‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 15 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Plus tard encore on a vu apparaître la brillante, quoique peu durable civilisation de l'Islam, tandis que depuis un passé inaccessible à nos recherches existaient ces civilisations jusqu'à ces derniers temps stationnaires et comme pétrifiées qui se sont appelées la Chine, le Japon, le Siam, l'Annam, et, avec d'autres éléments ethniques, l'Inde du Bouddha et des Brahmes.

Toutes ces créations ont été de simples ébauches de moins en moins imparfaites, mais des ébauches qui annonçaient l'œuvre définitive, comme le mastodonte annonçait le mammouth, comme le mammouth annonçait l'éléphant moderne, comme les pachydermes proboscidiens annonçaient le cheval, l'âne, le zèbre ou l'hémione.

Dans les temps vraiment historiques l'échec de Rome n'a pas été le seul, quoiqu'il ait été le plus gigantesque; 1789 et 1848 ont vu se produire de nouveaux essais d'unification moins durables, moins éclatants, moins puissants qui ont également échoué.

Mais tous ces échecs, loin de prouver contre nous, prouvent, au contraire, que l'espèce humaine est si impérieusement poussée vers l'unité par sa loi propre, qu'après tout eflFort avorté dans ce sens, elle se remet à l'œuvre avec une inlassable ténacité.

Il semble bien, d'ailleurs, que, si dans le passé l'insuffisance des ressources, l'imperfection des moyens de communication, l'esclavage et l'ignorance rendaient le succès de l'unification difficile, par suite des conquêtes de la science et de l'industrie, qui ont complètement transformé les conditions de la vie, l'heure de l'aboutissement final a sonné.

L'empire Romain s'était fondé par la force ; et, bien que la force fiit alors un ciment plus adéquat qu'il ne le serait à cette heure à la cohésion des esprits, elle n'en créait pas moins dès cette époque des haines toujours prêtes à éclater. Les peuples composant l'Empire se mêlaient sans doute à la surface sur les marchés d'esclaves et dans les armées qui taisaient et défaisaient les souverains. Mais c'était là des juxtapositions plutôt que de véritables fusions; et ces juxtapositions étaient bien éloignées de l'amalgamation réelle qui s'accomplit de nos jours, n'en déplaise à Clemenceau, par la grande industrie, le grand commerce, la science, l'art et les congrès de toute nature.

L'édifice lentement et péniblement construit par Rome était trop lourd et n'avait pas des assises assez solides pour en supporter le poids. Nous, nous les avons, ces assises, et nous pouvons bâtir le monument. Il ne s'écroulera pas.

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