à tel point que l’on peut à
bon droit s'étonner que personne avant M. Tenneson neles … : ait remarquées. L'auteur va même Jusqu'à admettre que
ces vésicules se constatent neuf fois sur: dix cas de zona aigu typique. Sur ce-point riotre expérience nous donne des résultats beaucoup moindres ; et comme elle porte seules
ment sur un petit nombre de cas, nous ne pouvons rien inférer ; nous nous Contenterons donc derapporter nos constatations sans tirer de là une conclusion par trop téméraire. Le nom de vésicules aberrantes parait rendre un compte exact de la distribution de ces éléments. Ces vésicules sont isolées les unes des autres, disséminées sur toute l'étendue du corps, séparées entre elles en général par un grand espace de peau saine. Elles offrent d’autre part une entière ressemblance avec les vésicules du zona, c’est-à-dire que comme ces dernières elles présentent tous les caractères des vésicules ordinaire de l’herpès et que leur évolution est aigue. D’après M. Tenneson ces vésicules aberrantes n'apparaissent pas toutes simultanément, mais elles*se montrent par poussées successives, en plusieurs jours sans préoccupation aucune de l’éruption caractéristique du zona déjà complètement développée. Enfin leur nombre serait toujours très peu considérable, d’où M. Tenneson conclut à la nécéssité quotidienne d’un examen minutieux de toute la surface cutanée. — Nos observa- . tions d’herpès zoster accompagné de vésicules aberrantes sont au nombre de quatre. Deux d’entre elles se rapportent à de vastes zonas occupant toute la zone de distribution des branches superficielles du plexus cervical, la troisième met en évidence un zona génital et la quatrième provient d’un zona intercostal.
Dans ces quatre observations nous avons noté les caractères communs suivants :
Les éruptions étaient toutes quatre d’une étendue assez considérable. Le zona des organes génitaux et de la fesse,
le moindre comme importance des manifestations? tégu- Molinié 3
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méntaires était constitué par une bande de vésicules éten-
due depuis le gland jusqu’au voisinage du coceyx ; il recouvrait non seulement la moitié de la verge, du scrotum et du sillon interfessier, mais encore la moitié interne de la fesse
droite. — Le zoster intercostal formait autour du tronc une.
demi-ceinture d’une largeur de 10 centimètres: : à
Dans l’un et l’autre cas les vésicules de l’éruption principale étaient très rapprochées et formaient fréquemment de larges placards au niveau desquels elles étaient cohérentes
ou même confluentes. — Quant aux deux zonas cervicaux, énormes ils allaient de la ligne médiane antérieure à la ligne
médiane postérieure ; ils remontaient de la région corres-
pondant au troisième espace intercostal jusqu’au voisinage
du vertex. — Dans ces quatre cas les vésicules aberrantes
se sont développées postérieurement aux vésicules du zona
proprement dit, mais après un laps de temps assez court.
Suivant M. Tenneson l'apparition des éléments aberrants se fait, nous l’avons déjà dit par poussées successives. Dans rois cas nous n'avons pu çonstater l'évidence de cette modalité particulière d'apparition ; nous avons pourtant remarqué que certaines vésicules étaient très Jeunes, alors que d'autres étaient déjà en voie de dessication. Mais chez notre quatrième malade les poussées successives ont été absolument nettes. À chacun de nos premiers examens ont correspondu chaque fois des vésicules nouvelles et comme nous avions eu soin de noter avec le plus g grand soin le siêge de chaque élément, aucune erreur n'a pu se produire, — Quant au nombre de vésicules, il est toujours fort restreint selon l’aveu même de M. Tenneson. Notre-
“faible expérience vient encore ici appuyer les dires du
-Savant dermatologiste., En effet dans le cas où les vésicules aberrantes étaient les plus nombreuses, nous en avons compté unelquarantaine. ; chez le malade au contraire le moins chargé en pareilles manifestations nous n'avons guère pu dépasser une dizaine...
Les symptômes subjectifs qui accompagnent le développement des vésicules aberrantes nous ont paru fort peu importants ; à peine un léger prurit s’est-il fait sentir, resté sans interprétation pour les malades. Cependant toute pression avec le doigt sur une des vésicules produisait une sensation pénible, semblable à une légère brûlure. Notons aussi que toutes ces lésions éparses sur la peau ont guéri sans aucune complication. Les vésicules aberrantes nesont jamais devenues nécrotiques, ni gangrèneuses, elles n’ont pas non plus donné lieu à des ulcérations. ; ;
Nous tenons tout particulièrement à insister sur un dernier point. M. Tenneson, nous l’avons dit plus haut, insiste sur ce fait, que pour constater les vésicules aberrantes et ne jamais les laisser passer inaperçues, le médecin
‘doit chaque jour examiner la totalité de la surface du corps. Ce conseil, nous n’avons pu le suivre dans aucun cas, il est en pratique trop rigoureux. Mais nous ferons observer que chaque vésicule d’herpès a une durée minima de cinq ou six Jours et qu’elle ne disparait pas sans laisser quelques traces. De là nous croyons devoir tirer cette conclusion : si nous n'avons pas vu de vésicules aberrantes chez certains malades ; c’est que ces derniers éléments n’ont Jamais existé chez eux au cours du zona observé.
Nous allons tout d’abord exposer les cas de zona. dans lesquels se sont développées des vésicules aberrantes. Nous
ferons encore remarquer que les quatre premières obser-- vations se rapportent à des éruptions zostériennes très étendues. Ensuite nous citerons les cas de zona dans lesquels les vésicules aberrantes ont fait défaut et il sera facile de remarquer que dans tous ceux-ci l’éruption était moins abondante,
qu
Zonas avec vésicules aberrantes
OBSERVATION I (personnelle)
Lebris François, âgé de 24 ans, poseur de rails, entre à l'hôpital St-Louis le 10 décembre 1894.
Aucun antécédent héréditaire ou personnel n’est à noter. Les parents sont vivants et se portent bien. F. Lebris a deux sœurs qui jouissent d’une santé parfaite.
Il y a quinze jours environ, à la suite d’un refroidissement, le malade a constaté l'apparition de trois vésicules d’herpès sur la lèvre inférieure. Il n’a d’ailleurs éprouvé
-alors ni fièvre, ni symptômes généraux.
: Il y a huit jours il a commencé à se plaindre de dou-leurs lancinantes dans la moitié gauche du cou, vers la nuque. Ces douleurs se sont manifestées avant tout accident cutané et c’est seulement quatre jours après que le malade a constaté l’éruption.
Le jeudi soir en effet apparaît sur la nuque à gauche de la ligne médiane, un large placard rouge. Au bout d’un temps très court des vésicules.se sont développées.
Le vendredi l’éruption gagne vers le cuir chevelu ; le samedi elle envahit d’abord toute la moitié gauche de la région cervicale, puis envahit la partie supérieure. de la même-moitié du thorax.
Hier, dimanche, et aujourd’hui lundi, l’éruption s’est encore un peu étendue, tout en conservant les caractères que nous avons signalés.
Dès le début, par suite de la nes de vésicules, l'éruption a été très suintante. Elle l’est encore aujourd’hui.
Lundi 10 Décembre.— L'état actuel est le suivant : Un vaste placard éruptif occupe la moitié gauche de la nuque et la partie voisine du thorax à gauche de la ligne médiane, et la partie inférieure et postérieure du cuir chevelu dans la moitié correspondante. Toute la partie latérale gauche du-cou et le moignon de l’épaule gauche, la partie inférieure et postérieure dela joue ‘gauche, de même que la‘partie antérieure du cou sont le siège d’une éruption confluente qui, dans les régions sus et sous-hyoïdienne dépasse un peu la ligne médiane. En Somme, lés' placards éruptifs débordent en arrière la ligne des apophyses ‘épineuses, dépassent en avant la ligne médiane. De haut en bas la hautes de la lésion est de 35 CEntHACIrES environ. Voici quels sont ses caractères :
On remarque d’abord une rougeur vive formant une vaste nappe presque continue, sauf dans la partié moyénne de la région sterno-mastoïdienne, où l’on voit quelques Hôts de peau saine. De plus; À la périphérie: il est facile de constater des éléments isolés ou formahtde petits placards, entre lesquels la peau conserve Ses Caractères normaux: -
Sur lanuque, à la partie Supérieure les poils agglutinés par la poudre d’amidon dont le malade s'était servi comme
topique, et par le suintement-4bondant forment dés éroûtes qui masquent les ‘sions sous-jacentes. Au: dessous de ces croûtes, après avoir coupé ras les Cheveux on voit : des surfaces excoriées, polyeycliques et! miérocycliques süintantes, humides et, sur les parties SAROIAERS éFJthéma teuses des squames fines et blanches. 4
Sur la partie supérieure dela région dorsale plusieurs croûtes brunâtres, sèches, plates, 'ééntre déprimé, très
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adhérentes recouvrent des ulcérations superficielles. A la périphérie de quelques-unes de ces croûtes on voit des soulèvements épidermiques remplis d’un liquide blanchätre, séro-purulent. Les croûtes ont des dimensions variables. Les plus petites ont seulement quelques millimètres de diamètre. D'autres atteignent jusqu’à 2 cent. 1/2 de longueur et 1 à { cent. 1/2 de largeur. Elles sont isolées ou confluentes. On voit aussi, sur la nuque, et principalement à la périphérie de nombreuses pustules, ou plutôt vésico-pustules remplies d’un liquide blanc£séro-purulent. Ces vésicopustules ont, pour la plupart des formes irrégulières et. sont isolées ou confluentes.
Isolées, elles ont un diamètre très petit : 4 millimètre à 4 millimètre 1/2 à peu près ; par leur confluence elles arrivent à former des soulèvements épidermiques assez étendus. :
Entre ces diverses lésions la peau a une coloration rouge vifsurtout à la périphérie ; moins intense et un peu jaunâtre au centre. à Vers la partie supérieure du cou, empiétant légèrement sur le cuir cheveiu on voit une large croûte plate, brune, d’un diamètre de 5 centimètres. En avant d'elle un demi cercle de vésicules forme une courbe à concavité posté- -rieure ; leur disposition est un peu irrégulière ; très nombreuses, très serrées, quoique non cohérentes, elles ont, pour la plupart un diamètre de ! millimètre à f millimétre 1/2. Au dessous se dessinent quelques petites croûtelles ayant les mêmes caractères que les précédentes, mais dont les dimensions sont beaucoup moindres, leur dimension maxima ne dépasse pas 1 centimétre 1/2. Entre ces croûtes on voit des vésicules, des vésico-pustules et des excoriations qui résultent de la déchirure de ces éléments. Sur la joue gauche nous voyons une large croûte mesurant 10 centimètres en hauteur, 8 centimètres en largeur. Cette croûte est formée par la confluence de croûtes