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CHAPITRE IV

INFLAMMATION (sPERMATOCYSTITE) (1),

Les anciens ne paraissent pas avoir soupçonné la possi*bilité de la propagation d'une inflammation jusqu'aux réservoirs spermatiques, ou, si quelques-uns parlent de la phlegmasie des « vésicules séminaires » dans le cours de la blennorrhée, c'est moins pour eux une complication qu'une variété (Astruc, Gullen, Littre, etc.), et leur confusion est pardonnable à une époque ou tout écoulement uréthral était regardé comme constitué par de la semence, et où gonorrhée était synonyme de perte séminale.

Dalmas, en 1829, chercha à établir un rapport entre certaines affections cérébrales et les maladies des vésicules séminales ; mais ce qu'il décrivit comme des lésions inflammatoires de ces dernières sont des altérations tuberculeuses. *

L*année suivante, Clément soutient à Montpellier une thèse sur les maladies des organes générateur^ c'est une brillante dissertation, à la manière de Lallemand, sur la spermatorrhée et ses horribles conséquences, et deux ou trois faits seulement sont noyés dans un débordement de phrases ronflantes et sentimentales.

(1) Synonymes .

Spermaiocystiiis {de GrrossI, Opéra posthuma^ StuUgard, 1831, p. 163).

Spermatocyslitis (Naumann, 1837).

Spermat^cyslite (Delfau, etc.).

YesicuHU [Dolbeau, Le Dentu).

En 1831, Gaussail donne les deux premières autopaies d'inflammation des vésicules dans l'orchite blennorrhagi«* que. C'est le premier document sérieux à consulter pour l'histoire delà spermatocystite ; il devait être complété plus tard par les constatations nécroscopiques de Mitchell Henry (1850), Marcé (1854), Velpeau (1856), Godart (1856), Laborde (1859), Hardy (1860).

Albers (1833) est à peu près muet sur cette affection et se contente de la diviser en aiguë et chronique.

Naumann (1837) est plus explicite et compulse les observations publiées jusqu'à lui. Il lui donne le nom de sper^ matoçystitis.

Avec le soin qu'il a mis dans tout son travail, Faye (1840) étudie la phlegmasie des vésicules, en indique les principaux symptômes, la terminaison possible par la suppuration, et parle des dégénérescences fibreuses et osseuses qui en sont parfois la conséquence.

La plupart des auteurs de Traités de pathologie externe ou de maladies vénériennes l'ont au moins signalée (Nélaton, Vidal, Leroy d'EtioUes, Ricord, Rollet, etc.), mais peu s'y sont arrêtés, et il semble, à les lire, que la vésicu*lite soit une affection des plus obscures, que l'on peut soupçonner, mais non diagnostiquer.

En 1859, Chassaignac confond encore la tuberculose avec l'inflammation dans le chapitre qu'il a consacré à ce sujet dans son Traité de la suppuration.

Mais cette même année, paraissait à Strasbourg une thèse fort bien faite et fort intéressante, sur Vlnfiamma" tion des vésicules séminales et des conduits éjacvlatêunt. L'auteur, Rapin, rassemble tous les doca avant lui, et, le premier, il donne \mf exacte et insiste en particulier sur lés rées qui n'avaient guère jusqu'alors fla

Ce travnil, malgré sa valeur, ne paraît pas avoir fait beaucoup de bruit en France. Il a cependant le mérite d'avoir démontré l'existence d'une affection niée encore par quelques auteurs, et, pour bien l'apprécier, il suffit de le comparer au chapitre où Civiale étudiait, en 1841, les maladies des vésicules séminales. Ce chapitre n'est qu'un ensemble de phrases plus ou moins banales, qui essayent de cacher, pendant l'espace de quatre-vingt pages, la pauvreté du fond. L'irritation des vésicules, les pertes séminales, voilà ce qui revient à chaque ligne, avec des citations tronquées et des noms d'auteurs mutilés.

En 1867, Dolbeau insiste un peu plus qu'on ne l'avait fait avant lui (à l'exception de Rapîn) sur la concommittance des affections des vésicules et de celles du testicule.

Humphry (1871), qui connaît et cite la thèse de Rapin, ne consacre que quelques lignes à la spermatocystite. Kocher (1871-75), décrit l'inflammation aiguë et l'inflammation chronique et donne une autopsie fort intéressante. Delfau ajoute à ces variétés l'inflammation subaiguë, on ne sait trop pourquoi (1880).

Quand nous aurons encore signalé les observations de Gosselin (1873) et de Faucon (187(3) sur la péritonite blennorrhagique, la clinique de Verueuil (1874) sur Tinflammation chronique de ces organes, et les récents articles de LeDentu (1881) etMoUière (1882), nous aurons épuisé à peu près complètement la liste des travaux qu'il importe de consulter pour faire l'histoire de la spermatocystite.

Cette affection peut être aiguë ou chronique. Il est évident qu'entre ces deux formes, il est des états intermédiaires qui se rapprochent plus ou moins de l'une ou de l'autre : cependant nous ne voyons pas la nécessité de décrire une forme subaiguë, comme Ta fait M. Delfau,

Quant à Vhyperhémie, admise par M. Le Dentu, nousne croyons pas non plus qu'elle mérité une deséription spéciale.

A. Spermatocystite aiguë. '

1/étiologie de cette affection se résumé dans un seul mot : la blennorrhagie.

On a bien parlé d'inflammation des vésicules succédant à des excès de masturbation ou de coït (Rapin) ; mais, parce qu'il peut y avoir hémospérmie dans ces cas, il ne s'ensuit pas qu'il y ait spermatocystite.

L'observation de Kocher, relative à l'influence du traumatisme n'est pas plus concluante.

La spermatocystite aiguë est donc presque toujours, sinon toujours, d'origine hlennorrfiâgiquem

C'est en faisant l'histoire des uréthrites que les auteurs ont signalé cette complication, rare pour quelques'-tifts, fréquente au contraire pour d'autres. Morgagni, Cruveilhier, Ricord, Vdpeau, A. Cooper, Vidal, Dolbeau en ont parlé, et tous l'attribuent à une propagation de l'inflammation qui,^ partie du canal, suit l'éjaculateur et envahit la vésicule. Cette théorie de la propagation est à peu près la seule admise aujourd'hui pour expliquer la pro-' duction si fréquente de l'épididymite, et quelques espriti^ originaux seulement soutiennent encore l'hypothèse du reflux ou de la stase séminale, qu'admettaient jadis "Warthon, de Graaf et Astruc.

S'il fallait une nouvelle preuve à la théorie de Tinflammation de continuité, on la trouverait dans les faits inverses. On a vu, exceptionnellement je le veux bien^ une orchite traumatique être suivie au bout de quelques jours

d'un écoulement uréthral purulent, alors que les patients étaient indemnes de blennorrbagie (1).

Du reste, si cette propagation n'a. pas été plus souvent observée, c'est qu on ne l'a pas cherchée. Ricord avait déjà remarqué que, quand on pratique le toucher rectal au début d'une orchite, on trouve habituellement le lobe de la prostate et le vésicule sensibles du côté atteint. Nous avons souvent répété cette petite expérience, et presque toujours avec succès.

Enfin, et c'est là la preuve irrécusable, les autopsies de blennorrhagiques morts dans le cours d'une épididymite ont montré des lésions des vésicules et des déférents.

Quant à expliquer pourquoi l'inflammation reste limitée à l'uréthre chez celui-ci, tandis que chez cet autre, elle va se porter sur la glande séminale, et pourquoi surtout elle ne fait que passer sans laisser de traces dans les parties intermédiaires, alors que d'autres fois^lle s'arrête sur ce» mêmes segments du canal excréteur, la chose est fort difficile.

Les variétés si fréquentes dans l'abouchement du déférent à la vésicule n'y entrent-elles pas pour quelque chose? Ne faut-il pas aussi faire jouer un certain rôle aux irritations de la partie profonde du canal, cathétérisme ou in« jections caustiques? Nous serions tenté de l'admettre avec Rapin. Mais il faut bien avouer que souvent il nous est impossible de fournir une explication plausible, et on nous dispensera de prononcer le mot si commode d'idio- 33rncrasie.

La symptomatologie serait fort obscure suivant les auteurs, et il semble que la spermatocystite soit une de ces

(1) FnrneAulL-JonriIftiié Extension de t inflammation de l'épididyme [à Purèthre. The Med. Times and Gaz. 1876, Vol. ], p. 246.

affections qu'on ne découvre que par hasard. Voicû d'abord une observation qui montre que ce diagnostic n'est^ pas hérissé de bien grandes difficultés.

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