OBSERVATION XX
Hémospermie dans le cours d'une blennorrhagie, sans orchlte.
M. D... voit une première blennorrhagie se déclarer le 8 juin 1880. La période aiguë, qui dure une dizaine dn jours, est caractérisée principalement par la cuisson au moment de la miction et des érections très douloureuses.
Traitement : tisane de chiendent et bains quotidiens.
Après la période aiguë, M. D... se traite pendant quelques jours à l'opiat de copahu et de cubèbe, mais les violentes coliques que détermine ce médicament le font remplacer par le santal citrin ; l'écoulement diminue, et disparait complètement à la fin d'août. Cependant, depuis quelque temps déjà, le malade ressentait des pesanteurs à l'anus, et les garde-robes étaient douloureuses, ce qui nécessitait l'emploi fréquent de lavements. Malgré ces symptômes, M. D.... se croyant guéri, se livre de nouveau au coït; maïs les deux premières éjaculations, un peu douloureuses, sont nettement sanguinolentes ; celles qui suivent ne causent plus de souffrance, et ne sont que très légèrement teintées de sang. Sur ces entrefaites, l'écoulement reparaît sans symptômes bien aigus, pour finir définitivement vers le commencement d'octobre. A aucun moment il n'i/ a eu de syjnptômes d' épididymite.
A quoi attribuer ces symptômes douloureux accusés vers le rectum, sinon à une inflammation subaiguë de la prostate ou des vésicules séminales? Et Tissue, lors de la première éjâculation, de sang mêlé au sperme ne vient-elle pas affirmer, de la façon la plus nette, l'existence d'une spermatocystite ?
On voit que, même dans les circonstances les plus favorables à J'origine testiculaire de i'hémorj'hagie, c'est-à-dire dans la blennorrhagie, il est plus rationnel encore d'admettre que le sang s'est déversé dans les vésicules.
Voyons les renseignements que nous donnent les autop^
sies.
Déjà nous avons signalé la fréquence des petites hémorrhagies vésiculaires chez les continents et chez les vieillards : ici il n'y a pas d'erreur possible, et tous ceux qui se sont donnés la peine d'examiner le contenu des vésicules dans ces circonstances y ont trouvé souvent du sang en assez grande abondance. On peut s'assurer qu'alors le testicule et l'épididyme sont pâles, anémiés, et que leurs tubes, non plus que le canal déférent, ne contiennent de sang.
En est-il de même lorsque l'inflammation de l'uréthre se propage le long des voies séminales ?E. Godart a vu deux fois des globules sanguins dans les canaux spermatiques, et Laborde en a rencontré, mêlé à des leucocytes, dans l'épididyme, le déférent et les vésicules (1). Mais ces faits sont rares, et les éléments du sang sont en tout cas beaucoup plus abondants dans les vésicules. Nous renvoyons, pour plus de détails, à ce que nous avons dit des lésions de ces réservoirs, à propos de la spermatocystite aiguë. Nous rappellerons seulement que Gaussail et Ch. Hardy ont constaté leur injection, leur congestion, ce dernier y a même trouvé un liquide sanguinolent, hevoj d'Étiolles a fait deux fois l'autopsie de malades qui avaient eu des éjaculations sanguinolentes : dans un des cas, il y avait des altérations profondes de l'uréthre, de la prostate, de la vessie et des vésicules; mais, dans l'autre, il n'y avait qu'une légère ulcération des canaux éjaciilateurs.
Voici, du reste, une observation beaucoup plus probante que toutes celles que nous avons indiquées, l'examen ayant pu être fait complètement.
(1) E. Godart. Anat. pathol. de V épididynùte blennorrhagique aiguë. Gaz. Médic. !8o6.
Laborde. Gaz. médic. 1859, p. 468.