CHAPITRE PREMIER
Les peuples latins nous offrent certainement une grande unité due à la forte empreinte laissée sur eux par Rome ; mais au point de vue ethnique ils sont faits de pièces et de morceaux ; et la France qui, parmi eux, constitue incontestablement le bloc le plus compact, est peut-être aussi d'eux tous celui qui se compose du plus grand nombre d'éléments hétérogènes. C'est peut-être là ce qui constitue sa grandeur, les croisements étant d ordinaire féconds en beautés de tous ordres. Lockroy, qui est aussi un patriote à la manière de Clemenceau, dans un article de critique qu'il m'a consacré dans La Dépêche de Toulouse, a reconnu cette complexité de la population française. Il s'exprimait ainsi :
Peaux rouges qui, loin de s'éteindre, se mêlent au contraire à la population blanche et fournissent par conséquent à votre thèse un argument de grande valeur. Il ne faut pas oublier non plus que le problème des races embrasse non seulement les Peaux rouges des Etats-Unis, mais aussi tous les indigènes américains, que Ton peut évaluer actuellement à 15 ou 20 millions d'hommes qui sont presque tous en voie de transformation au Mexique, en Colombie, au Pérou, par la voie des croisements et par une civilisation commune. Si maintenant nous passons à la Malaisie, U, nous constatons que la race, loin de s'éteindre est en plein mouvement de progrès à tous les points de vue.
Les Javanais, notamment, que l'on ne saurait placer sous une autre rubrique que celle des Malais, augmentent en nombre d'une manière prodigieuse : nulle part les hommes ne pullulent en proportion pareille.
Je vous serre très cordialement la main.
Elysée Reclus.
Il est vrai que la France s*est unifiée par la communauté des idées et des intérêts plus que par la similitude des races. Cest un pays composite, dont la Royauté a réuni les morceaux et dont la Révolution a fait un bloc.
L'Angleterre, d'ailleurs, ne nous le cède guère sous ce rapport, avec ses alluvions et invasions successives ; non plus que l'Allemagne dont, à la fin du monde romain, les tribus s'entrechoquaient et se heurtaient sur tous les points de l'Empire ; que la Russie avec ses Finlandais, ses Allemands, ses Polonais, ses Lettons, ses Géorgiens, ses Tatars... ; que la Suisse avec ses quatre idiomes ; que les Etats-Unis où tout l'excédent des peuples de l'Europe est venu se confondre.
Si les Celtes, les Romains, les Angles, les Saxons et les Normands ont pu se fusionner assez pour former ce puissant peuple qui a réalisé l'hypothèse de Renan, et qui, grâce à sa position insulaire, et à son espèce de claustration dans l'Ile où il a été enfermé pour des siècles, se distingue aujourd'hui plus que tout autre du reste de l'Europe;
Si Bretons et Provenceaux, Languedociens et Flamands, Basques et Allemands d'Alsace, ont pu se réunir et constituer ce bloc compact qu'est la République française; si même on a justement considéré comme un amoindrissement considé-