FRÉQUENCE
Lorsqu'on analyse et compare entre eux les faits de vomissements incoercibles consignés dans la science, l'esprit ne peut d'abord s'affranchir d'un certain étonnement et d'un embarras véritable.
La variété et le mode d'action des causes, le caractère parfois si bizarre et si capricieux des symptômes, l'inconstance de la marche, les surprises du dénoûment, et trop souvent l'impuissance absolue de la thérapeutique, tout, dans cette singulière el si cruelle affection, semble être étrange, et je dirais presque mystérieux. Telle est l'impression presque inévitable que subit le médecin lorsqu'il cherche à approfondir les dil'Iiciles questions qui se rattachent à l'étude des vomisseuKMits opiniâtres.
- iî -
— Si nous cherchons à apprécier le degré de rréquence de cet accident, nous trouvons tout d'abord une difficulté réelle pour résoudre ce problème. Jusqu'ici, en effet, il n'existe aucun élément statistique qui puisse éclairer cette question ; et l'on comprend aisément qu'il eu soit ainsi, quand on considère qu'il n'existe aucune limite précise entre les vomissements simplement graves et ceux qui sont opiniâtres, et que, d'autre part, l'étude sérieuse de cette affection date d'une époque si rapprochée de nous. Ce qui semble démontrer toutefois qu'elle n'offre pas une extrême rareté, c'est qu'il n'est guère d'accoucheur tant soit peu répandu qui n'en ait observé plusieurs exemples dans sa pratique.
M. P. Dubois, dans la discussion académique de 1852, déclara avoir rencontré dans sa propre clientèle ou parmi les malades pour lesquelles il avait été consulté vingt cas de mort à la suite de vomissements incoercibles. Il est vrai que ce chiffre ne saurait servir de base à la solution que nous cherchons, attendu que M. Dubois, j(juissant de la plus haute considération, était consulté ou appelé pour la plupart des cas graves qui se présentaient en obstétrique, soit dans la capitale, soit même en province.
Pour nous, qui avons pu dépouiller en grande partie les archives de la science, il nous a été possible de réunir cent dixhuit observations de cette redoutable maladie, sans compter un certain nombre d'autres faits qui ne sont qu'indiqués dans les auteurs. Et Bedford (de New-York), dans son livre Des maladies des femmes, avance même que, malgré le grand nombre d'exemples de vomissements incoercibles consignés dans la science, il est persuadé que ceux qui n'ont pas été publiés sont encore plus nombreux. D'où vient cependant que cet accident est si rarement observé dans les maisons d'accouchements? Pour ma part, il ne m'est pas arrivé d'en voir un seul cas à la Maternité de Paris pendant toute une année, et le fait ne sera pas surprenant, si j'ajoute que mon savant maître M. Danyau, qui depuis de nombreuses années est chirurgien de celte maison, m'a dit n'en avoir pas observé lui-même un seul exemple. Un fait de ce genre s'est présenté cependant au commencement de cette année à l'hôpital des Cliniques, fait remarquable que nous
GUÉNIOT. 2
avons pu suivre dans toutes ses phases, et que nous rapporterons plus loin en détail (Obs. VI.)
Ce n'est donc pas dans les Maternités qu'il faut s'attendre a rencontrer l'aliection que nous étudions et chercher l'es éléuients d'une statistique. La raison en est d'ailleurs toute simple, puisque les maisons d'accouchements ne reçoivent que les femmes en travail ou qui sont sur le point d'accoucher, et que les vomissements incoercibles constituent, d'une façon presque constante, un accident de la première moitié de la grossesse. C'est dans la pratique civile et dans les services d'hôpitaux non spéciaux que cette afleetion est plus particulièrement observée; c'est là seulement que l'on pourrait puiser des documents relatifs à son degré de fréquence.
Que conclure cependant de ce {|ui précède? Toute déduction est assurément difficile et sei ait peut-être bien peu justifiée. Aussi nous bornerons-nous à constater que, sans constituer un accident connnun pendant la grossesse, les vomissements incoercibles semblent cependant n'être pas absolument rares.