‹ Des voies de communication, considérées sous le point de vue de l'intérêt public: avec unChapitre 3 sur 61 · DÉDICACE · texte numérisé non relu

DÉDICACE

Aux habitants des départements traversés par les chemins de Jer projetés de Paris à Boulogne j Calais^ Dun^ kerque , Lille et Valenciennes,

Messieurs,

Tous désirez des chemins de fer, et c'est avec raison , car ils peuvent vous être fort utiles, et votre richesse permet qu6 vous trouviez facilement parmi vous le c«*|>itai qu'exige leur construction (*}. Dans cet état de choses , vous ne pouvez pas,

(•) yoTtz la note première.

ij mîmcACK.

Messieurs, rester indifférents, et ce qui doit vous occuper surtout, c'est qu'on puisse opcTcr sans recourir aux compagnies concessionnaires.

£!kamiuez bi(»n , en effet , tout ce qui concerne les conces-

sions.

Ke vous enlaceraient-elles pas dans un système de tarifs qui sont toujours défectueux , qui sont quelquefois absurdes {v^oyez le §5), et qui ne peuvent presqBe jainaiS' être modîGés, dans de bonnes vues, que très-diflîdlemenl ( 5 * i ) ?

Ne pourrait-il pas arriver que vous vissiez l'entreprise se former, marcher, s'arrêter, tomber comme celle du canal de Boubaix , comme celle du canal de la Corrèze à la Vezère (§ 45), et bien d'autres , et que votre jouissance se trouvât ensuite indéûniment ajournée ?

Les tarifs ne pourraient-ils pas être augmentés avant la fln des travaux ( § 8}, par le motif que la compagnie , qui peut-être aurait opéré sans économie, ne compterait plus, au moyen des droits ûxés primitivement, sur d'assez grands produits pour satisfaire à ses engagements ?

Ne pourriez-vous pas être obligés , vous , vos fils et vos petits-fils^ de payer vos transports si cher que vous fussiez bientôt i^éatllts à deihaiidelr , ainsi que cela s'est vu naguère pour le canal âe QivnrstS 8), qu'on vous fît de nouvelles voies à côté de celles que vous auriez obtenues?

La cona^ssion d'abord limitée ne pourrait -elle pas devenir perpétuelle ( S 7)?

La compagnie , par des clauses expresses , par des clauses omises , par des clauses qui auraient change de valeur avec le temps ( S i5 ;, ne pourraitn^lle pas directement ou indirectement mettre obstacle à Texécution d'embranchements et de lignes rivales que d'autres compagnies voudraient établir et que réclamerait votre prospérité ( S 41 ) ?

"^'Lè's éohcessionnaîres ayant des intérêts diflercntâ de ç^x dos iëtionnaires, ne pourriez- vous pas voiç.^ccs derniers ruinés, él lès ^premrers cnric^his par des économies qui auraient cobtltiît, îkiil à dés? retards de jouissance , soit à dé mauvais travaux (§50 et §55)? Ne pourriez-vous pas être jetés dans les embarras inextrica-

Mes d>* ri^clntlialioîls cômtnc colles îltI^ïrc*.1slortn^tl^ lé c*âhttl de la Ifau(c-l)eiile et le rhemîn de IVi* de Saint-l5Ueni1é?

Les concessionnaires ne pourraient-ils pas s'associer à dël fitAUis^tnehts pàrtictiHefs , et pàrvetiit à ne l^tre quele^ tràii»ptîth de ces éiabUsstmiënts , de façoti h rote fendre plus Më tHtmtaires d'tlti monopole qu'ils diiratebt créé en tuinaiit cil èti paralysant celles de vos industries avec lestitidlt» ils se seirilicMt trolivés ^ti concurrence ?

Sand dhute vous avec toat cela à craindre , et Ton a fait assei de travaux par voie de concession , eti France et dans votre voi-> si nage , pour que votre conviction à cet égard ^ MessieUt^ , soit ertticre et fondée sur des faits.

Et retnarqilex bien,- je vous prie 5 que les cobcéssidns IJtlë vous connaissez , tic vods offrent qu'en pétilles inconrèuieata dtwit voué devez désirer d'être préservés.

En effet, si les concessionnaires des travaux peu considérable que vous avez vu faire, Savent cependant, malgré la faible valeur do oes travaux, trouver des associés, dès appuis ^ des protMteuya assez puissants pour que leurs intérêts dominent l'intérêt gén^ rai, que ne dcvricK-vous pas craindre d'une compagnie qui aurait une entreprise de chemins de fer de soixante à quatre-vingts millions ( S ilO]?

Cette compagnie, Messieurs, serait une véritable puissance. Figurez- vous quevotredépendance envers elle serait établie p^: un acte de concession qui , vu l'importance de son objet , serait un véritable traité de commerce ( § 44 ), mais qui ne serait pas SMSoqptible d'être aussi facilement modiOé , selon les besoins de la civilisation , que Test un traité de commerce entre deux états voisins, et qui, tout au contraire, tendrait à limiter le progrès (S 13^ §39 et § 41 ), et serait contre vous inflexible, invio^ lable comme la loi, et cela à vos frais, et cela pendant quatre, générations d'hommes.

Il faut vous mettre à Fabri de chances si désastreuses.

lies impôts de toute esp^ que vous versez au trésor sont d'environ deux cents millions ; votre revenu ierriiorlal s'élève, à lui seul à deux ceiit seize , et rien ne vous oblige dans cette position At fortune à voti^ livrer à des compagnies exécutantes i car vous tK)uve2 former àiséodient parmi vous une compagnie de

iV DÉDICACE.

préteurs ( S 67 ) avec laquelle vous obtiendrez des chemins de fer débarrassés de péages au bout d'un très-petit nombre d*anpées(Sli9).

. Mais, direz-Tous , c'est le gouyemement qui exécuterait les travaux, et il n'opère pas assez bien pour mériter notre confiance. Examinons ce point, sur lequel les idées du public sont ^rangement faussées.

Et d'abord , considérez que les compagnies ne sortiront pas tout armées du cerveau de Jupiter pour agir dans votre intérêt. Elles seront plus occupées de bénéfices que d'exécution , et pour qu'elles fonctionnent , à leur naissance , non pas bien , non pas même passablement, mais quelque peu, elles feront toujours pour de grands travaux d'immenses sacrifices d'argent ($31). Elles auront en eOet tout à créer, et à créer pour un travail momentané : calculez ce qui devra s'ensuivre (S 36).

Le gouvernement au oontraire, a d'avance, lui, tous les moyens nécessaires pour faire marcher immédiatement le service.

Il a sa direction générale des ponts et chaussées , ses préfets , ses maires , ses employés , ses préfectures, ses bureaux , etc. : voilà pour la gestion administrative.

n a son ministère des finances , ses receveurs généraux et (Murticnliers , ses préposés aux recettes directes, indirectes et des domaines, établis , installés , disséminés dans toutes les villes , acquittant tous les mandats des préfets, et recevant toutes les sommes qui vont au trésor : voilà pour la gestion financière.

Il a son corps d'ingénieurs , ses conducteurs de travaux , ses piqueurs *. voilà pour la partie d'art.

Dans chaque grade , ses employés connaissent à fond leur service, et des cautionnements garantissent la gestion de ceux qui sont attachés aux finances .

Pensez-vous qu'une compagnie puisse rassembler tant de sortes d'agents , qui aient, au même degré que les agents du gouvernement , des connaissances communes , l'habitude d'un travail fait avec ensemble et suivant les mêmes principes , une hiérarchie arrêtée , des talents mis à l'épreuve , une expérience

DKDICACK. y

incontestée, une moralité au grand jour ? Nod| sans doute.

Eh bien ! comptez ce qu'une compa^ie improvisée aurait i| payer en salaires très-élevés d'agents capables ( § 31 ), en salaî^ res plos cbers encore d'agents incapables , en récompenses a donner pour exciter le zélé d'hommes à affaires préoccupés da leur fortune , en fautes involontaires , en pertes pour mal-ent»idus, en loyers de bâtiments , en bureaux: à établir, etc. , etc., et vous TOUS direz qu'avec le gouyerncment tout cela , et c'est considérable , est d'abord écononusé.

Et quant à la bonne conduite des travaux , les exemples ne vous manquent pas pour asseoir votre opinion.

Pensez-vous que le canal de Saint-Quentin ait été mieux étanché par le moyen d'une concession , que le canal du Centre ne Ta été par les travaux de M. Minard , ingénieur en chef des ponts et chaussées ? Toute la différence , c'est que vous payez pour la concession du canal de Saint-Quentin plusieurs fois oe que vous payeriez si le gouvernement avait opéré avec une conoH pagnie de préteurs. i

Pensez-vous que les nombreuses écluses exécutées au moyen de péages dans votre localité, ne soient pas payées très-chèrement par vous ? Elles vous auraient certainement coûté beaucoup moins si le gouvernement les avait construites avec le secours d'emprunts souscrits par ceux de vos négociants, de vos fabricants , de vos propriétaires , qui font le plus d'usage de la navigation.

Pensez-vous que les débats auxquels conduisent les concessions du canal de la Sensée (*), du canal de Roubaix(**) et du canal de la Haute-Denle n'équivalent pas pour vous à un renchérissement du prix de ces canaux ?

Considérez maintenant des travaux faits par le gouvia^^

nement.

■ if

(*) Lt prompte exéeation du ctnal de II Sensée a contribué beracoip 'à mettre en firreur l'emploi des compagnies exécutantes; cependant laconceiriOM de ce canal , malgré le mérite de la personne extrêmement capable qui en a- <$■ Tentreprisc, offre un des exemples les plus propres k eomtMttre le ^Sléme des compagnies concessionnaires. C'est ce dont on peut se convaincre en eiminanlsoignenMmeDtlaloidecoDoeiskMiduiamailSia. m

r) forez les notes n et m. '"''"'

Vj DÉDlCiCE.

Le canal deTOiso, par exemple, ne vous donnc-t~il pas une bonne navigation? n'a-t-il pas été bien exécute ? n'a*t*il pas été fait pour le prix de Testimation (*) ?

Le canal de Saint-Quentin , vous ne pouvez pas T ignorer, est un travail que les ingénieurs de l'état ont conduit mwec beaucoup d'économie.

Nos grands ponts faits par le gouvernement, les routes ouvertes sons Fempire, au Simplon , au Mont Conis , etc., méritent sous tous les rapports des éloges. Je pourrais vous citer une infinité d'autres travaux ; car toute la France m'offre des exemples , et je ne suis embarrassé que du choix.

Je ne prétends pas cependant que le gouvernenn^nt exécute et projette toujours bien , ni qu'il n'y ait aucune aniélioraticm i Introduire dans les ponts et chaussées ; je suis bien loin de là (**). Mais je dis que dans l'état où sont les choses , tout examen impartial montrera que les ingénieurs du gouvernement , pour peu que l'administration le veuille, sont, pour (»pénT conve* uablemenl , dans une position bien meilleure que celle des ingénieurs attachés à des concessions (***).

Et s'il on était autrement, Messieurs, je vous oonseiUeraii encore de faire tous les sacrifices d'argent qui seraient uécofisaires pour que vos transports ne fussent pas inféodés à des compa^ gnies ( S 4:2 ) , et pour que vous pussies arriver promptcment à

(*) ^'o/^: 1c rap|K)rtsur la situation des canaux au 30 mars 1830, p. lli. Ea général , tous les prqlels qui ioiit complùlcment étudiés , et daus un système sur lequel on est bien arrêté , ue coûtent dans les i)ont< et chaussées que le prix «e rostiinalion. C'est ce qui arrive pour la masse immense d'oufnges qui s'n^utent chaque année |)our rcntrotieu. Quant aux travaux extraordinaires^ les seuls sur lesquels lattention du public soit vivement attirée (lar les dlscufsious drs chambres , il en est quelquefois autrement , non pas parce que les IngMicvn estiment mal ce qu'Us pro()09ent , mais parce que les travaux projetés subissent , à mesure qu on s'iVlairc mieux sur leur deslination , des modifications , des perfectionnements qui! est heureux qu'on puisse admettre , et qui changent le montant de la dépense. Sous ce rapiwrt notamment , et déneioat d'autres rapports, les canaux entrepris en iSii soûl cilcs, mal à prapai, comme one preure de l'inexactitude des cstimatious du corps des Ing^ ■leivt*

O^^ojres U note IV.

(•^•) ^<jy#T le deuxième alinéa du S 55.

On peut dire que les capacités m manquent ni aux compagnies ni aa gott- ▼emement , bien qu'on puisse toutefois perfectiopner l'cuscignemcut dq T^le

la supixr^sttOQ des péages descbeipiiis de fer, attendu qne cette ^uj^çs&ion e§t nécesçairei non-seulem^t «a ce qui conoen» ks trao$porU rapides, mais encat^ pour amener FabaissenoBt dp prix des transports par eau sur les lignes navigables qui \atà intéressent ( S toi ).

Agissez donc, entendez-vous , qpérez dans le sens du véritafaM

es^k^it d'gssoci4tM¥) ( S ^^ )t ^^ rf|x>usBes de toutes vos foroéa Tesprit de spéculation qui viendrait mettre ses prétentions 3fe t^én^fiiçe^ indéfinie en opposition avec vos besoins les plus impérievu. Cotisez - vouil ; et si vous parvenez, par l'inilueniib des honunes capables et bi^ Intentionnés de votre Ioca|itéy|i réaliser seulement vingt millicms, tout nrarcbera, cser notot bien qu'au besoin V A^gleterve et la Belgique voos aidetool

Dans ces deux états , on se hâte d'exécuter. En Belgique les travaux sont faits par le gouvernement, et ils donnent d'admirables résultats. C'est un fait qui mérite , Messieurs , d'attirer sérieusement votre attention ( § 120).

Vous aurez à remarquer que les Belges avaient à faire deux très-grands pas dans la voie du progrès. L'un qui consiste à éviter les compagnies exécutantes ; l'autre qui a pour objet remploi des tarifs transitoires destinés à ménager les industries menacées, et à conduire graduellement, mais en peu d'années, à la suppression des péages ( § 4 ). Ils ont fait le premier de ces deux pas ; le second leur reste à faire. Vous pouvez. Messieurs, par une sage intervention , les faire tous les deux à la fois.

Mais il ne s'agit pas seulement d'établir des chemins de fer , il s'agit d'entrer dans une voie de progrès industriels ayant pour caractère de s'opérer sans secousse et d'améliorer notre position financière.

Marcherez-vous les premiers dans cette voie? J'en doute , et je crains beaucoup que cet écrit ne suffise pas pour porter à cet

polytechnique et de toutes les autres écoles de travaux publics ; mais pour bien projeter et pour bien exécuter de grands ouvrages , il ne faut pas seulement des hommes capables , il Tant avant tout que l'intérêt de ces hommes soit le plus possible d'accord avec l'intérêt social. C'est surtout sous ce rapport que le corps des ponts et chaussées a de l'avantage sur les compagnies.

Viij DÉDICACE.

égard la conviction dans vos esprits. Mais il 7 a panni tous d^ hommes animés d'un grand zèle; ils méditeront les questions qai Yoos intéressent , et ils comprendront , je l'espère , qn'en bit de grands travaux publics , il ne peut y avoir qu'une bonne compagnie, une seule bonne association , c'est celle de tous les Français ayant à leur tète l'administration , éclabée par les (d>servations des véritables int^i^ssés , et surtout par la pu- Uidté.

Cet écrit» Messieurs, expose des théories qui sont pour vous d'un haut intérêt. Par ce motif , et à cause de l'attachement que je porte à votre localité , que j'ai longtemps habitée , je me suis ajqidiqué avec plaisir à le développer dans le sens qui vous touche , et je vous en offire la dédicace.

ÀVÀNT-PROPOS.

A MESUBE que la civilisation avance , les intérêts qui divisent les hommes tendent à se rapprocher de plus en plus, et à prendre la direction d'un intérêt unique : celui de la société.

A Fépoque où nous sommes , la civilisation est enanne fort imparfaite , et il s'en faut bien que Fintérèt général , ou le socialisme , domine et dirige nos actions. Le principe opposé , ï individualisme , est le plus souvent celui qui , à notre insu y conduit toutes les afiTaires.

Les personnes un peu éclairées comprennent toutefois qu'en accordant à une compagnie , par exemple , le privilège de fournir de cuir nos armées, pour des prix convenus , cette concession fait naître un intérêt individuel si forte* ment opposé à Fintérèt social, que la compagnie privilégiée» pour livrer de mauvaise marchandise qu'elle se procure i bas prix , s'applique i empêcher toute fabrication de bon cuir. Dans ce but , elle séduit et corrompt , quand c'est possible , les hommes appelés i contrôler ses opérations ; elle s'efforce de fausser les idées du public sur Futilité des procédés les meilleurs , et elle tâche d'arrêter le progrés de Fart au point juste où son intérêt veut qu'il reste fixé. Il n'y a qu'un cri chez nous contre on tel monopole.

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