‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 13 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

garde de conserver les trente-deux provinces; ils les brisèrent et les émiettèrent en départements.

Les autres pays qui se sont unifiés depuis ou qui s'étaient unifiés auparavant ont suivi la même voie. Quand l'Espagne s*est formée, elle n'a pas conservé comme entités de second ordre les divers royaumes entre lesquels elle était partagée autrefois ; et l'Italie, en se constituant après la guerre de 1859, a porté, elle aussi, la hache sur toutes les petites patries dont était parsemé son territoire.

Elle n'a plus voulu connaître ni Piémont, ni Lombardie^ ni Vénétie, ni Romagnes, ni deux Siciles, ni Toscane. Elle les a impitoyablement cassés pour les diviser en circonscriptions administratives moins étendues, analogues à nos départements. Les patriotismes vénitiens, lombards, toscans..., •avaient vécu.

Il faudra en venir là lorsqu'à l'Allemagne, à la France, à l'Italie, à la Russie, à l'Espagne, on se décidera à substituer l'Europe. Il fendra mettre en pièces ces nations diverses, en feire de petites républiques de l'importance de la Suisse, de la Belgique, du Portugal ou de la Hollande, républiques qui deviendront les « Cantons» de l'Europe.

La confédération des Etats-Unis d'Europe, loin de présupposer, ainsi que le croit naïvement Clemenceau, le maintien des actuelles patries, en présuppose au contraire la destruction.

Lockroy lui, toujours plus scientifique^ oppose à mes idées une objection infiniment plus sérieuse que toutes les précédentes, sans cependant arriver à détruire ma thèse.

Je crois les nationalités actuelles, je viens de le dire, appelées à se fusionner dans des nationalités d'ordre supérieur à forme fédérale, en même temps qu'à se diviser, pour pouvoir se fédérer, en républiques cantonales d'une étendue inférieure à celle qu'elles ont aujourd'hui.

En cTautres termes^ je suis parti de l'idée que le genre humain subit une évolution naturelle qui détermine un double mouvement simultané de concentration et de division des patries.

Lockroy ne conteste pas qu'à de certaines époques de l'histoire il se produise soit un mouvement de concentration, soit un mouvement de division des peuples. Mais il né croit ni à leur connexité ni à leur continuité.

L'Humanité, suivant lui, serait plutôt soumise à une oscillation t Elle se concentrerait pour se diviser ensuite, et ne se diviserait que pour se concentrer de nouveau. Cette alternative assurerait le progrès en favorisant le mélange des races et en engendrant l'émulation. Il cherche la preuve de ce mouvement pendulaire dans la formation suivie de dislocation des grands empires asiatiques

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