OBSERVATION IX
Lésions pulmonaires ; tuberculose de la prostate et des vésicules ; testicules sains.
N..,, 47 ans, entre dans le service de M. Gosselin, à la Charité, le
1er décembre 1880, pour nne fracture de côtes. Le soir nous ie trouvons avec une dyspnée très intense ; les crachats sont difficilement expulsés, et la toux cause de vives douleurs au niveau de la fracture. L'ausculta tion est presque impossible, le malade pouvant à peine bouger et souffrant au moindre mouvement. On constate de la sonorité exagérée en avant, à gauche ; des râles muqueux des deux côtés, plus gros à droite. Nous apprenons queN... tousse depuis longtemps, qu'il respire, avec peine, crache beaucoup, et a des accès de dyspnée de temps à autre. Application de ventouses sèches.
Le 2, la respiration est encore plus gênée; ventouses scarifiées. Le 3, on administre un vomitif; un moment après, le malade s'affaisse et meurt.
Autopsie le 5. — Adhérence totale de la plèvre droite ; le poumon ratatiné et gris est occupé dans une partie de son étendue par une grande caverne à bords très nettement limités par une membrane épaisse formant coque. Les bronches de petit v^olume sont manifestement dilatées ; les ganglions trachéo-bronchiques sont volumineux.
A gauche, le poumon recouvre le péricarde; emphysème sous-pleural ; pas trace de tubercules. Congestion très intense ; le parenchyme est presque noir, mais crépitant, et surnage. Pas d'épanchement pleural ; quelques adhérences celluleuses. Mais, à la base, le poumon adhère intimement au diaphragme et aux côtes fracturées (9^ et 10^). Le foie est manifestement gras.
La vessie n'est pas malade et les reins sont sains. La prostate a son volume ordinaire ; mais à sa surface, surtout à gauche, on voit et on sent de petites saillies jaunâtres; de plus, à la coupe, on trouve dans le même lobe 3 ou 4 foyers caséeux, cunéiformes, à base périphérique.
La vésicule séminale droite paraît normale; cependant son incisionfait découvrir un. assez grand nombre de nodules tuberculeux dont le plus gros, qui a le volume d'une lentille, répond à son col. Elle contient un liquide grisâtre avec des grumeaux blancs; ceux-ci sont constitués par des sympexionsT On y constate de plus la présence de nombreuses cellules épithéliales, de granulations arrondies, de quelques globules sanguins et de rares spermatozoïdes .
La vésicule gauche est plus profondément atteinte. Elle adhère à l'aponévrose prostato-péritonéale, mais celle-ci se laisse facilement séparer du rectum. Elle est lisse et dilatée surtout dans son segment inférieur, assez résistante au doigt. Sa cavité est pleine d'un magma blanc ressemblant absolument à la matière des kystes sébacés, et constitué par des granulations arrondies, quelques cellules épithéliales et des granulations graisseuses peu nombreuses. Lorsqu'on a enlevé cette substance caséeuse, on constate que les parois sont é aissies, scléro-
sées, d'aspect fibreux. Effectivement, dans ce segment inférieur, elles sont constituées en grande partie par des faisceaux de fibres parallèles alternant avec des fibres musculaires longitudinales et transversales. Plus haut, la face interne est creusée de dépressions arrondies admettant la tête d'une épingle : en ces points, la paroi n'est plus forméeque de tissu fibreux épais, de consistance presque cartilagineuse.
L'ampoule du canal déférent gauche est dilatée et remplie de matière caséeuse.
Les testicules et les épididymes sont absolument sains.
Il y a dans cette observation plusieurs points intéressants à signaler : l'absence de tubercules dans le poumon (la caverne, vu sa limitation parfaite et malgré son étendue, nous paraît être plutôt une dilatation bronchique), l'évolution inégale de la maladie dans les deux vésicules, la présence de spermatozoïdes à droite, l'intégrité des testicules.
Ainsi, cet homme eût pu encore avoir des rapports sexuels et un coït fécond.
Mais, dès que l'envahissement des organes génitaux internes s'accentue, l'anaphrodisie devient complète. A la période d'excitation succède celle de dépression : c'était le cas du malade de l'obs. VIII. Un autre (obs. XV) nous disait qu'il n'avait pas eu de désirs vénériens depuis dix ans. Un malade de 33 ans, mort de méningite dans le service de M. Lancereaux, et qui de plus avait des lésions pulmonaires et une tuberculose de l'épididyme droit, avec envahissement de la prostate, mais chez qui les vésicules ne paraissaient pas atteintes (l'autopsie n'a pu être faite), avait eu des fonctions génitales régulières jusqu'en 1877; depuis cette époque, les rapports sexuels avaient été peu fréquents; ils avaient cessé complètement depuis six mois, lors de l'entrée du malade à l'hôpital (22 avril 1880), et depuis ce temps il n'y avait plus d'érections ni de pollutions nocturnes.
Nous avons aussi noté l'état des fonctions génitales dans le cas suivant, remarquable encore par l'atrophie complète des vésiculesi