CHAPITRE VIII
CANCER DES VESICULES SEMINA.LES.
L*envahissement secondaire des vésicules dans les cancers des organes voisins a été plusieurs fois noté ; ce serait même dans ces seules circonstances que, d'après Kocher et d'après M. Le Dentu, on aurait observé des productions malignes d^ ces organes. Nous espérons déniontrer que le cancer peut aussi s'y développer primitivement ; du moins, c'est ce qui nous paraît résulter d*une observation que nous a obligeamment communiquée le D' Méricampi notre collègue et ami.
Nous avons conservé le nom de cancer, si peu scientifique qu'il soit, parce que plusieurs observations portent ce titre^ sans détermination de l'espèce anatomique du néoplasme. Il est bien entendu qu'il ne s'agit que de cardnome.
Le sarcome en effet, s'il existe, doit être fort rare, quoi qu'en dise M. Mollière qui écrit cette phrase : « Cette invasion secondaire (des vésicules dans les cas de sarcome testiculaire)est d'une telle fréquence, qu'un chirurgien prudent ne pratique jamais l'ablation d'une tumeur maligne du testicule sans avoir au préalable exploré le bas-fond vésical parle toucher rectal. J'ai plusieurs fois observé l'hématurie en pareil cas. Comme le tubercule, le cancer du testicule, après avoir détruit les vésicules, se généralise aux poumons. »
Etonné de cette affirmation, nous avons cherché dans nos classiques, dans les auteurs comme A. Cooper et Curling qui se sont spécialement occupés de la pathologie du testicule, dans les bulletins de la Société anatomique, et nous n'avons rien trouvé de semblable. Ce que tout le monde sait, c'est que les tumeurs malignes di' testicule sont souvent le point de départ d'engorgements ganglionnaires lombaires; trop souvent aussi, et ceci s'applique surtout au carcinome, des noyaux métastatiques se forment dans le péritoine, le foie, le poumon.
Mais, même dans le cas de carcinome, l'envahissement des vésicules nous semble très rare, puisque nous n'en avons trouvé qu'une observation.
Quant au sarcome, nous n'en connaissons pas d'exemple probant. L'on peut même voir, par la lecture d'une observation de Sidney Coupland (Trans. of the pathol. Soc. Londoriy 1877, vol. XXVIII, p. 179), qu'une tumeur de cette nature, développée dans la prostate et le bas-fond de la vessie, peut entourer les vésicules sans que celles-ci participent à la dégénérescence.
Tout ce que nous allons dire s'applique donc au carcinome.
Nous ne sachions pas qu'on ait jamais trouvé de noyaux cancéreux dans les vésicules^ consécutifs à des néoplasmes d'organes éloignés. Peut-être existent-ils, mais on fait si rarement l'examen de ces parties reculées que la chose a pu passer inaperçue.
Lte cancer les envahit donc par contiguïté.
Malgré des recherches assez étendues, nous n'en avons trouvé que treize observations. Nous aurions pu, il est vrai, allonger beaucoup notre liste en y faisant entrer les cas de « squirrhe dçs vésicules » rapportés par les anciens auteurs. Mais» pair cette expression, on désignait autrefois
toutes les indurations chroniques, et, presque toujours, il s'agit de lésions de spermatocyste chronique.
Nous disions tout à l'heure que nous n'avions découvert qu'un exemple de cancer des vésicules consécutif à une affection semblable du testicule. Il nous est fourni par Albers, qui dit l'avoir rencontré à l'autopsie d'un homme de 25 ans, castré quelque temps auparavant pour une dégénérescence delà glande séminale.
Le cancer du rectum se propage bien rarement aux réservoirs du sperme : nous avons déjà insisté, à propos de la tuberculose, sur l'indépendance pathologique de ces organes. Ainsi Demarquay, ayant, par une opération hardie, mais malheureuse, enlevé, le 21 mars 1873, un rectum cancéreux avec le bas-fond de la vessie et la prostate toute entière, constata que la pièce comprenait aussi les vésicules séminales, l'extrémité des déférents et la partie membraneuse de l'urèthre. La néoplasie adhérait à la prostate et aux vésicules, surtout à gauche ; ces organes étaient enclavés dans la tumeur, mais sans être envahis.
Le seul cas où le rectum paraît avoir été le point de départ du cancer appartient à Chopart. Le patient^ âgé de 50 ans, avait succombé après avoir souffert de différents symptômes urinaires. On constata à l'autopsie que le rectum «présentait six excroissances sarcomateuses, dont les plus grosses étaient ulcérées ; ces parois avaient six lignes d'épaisseur; elles étaient calleuses et rendaient sa cavité si étroite qu'à peine le doigt pouvait y passer. Le tissu cellulaire qui environne cet intestin du côté des vésicules séminales, de la vessie et de la prostate, était endurci et unissait si intimement ces parties qu'elles ne formaient qu'une seule masse d'une dureté squirrheuse, surtout vers la base de la prostate et la terminaison des canaux déférents ». La vessie était elle-même envahie dans son bas-fond où les
parois étaient semblables <c à une couenne de lard de l'épaisseur de sept lignes ».
Rarement aussi un cancer de Is vessie se propage aux réservoirs spermatiques. Cependant, nous en avons recueilli trois exemples qui appartiennent à Flemming et à Heath. Dans les deux cas de Flemming, il est dit expressément que la prostate était intacte, et la masse principale était formée par les vésicules cancéreuses.
Premier cas. — Tumeur résistante dans la région du pubis; prostate un peu augmentée de volume. A Tautopsie, on constate que la prostate n'est pas malade ; mais, au niveau de sa base, une masse est formée par le bas-fond de la vessie, envahi par un cancer, et les vésicules qui, également cancéreuses, forment une tumeur irrégulière.
Deuxième cas. — Homme de 50 ans. Tumeur volumineuse et résistante allant du pubis au rectum. La prostate est saine; la tumeur, située en avant du rectum, est constituée par les vésicules. Comme dans l'observation précédente, les parois vésicales sont épaissies et malades.
Dans l'observation de Heath, il s'agit d'un cancer médullaire de la vessie ayant poussé des bourgeons fongueux entre cet organe et le rectum, qui était resté indemne. Les vésicules étaient comprises dans la masse morbide.
Mais l'origine Ja plus fréquente du cancer vésiculaire est la prostate. Nous la voyons signalée huit fois, et Ton peut se demander, avec l'auteur d'un bon travail sur le cancer de la prostate, JoUy, si ce n'est pas faute d'un examen suffisant que cette lésion des vésicules n'est pas plus souvent notée.
Nous en avons lu une bien vieille observation dans les Ephémérides des Curieux de la Nature de 1686 ; elle est signée : Johannes de Muralto^ et est intitulée : De urinœ retentione à scirrho. Elle est du reste fort incomplète :