‹ Des Vomissements Graves de la Grossesse Dans Leurs Rapports Avec Des Lésions du Système NerveuxChapitre 8 sur 20 · PERRIN A · texte numérisé non relu

PERRIN A

RERO

toxines, qui ont leur polymorphisme, leur modalité fonctionnelle individuelle, chez chaque sujet leur vie pathologique. Cette production pour ainsi dire physiologique de poisons se produit chez certains sujets avec une intensité remarquable et peut subir des modifications à la suite des maladies infectieuses, des altérations des organes à sécrétion interne, des évolutions physiologiques de l’organisme (1). » ;

La théorie de l’intoxication est merveilleusement condensée dans ce passage. Nous y voyons déjà indiquées et comme ébauchées toutes les hypothèses qui vont suivre.

C’est ainsi qu'accoucheurs et médecins vont invoquer comme cause d'intoxication :

Soit le mauvais fonctionnement de l'intestin ;

Soit l'insuffisance des organes excréteurs comme le rein ;

Soit le défaut de transformations par le foie des produits nocifs en produits inoffensifs;

Soit l’élaboration de produits anormaux dans l'organisme au cours de la grossesse, que ces produits soient déversés au niveau de l’œuf, ou par des sécrétions des glandes internes sous l'influence de la gestation.

Nous allons reprendre chacune de ces théories pour les examiner en détail.

Parlons d’abord des toxémies d’origine intestinale. On a remarqué combien la constipation est fréquente chez les

femmes enceintes. La stagnation des matières dans le tube

digestif peut favoriser l'élaboration de produits toxiques qui sont déversés dans le sang et cette stercorhémie peut

(1) Ch. BoucnanrD. Leçons sur les aulo-intoxications, 1887.

intoxiquer le système nerveux et produire des vomissements opiniâtres.

À leur tour le rein et le foie (1) ont été mis en cause, mais le rein beaucoup moins que le foie, car on observe rarement de l’albuminurie au cours des vomissements incoercibles, et si l’on examine les urines on y trouve tous les produits que le rein excrète normalement.

Donc pas de résorption au niveau de cet organe dont l’activité fonctionnelle ne semble en rien diminuée.

Depuis le travail de Schiff (2) sur une nouvelle fonction du foie, tout le monde connaît son rôle destructeur vis-àvis des poisons de l’organisme.

Bouchard que nous avons déjà cité nous dit que: «Si l'organisme fabrique des poisons et pourtant ne s’empoi-

sonne pas, c'est parce que le foie en arrête une partie et que le reste est éliminé. »

Signalons encore un travail qui parut en 1892 et qui est l’œuvre de Massen, Paulow, Hahn, Nencki (3), sur le mécanisme de la fonction antitorique du foie. On y relate les expériences faites sur des chiens chez lesquels on avait abouché la veine porte dans la veine cave, de facon à supprimer le passage par le foie du sang venu de l'intestin. Ces chiens étaient intoxiqués et présentaient des troubles graves du système nerveux.

De tous ces travaux il résulte que le foie non seulement arrête et détruitles poisons venus de l'intestin, mais agit

de même sur les poisons élaborés dans tout l'organisme.

(1) H. Rocer. Action du foie sur les poisons, 1887. (2) Scurrr. Archives des sciences phys. et nat., 15 mars 1887, Genève. (3) Archives des sciences biologiques de Saint-Pétersbourg, t. 1, 1899.

C’est sur cette base que s’établit la théorie de l’hépatoxémie. à

Chez la femme enceinte, le foie étant congestionné et surmené par suite de ses nouvelles fonctions, peut être frappé d'insuffisance passagère et laisser passer dans Île sang des toxines qui agiraient sur le système nerveux.

Le professeur Pinard s’est fait l’ardent défenseur de cette théorie. C’est d’un article paru dans les Annales d'Obstétrique et de Gynécologie de juillet 1909, que nous détachons le passage suivant où il résume sesidées : « Pendant la gestation, les femmes qui vomissent sont des femmes intoxiquées. [ln'y a pas deux sortes de vomissements. Le vomissement est le premier symptôme apparent d'une intoxication dont l’organisme triomphe le plus souvent, mais aussi pouvant entraîner la mort, après avoir déterminé des symptômes multiples et variables, suivant la réaction individuelle, mais dont le plus constant, le plus facilement appréciable et en même temps le plus grave est l'accélération du pouls (1). » |

Le professeur Pinard suppose qu'au cours de la gestation, il s'élabore une toxine, cette toxine à la fois émétisante et toxique se déverse dans le sang et va par son intermédiaire jusqu’au centre du vomissement qu’elle excite au point de produire ces vomissements incoercibles, mais elle agit encore sur le bulbe au niveau de l’origine du pneumogastrique et détermine d’abord de l’hypotension, puis de l’accélération du cœur, enfin elle frappe le système nerveux tout entier, et c’est alors qu'on voit apparaître des phéno-

(1) PrNARD, Annales de Gynécologie et d'Obstétrique, juillet 1909.

nn) le

mènes nerveux tels que les névrites gravidiques. Cette théorie serait vraiment démonstrative si l’on nous disait la nature de cette toxine, son lieu d’élaboration et pourquoi elle agit sur certaines femmes et non sur d’autres. M. Pinard nous dit que c’est une substance émétisante spéciale à la grossesse, mais cette explication laisse trop de doute dans l'esprit. Quant à son lieu d’origine M. Pinard pense que la connaissance de la sécrétion des glandes internés nous donnera le mot de l'énigme et croit déjà entrevoir la solution du problème dans les sécrétions du « corps jaune de la gestation, cette glande plus volumineuse que l’hypophyse ». |

Cette théorie a été discutée et critiquée par M. Doléris dans la même revue.

M. Doléris trouve que de notre temps on fait la part trop grande aux toxémies se développant dans l’organisme par résorption des produits de sécrétion des glandes internes, qu'on y attache vraiment une importance excessive et que pour lui il ne partage pas cette hypothèse en ce qui concerne les vomissements incoercibles.

A l’auto-intoxication il oppose la théorie de l’hyperexcitabilité du système nerveux, théorie déjà énoncée par Vinay, dans son Trailé des maladies de la grossesse. « La véritable cause des vomissements incoercibles, dit-il, c’est l’état pathologique du système nerveux, c’est une névrose fonctionnelle qui se caractérise par une excitabilité anormale des réflexes et qui est vraisemblablement de nature

hystérique (1). »

(1) Vinay. Traité des Maladies de la grossesse, 1894, p. 211.

ton

D'autre part, Kaltenbach parle du grand rôle joué par l’Aystérie et Ahlfeld de l’état névropathique des femmes atteintes de vomissements incoercibles.

Les partisans de cette théorie nerveuse s'appuient sur des observations nombreuses et bien établies.

Si l’on recherche dans les antécédents des femmes atteintes de vomissements, il n’est pas rare de retrouver des stigmates d’'hystérie ou à défaut de cette névrose une impressionnabilité exagérée.

Pour nous mieux prouver l’origine nerveuse des vomissements de la grossesse, M. Doléris fait un rapprochement entre ces accidents et certaines neurasthénies qui éclatent chez des femmes en dehors de la gestation et sont caractérisées par une période d’hypernutrition à laquelle succède une période de dénütrition aboutissant à un amaigrissement extrème accompagné d'arrêt fonctionnel de certains organes, en particulier l’estomac, l'intestin, les appareils de sécrétion. Ces accidents éclatent chez ces

névrosées sous l'influence de causes occasionnelles très diverses. Il en est de même chez d’autres névropathes

chez lesquelles on constate de véritables formes frustres de la maladie de Basedow avec accélération du pouls, tachycardie mais sans exophtalmie ni goître. Chez les unes c'est une constipation opiniâtre, chez d'autres des crises spasmodiques de l’estomac, enfin tous ces cas s’accompagnent de vomissements répétés, incessants, incoercibles.

Souvent c’est une cause occasionnelle qui détermine leur apparition. Comment donc ne pas admettre que chez de semblables prédisposées la grossesse ne puisse faire éclater ces accidents.

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