OBSERVATION IV
Hypertrophie prostatique ; incontinence d'urine. Congestion pulmonaire. Catarrhe
V... (Joseph), 80 ans, n'a jamais eu ni blennorrhagie, ni syphilis. Athérome artériel. Il était entré dans un service de la Pitié pour une rétention d'urine, puis en était sorti et avait fait quelques excès de boissons. 11 rentre à l'hôpital le 4 février 1881 avec une bronchite assez intense ; de plus, il a une véritable incontinence d'urine, car la vessie se vide complètement et le malade urine malgré lui, sans accumulation préalable de liquide dans le réservoir urinaire. Un explorateur est arrêté dans la région prostatique, la sonde en argent passe au contraire facilement, mais pénètre à une grande profondeur pour arriver dans la vessie.
La prostate n'est cependant pas très volumineuse ; du moins elle ne fait qu'une saillie médiocre du côté du rectum.
Le 6, la dyspnée augmente ; l'expectoration devient sanguinolente ; il y a de la submatité aux bases et des râles fins, sans souffle. Mort le 7 février.
Autopsie. Les poumons sont lourds, rouges, très congestionnés ; les reins sont petits et pâles,
La vessie, à colonnes saillantes, est revenue sur elle-même ; sa muqueuse est semée d'ecchymoses. Pas de rétrécissement de l'urèthre»
La prostate n'a guère que son volume normal ; mais le lobe gauche pousse un prolongement arrondi et sessile, de la grosseur d'une cerise, qui fait saillie au niveau du col de la vessie ; grains de tabac à la coupe.
Testicules petits, mais sains ; rien à noter aux déférents.
Les vésicules séminales sont volumineuses ; la gauche (50/16 millim,) renferme un liquide brun, fluide, avec de nombreux globules rouges, de petits sympexions multiples. des corps granuleux et quelques globules blancs ; la droite (48/20 millim.) est plus malade ; quand on la presse, on voit sortir par l'éjaculateur un petit jet de liquide marbré de stries muco-purulentes : là il n'y a que des globules rouges et de très nombreux leucocytes. Les deux réservoirs s'isolent facilement du tissu ambiant.
Parfois la dilatation est plus considérable (observation de Leroy d'Etiolles) et souvent alors les parois sont hypertrophiées*
Duplay a noté cette hypertrophie chez sept vieillards, dont quatre avaient eu de la cystite chronique et un autre une fistule urinaire. Les parois atteignaient jusque 2 et 3 mm. d'épaisseur, Faye (p. 196), Lallemand ont cité des cas analogues. Surmaya communiqué à Dodeuil une observation d'hypertrophie prostatique où je lis cette phrase : « Ce qui était plus frappant que l'hypertrophie de la prostate, c'était une énorme augmentation de volume des vésicules séminales qui, ainsi que tout le tissu cellulaire environnant, étaient considérablement infiltrées de produits plastiques. »
Cette hypertrophie ne va pas sans une induration notable qui faisait prononcer le nom de squirrhe aux anciens anatomo-pathologistes (Morgagni, Baillie, J. P. Franck) (1).
D'autres fois, et ces cas sont tout aussi fréquents, les vésicules, tout en restant très dures, comme fibreuses — vesiculœ séminales parvœ, durœ, ferme cartilagince, dit Sandifort — s'atrophient et leur cavité s'efface presque complètement. Clément dit les avoir vues dans cet état, avec une diminution de calibre de leur canal excréteur, et Morgagni, disséquant les organes génitaux d'un homme de 25 ans, mort accidentellement dans le cours d'une gonorrhée ancienne, les trouvait « tellement amaigries qu'on comprenait qu'elles ne contenaient rien ».
Mais Vatrophie n'est pas spéciale à la spermatocystite chronique. Elle se produit, sans cause appréciable, chez bon nombre de vieillards (14 sur 67, Duplay) ; chezles monorchides, le réservoir, du côté de l'anomalie est tantôt sain, tantôt plus petit ; même disposition se remarque chez les individus castrés de bonne heure. Godard ayant eu occasion de disséquer les organes génitaux d'un eunuque,
(1) J. P. Franck. Traité de médecine prah'^wc, 1842. T. I, p. 452.
trouva un arrêt de développement du muscle ischio-caverneux, du bulbe de l'urèthre, de la prostate, des déférents et des vésicules; celles-ci avaient le volume de celles d'un enfant (1).
Il n'est pas rare de voir des dépôts calcaires se faire dans les parois de ces organes et des déférents. C'est ce qu'on a appelé Vossification des vésicules (Lallemand, obs. VIII). Clément les a vues « complètement ossifiées, de la forme et du volume d'un noyau d'olive, d'un blanc de glace. »
Une autre conséquence de la spermatocystite chronique est la dilatation variqueuse des veines ambiantes. Le premier, Faye a consacré un court article à ces varices des vésicules séminales qu'il dit coïncider souvent avec les hémorrhoïdes et jouer un certain rôle dans les hémorrhagies vésiculaires. Nous n'admettons ni cette coïncidence ni cette conséquence. Les varices, qui atteignent surtout les veinules de la face postérieure et du bord externe, n'ont rien à voir avec les hémospermies, puisqu'elles rampent en dehors des tuniques. D'un autre côté, si elles existent parfois chez les hémorrhoïdaires, on les voit aussi en dehors de la dilatation des veines de l'anus, soit dans la spermatocystite chronique, soit à la suite d'un long repos au lit ayant amené une stase dans les vaisseaux du petit bassin.
Non seulement les veines sont variqueuses, mais encore elles contiennent des caillots qui s'incrustent facilement de sels calcaires. Ces phlébolithes, analogues à ceux que De— uonvilliers et Béraud ont signalés dans les veines périprostatiques, sont quelquefois fort nombreux (obs. V). Les uns sont encore contenus dans la cavité de la veine ; d'autres, forçant les parois, sont suspendus par un pédi-
(1) Ern. Godart. Egypte' ei Palestine. Paris, 1867. In-S, p. 129, et Atlas, PI. III, fig. 4.
cule très mince. Les plus gros atteignent à peine le volume d'une lentille (1).
L'observation qui suit résume presque toute l'anatomie pathologique de la spermatocystite chronique. Outre les lésions que nous venons d'énumérer, on y voit encore des cloisonnements incomplets et des brides; un des déférents était même presque complètement oblitéré. Ces lésions sont importantes à connaître, puisqu'elles peuvent être une cause de stérilité. Nous appelons sur elles l'attention en faisant remarquer que M. Gosselin, celui qui s'est le plus occupé de cette question de l'oblitération des voies spermatiques, ne mentionne que les obstacles situés dans la queue de l'épididyme ou la portion voisine du déférent.