‹ Des vésicules séminales; anatomie et pathologieChapitre 41 sur 54 · OBSERVATION XXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXI

Hémorrhagie des vésicules séminales chez un jeune homme ds 18 ans.

D... (Joseph), 18 ans, originaire d'Italie, habite la France depuis l'âge de 11 ans. 11 tousse depuis 1881, et il entre à la Pitié, le 25 mars de cette année, pour une tuberculose pulmonaire. Il est peu développé, et a l'aspect infantile; le menton et le pubis sont absolument glabres, les organes génitaux externes sont ceux d'un enfant de 12 ans. Il succombe le 3 mai. A l'autopsie, on constate des lésions tuberculeuses du poumon et de rintestm.

Les testicules et les épîdidymes ne présentent aucune lésion; ils sont petits et pâles.

Il en est de même de la prostate et des déférents dans leurs portions funiculaire et abdominale.

Les vésicules séminales sont peu développées (vés. droite, 30/10 mm.; vés. gauche, 28/10 mm.). Ce qui frappe tout d'abord, c'est leur coloration d'un bleu foncé, violacé, non uniforme; on aperçoit en effet, par transparence, quelques îlots blancs ou jaunâtres. La même teinte bleuâtre s'étend à la portion vésiculaire des déférents.

Par la pression on fait sortir des éjaculateurs, à droite, un liquide presque noir, ayant l'aspect du sang un peu vieux ; à gauche, un liquide analogue, mais moins foncé. Ce liquide, avec quelques caillots noirs de petit volume, remplit les vésicules, surtout la gauche. Les parties jaunes, apparentes à l'extérieur, correspondent à des amas de mucus occupant le fond de quelques alvéoles , et se laissant facilement énucléer.

Le contenu des vésicules, examiné au microscope, montre :

a. A gauche, des sympexions petits et peu nombreux, quelques globules granuleux, et beaucoup de granulations jaunes;

h. A droite, outre les éléments ci-dessus, de très nombreux globules rouges^ les uns libres, les autres englobés dans les sympexions, d'autres fragmentés ou réduits à l'état de granulations. Les globules de mucus, chargés d'hématoïdine, apparaissent comme de petites sphères absolument noires.

Il n'y a pas de spermatazoïdes.

La paroi des vésicules est plus épaisse qu'à l'état normal; la muqueuse surtout est augmentée de volume; les plis de sa face interne sont hypertrophiés, et ses vaisseaux sont peut-être un peu plus nombreux que d'habitude; mais ces altérations sont bien moins accentuées que dans les cas de spermatocystite blennorrhagique.

L'hémorrhagie s'est faite évidemment dans les vésicules, et, en même temps, mais en .moindre abondance, dans l'ampoule de Henle. Un seul point est obscur, c'est l'étiologie. Faut-il incriminer simplement la poussée congestive précédent l'apparition de la puberté, ou s'agit-il d'un masturbateur? Ce qu'il y a de certain, c'est que si D... avait eu uue éjaculation, elle eût été absolument hématique ; les petits caillots sanguins que nous avons signalés auraient pu peut-être obstruer passagèrement les éjaculateurs. C'est là une cause non signalée de coliques spermatiques.

De tous ces faits, nous croyons pouvoir conclure que le siège de Thémospermie est le plus souvent, sinon toujours, l'appareil récepteur du sperme, c'est-à-dire les vésicules avec leur canal excréteur et la portion terminale des déférents. Tantôt il y a irritation de ces réservoirs (continence, vieillesse); d'autres fois il y a congestion (excès de coït et de masturbation), ou inflammatioa aiguë ou chronique (blennorrhagie , pollutions nocturnes). C'est de ce côté qu'il faudra chercher lorsqu'on sera en présence d'une hémospermie, et, si celle-ci est douloureuse, elle constituera un signe important de spermatocystite.

On comprend que le pronostic dépende de la cause, de même que le traitement. En général, les éjaculations sanguinolentes n'ont guère d'autre inconvénient que d'effrayer beaucoup les malades; elles durent peu, et la guérison s'annonce par la diminution des douleurs et la décoloration progressive du sperme. Le pronostic est plus sérieux quand il y a inflammation des vésicules ; on devra chercher alors à calmer la phlegmasie par le repos absolu, les émissions sanguines locales, les lavements froids, les opiacés. Ce traitement nous a parfaitement réussi dernièrement chez un blennorrhagique de 31 ans qui venait à la consultation de Saint-Louis, effrayé par une abondante et très doulou-

reuse éjaculation sanguine provoquée par un rapport sexuel. La prostate était tuméfiée et sensible: le gonflement et la douleur se prolongeaient sur la vésicule droite. Nous avions vu pour la première fois le malade le 3 mai, et nous lui avions ordonné des bains et des lavements laudanisés; le 25 mai, un nouveau coït donnait )ieu à une éjaculation encore rouge, mais indolore, puis tous les symptômes disparurent.

Dans les autres cas, il suffît que la malade ne s'expose plus aux mêmes causes d'excitation, et laisse reposer ses organes génitaux. Il sera toujours bon aussi de le rassurer, et de lui faire comprendre que, s'il sait se modérer dans ses rapports génésiques, la guérison sera rapide, et sa fécondité restera intacte.

- Chez presque tous, en effet, le moral est profondément atteint, et à ce point de vue on peut dire que l'bémospermie est quelquefois salutaire : les jeunes gens livrés à l'onanisme sont effrayés à la vue du sang, et abandonnent une habitude qu'ils jugent trop dangereuse.

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