‹ Des vomissements incoercibles pendant la grossesseChapitre 6 sur 14 · GUÉRISONS · texte numérisé non relu

GUÉRISONS

Dans les faits de guérison à la suite d'avortement spontané, cinq Ibis la mort du fœtus avait précédé son expulsion, et la cessa-

tion des vomissements avait coïncidé avec l'époque de la mort de reniant, c'est-à-dire avait également précédé le travail de l'avortement. Je suis très-disposé à croire que le faitconsignédans notre observation II devrait appartenir à cette catégorie, car bien que l'auteur rapporte exclusivement la guérison au mode de traitement employé, il me paraît bien probable que le fœtus avait cessé de vivre depuis un certain temps, lors de son expulsion ; il est dit en elîét que la grossesse avait atteint son cinquième mois et que l'œuf était très-petit pour cette époque.

Parmi les 21 faits de guérison consécutive à la provocation de l'accouchement, six fois la grossesse avait dépassé le septième mois et quinze fois elle n'avait pas atteint encore cette période.

Quant aux cas de mort, on peut les classer d'après les mêmes principes, en trois groupes, à savoir :

Sans avortement 28

Après avortement ou accouchement prématuré spontané. 7 Après avortement provoqué 11

Morts 46

Parmi les morts sans avortement, quelques cas ont été compliqués de maladies plus ou moins graves, telles qu'éclarapsie, affection organique de l'estomac, etc.

Il en est de même de ceux où la mort survint après l'avortement spontané. Dans les sept cas mentionnés plus haut, on constata, en effet, deux fois un cancer de l'estomac, et une fois de petits corps fibreux de l'utérus. Les quatre autres femmes moururent, l'une à la suite d'une diarrhée considérable, et les trois autres d'épuisement.

Enfin, les cas de mort consécutifs à l'avortement provoque arrivèrent, une fois après éclampsie (1), une Ibis après infection purulente (2), une fois après fièvre puerpérale. Pour les autres, la mort survint par épuisement.

(1) Dclbct, Thèse. Paris, 1854.

(2) Fait inédit, communiqué par M. le docteur Catnpbcil. M. Nélalon fut appelé pour ouvrir un abcès à l'épaule.

— Ui —

Tel est le tableau des divers modes de terminaison de la maladie que nous étudions. Faut-il encore insister sur une particularité vraiment curieuse et plus que surprenante, consignée dans l'observation XV, que je dois à l'extrême obligeance de madame Calé, sage-femme en chef de la Clinique d'accouchements. Dans ce fait, le décollement de la partie inférieure de l'œuf fut opéré par M. P. Dubois, qui pensait ainsi déterminer l'avortement. Du sang s'écoula en assez notable quantité, et M. Dubois me disait, dans une conversati(m récente dont il a bien voulu m'honorer, qu'il n'est pas douteux pour lui que le décollement de l'œuf n'ait été effectué dans une certaine étendue. Et cependant l'avortement n'eut pas lieu et la grossesse poursuivit son cours pendant six semaines encore. Mais les vomissements avaient cessé dès le jour de l'opération. Je ne m'arrêterai pas davantage sur une terminaison aussi extraordinaire, devant revenir sur ce fait à propos des causes et du traitement.

Lorsque les vomissements se terminent sans opération par la guérison, celle-ci peut s'effectuer d'une manière très-diverse. Tantôt la maladie, jusque-là très-intense et sans rémission, se termine rapidement par la cessation brusque des symptômes. Cazeaux en rapporte un curieux exemple dans son Traité des accouchements, 1862, p. 263.

Obs. IV. — Une jeune dame, enceinte de deux mois et demi, était depuis trois semaines tourmentée par des vomissements tellement opiniâtres qu'elle ne pouvait, disait-elle, rien garder, et que la moindre gorgée de liquide les provoquait. Plusieurs moyens avaient été employés sans succès. Tout à coup, son mari tombe malade, et sa vie est en quelques heures gravement compromise par tous les symptômes d'un étranglement intestinal. A dater de ce moment, les vomissements de la jeune femme cessèrent, et depuis elle n'a plus éprouvé le moindre trouble dans les fonctions digestives.

Mais ce mode de terminaison, quoique non rare, n'est pas cependant le plus habituel. Il arrive plus souvent de voir les vomissements diminuer progressivement de fréquence, puis cesser complètement. C'est ce qui eut lieu dans les faits rapportés par W. Vauglianctpar Tyler Smith {Obs. 11 et XII) où l'on voit que

les malades ne revinrent à la santé que d'une manière lente et progressive.

Enfin quand l'afïection se termine par la mort, comment cette dernière a-t-elle lieu? J'ai déjà dit que la mort pouvait arriver dans le cours de la deuxième période de la maladie, mais alors elle est produite le plus souvent par une cause accidentelle ou une complication grave des vomissements incoercibles. En règle générale et presque constante, la terminaison fatale ne fait que succéder à la troisième période de la maladie. Et alors elle survient, soit dans une syncope (Ij, soit dans un effort de vomissement (Lambert), soit le plus souvent dans le coma et par épuisement complet des forces.

Quelle que soit d'ailleurs la façon dont elle survient, la mort est presque constamment due à une cause unique, aux effets de Vabstinence. Les douleurs et les souflVances de toutes sortes sont déjà une cause puissante d'affaiblissement; de plus, dans les conditions fâcheuses où se trouve la femme^ la réparation des pertes incessantes qu'elle subit ne se fait point; la digestion est impossible, et par conséquent l'assimilation nulle. La malade meurt donc presque littéralement de faim. Comparez la série des symptômes qui caractérisent les vomissements incoercibles, lorsque ceux-ci touchent à leur dernière période ou que déjà ils sont arrivés à leur phase terminale, comparez, dis-je, ces symptômes avec ceux qui succèdent à une abstinence prolongée et prochainement mortelle, et vous ne trouverez entre eux aucune différence notable. Vous serez frappé, au contraire, de la similitude presque parfaite que présente l'état des individus exposés à ces terribles causes de mort. El cette similitude ne porte pas seulement sur les symptômes, mais, dans nombre de cas, elle peut être constatée à l'autopsie, relativement aux altérations organiques consécutives à l'abstinence.

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