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OBSERVATION XIX

Excès de coit; hémospermle passagère.

M, X .. est âgé de vingt-trois ans ; brun, de taille peu élevée, il présente une notable tendance au tempérament arthritique. De plus, sans avoir eu d'incontinence nocturne d'urine, de crises nerveuses, il est extrêmement impressionnable, a des cauchemars pendant la nuit, et même des accès de somnambulisme. Du côté des organes génitaux, la susceptibilité est très vive ^ la verge et les testicules sont bien développés; le prépuce recouvre le gland, même pendant l'érection: aussi la muqueuse balanique est-elle d'une grande sensibilité. Dès l'âge de 15 ans, les moindres attouchements sur le gland suffisaient pour produire l'éjaculation. L'acte génésique, pratiqué très tard pour la pre-

(1) VoïHeiîiîer et Le Denîu. Traité dés maladies des voies urinaires. T. II. lSSl,p. 184.

mière fois, ne s'était jamais accompagné d'aucun symptôme anormal, lorsque des circonstances spéciales ont amené un excès qu'il nous reste à décrire. A l'âge de 23 ans, se trouvant avec une femme nympho mane et étant lui-même très excité par un désir longtemps contenu, M. X... pratique onze fois le coït dans une après-midi. Dès la huitième éjaculation, le liquide excrété était semblable à de la sérosité louche'^ la dixième avait une teinte chocolat analogue à celle du liquide de Thématocèle; enfin, la onzième s'accompagna d'un orgasme douloureux avec contraction des muscles du périnée; il ne sortit rien tout d'abord parle méat. mais au bout d'une minute environ, l'orgasme cessant, il s'écoula quelques gouttes de sang et un petit grumeau vint obstruer l'extrémité du canal ; l'urine, expulsée immédiatement, sortit rose tout d'abord, puis avec sa coloration normale. Notons, en terminant, que notre sujet ne ressentit pas une fatigue considérable à la suite de cet excès, et que, dès le lendemain, il put de nouveau fournir sept éjaculations ; il est vrai que le chiffre onze ne fut plus atteint depuis, par prudence.

La coloration successive de réjaculation, les douleurs profondes dans la région périnéale, nous semblent indiquer le siège reculé de l'hémorrhagie, probablement les vésicules. Notons que chez ce sujet l'érection est peu prononcée, le réflexe étant très prompt et l'éjaculation prématurée : ce qui explique le peu de latigue qui, chez M. X..., suit le coït, et excuse la fatuité apparente de la dernière phrase de son observation.

Des excès de coït, nous pouvons rapprocher les excès de masturbation qui, plus souvent encore que les premiers, sont cause d'hémorrhagies spermatiques. Tissot, Deslandes, Lallemand (p. 322 et 347), et bien d'autres auteurs en citent des exemples. Un des plus connus est celui du berger dont parle Chopart, qui réitérait si souvent ses manœuvres d'onanisme qu'à la fin il ne rendait que quelques gouttes de sang. Plus tard iî imagina les procédés de jouissance les plus bizarres, dont il faut lire la description dans le livre de Chopart.

Nous ferons remarquer que les hémospermies provo-

quées par le coït ont été observées chez des jeunes gens de 20 à 25 ans, et quelesmasturbateurs avaient de 15 à 17 ans. Faut-il admettre que l'âge n'agit ici qu'en favorisant des excèsdevenus impossibles plus tard, ou penser que, au moment où commencent à fonctionner les organes génitaux, ils sont le siège d'une congestion, d'une fluxion qui prédispose à l'hémorrhagie?

Les pollutions nocturnes, à moins qu'elles ne surviennent dans le cours d'une blennorrhagie, sont rarement sanguinolentes; on en lit cependant quelques exemples dans le livre de Lallemand (p. 501 et 508) et Curling en note la possibilité. Il est évident que l'hémospermie n'a de raison d'être que quand — chose exceptionnelle — l'incontinence spermatique est liée à un état pathologique des voies séminales.

Il ne nous reste plus qu'à étudier une dernière cause d'némospermie, la blennorrhagie.

Les auteurs qui l'ont signalée sont assez nombreux.

Lagneau, au dire de Vidal, regardait l'éjaculation sanguinolente comme fréquente au moment de la guérison de Torchite; Vida!, Ricord en parlent également ; Velpeau l'a observée et en paraît assez étonné; Cullerier en fait mention; M. Fournier a vu l'éjaculation d'un sperme rouillé a.[ors que l'inflammation s'était propagée aux vésicules séminales; enfin nous mentionnerons les observations de Lallemand (I. p. 143), de Ricord et Roux (cités par Guyot. Considérations sur la péritonite par propagation. Thèse de Paris, 1856), de Gosselin (Archives de médecine^ 1853, t. Il, p. 262), de Rapin (loc. cit. obs. I).

JMais, dans ces cas, ce n'est pas l'orchite, c'est l'inflammation des vésicules qu'il faut incriminer, et, la preuve, c'est que l'hémospermie peut précéder i'épididjmite ou même se montrer en l'absence de cette complication : nous en fournirons tout à l'heure des exemples probants.

Nous connaissons les circonstances dans lesquels surviennent les hémorrhagiesspermatiques; il nous reste un point obscur à élucider. Où se produisent-eiles? Est-ce dans l'urèthre, dans le testicule, ou dans les vésicules séminales?

Quelques auteurs ont admis la provenance uréthrale. C'est l'opinion de Morgagni, celle de Lagneau, de Nélaton, de CuUerier.

Souvent, en effet, les individus atteints d'une inflammation de l'urèthre ou d'un rétrécissement de ce canal rendent du sang au moment de rëjaculation,et Ségalas un des premiers, a insisté sur ces faits (1). On a observé le même phénomène chez les prostatiques (Civiale, If, p. 214, Le Dentu, p. 43). Mais, alors, l'éjaculation ne présente pas les mêmes caractères que lorsque le sang provient des voies spermatiques.

La douleur est rapportée par les malades à l'extrémité delà verge ou dans le canal ; d^ns l'hémospermie, elle est beaucoup plus profonde, périnéaleou même rectale. Quand il y a altération de l'urèthre, le sperme sort en bavant ou même est retenu complètement par la coarctation, et n'est expulsé qu'avec l'urine (voyez : Dysspermatisme). Souvent aussi, quand il y a uréthrorrhagie, il sort quelques gouttes de sang en dehors de la miction. Enfin, il est un caractère sur lequel nous voulons encore insister : quand le passage du sperme dans le canal a provoqué l'écoulement d'une certaine quantité de sang, les deux liquides ne sont pas intimement mélangés, ils ne sont pas hras-

(!) Segalas. Traité des rétentions d'urine. Paris. îti-S. 1828, p. 231.

ses dans les vésicules et restent distincts dans le produit de l'éjaculation. Ce caractère nous a permis récemment de porter un diagnostic exact. Un gardien de la paix, âgé de 35 ans, nous consultait pour des éjaculations sanguinolentes qui l'avaient beaucoup effrayé ; à 25 ans, il avait eu une chaudepisse qui avait persisté pendant trois ans. Il nous indiquait très bien que la semence était striée de rouge; nous constations immédiatement l'existence d'un rétrécissement de l'urèthre; quinze jours après le sperme était normal et le microscope n'y relevait aucun globule du sang.

Mais le sang ne pourrait-il [pas tirer son origine de l'appareil testiculairel Velpeau reste dans le doute ; Ricord et Fouchersont plus affirmatifs.

Cependant nous croyons que l'hémorrhagie se fait, non pas d?.ns le testicule ou l'épididyme, mais dans les vésicules séminales, et nous allons essayer de le prouver.

En cela, nous sommes de Tavisde ia plupart des auteurs qui se sont occupés de ce symptôme: Gosselin, Fournier, Vidal, Lallemand (t. I, p. 482, 666, ) Dolbeau, Humphry.

On a, il est vrai, parlé de l'hémospermie surtout à propos de l'orchite aiguë ou chronique; ce n'est pas une raison pour que l'inflammation épididymaire en soit la cause, cela prouve seulement que l'inflammation ne se limite pas aux vésicules, mais, par le canal déférent, se propage à l'épididyme; et, la preuve qu'il en est ainsi, c'est que, d'une part, les éjaculations hématiques peuvent se montrer avant Tépidid3^mite, et que, d'autre part, elles peuvent exister, dans le cours d'une blennorrhagie, en dehors de toute complication testiculaire.

Comme exemple du premier mode, nous prions le lecteur de se reporter à la première observation de ce travail: rhcmospermie a été le premier symptôme d'une spermato-

cvstitequi s'est elle-même accompagnée de quelques phénomènes de péritonite.

Voici maintenant une observation d'hémospermie sans épididymite; le patient, en sa qualité de médecin, a pu en étudier les phases aveccompétence.

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