‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 19 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Cet acte était méprisable» car, se proposant de devenir le chef d'une dynastie usurpatrice, le duc d'Orléans, qui fat plus tard Louis-Philippe, montrait par là son caractère purement intéressé et sans grandeur.

Mais on ne saurait, sans injustice, porter le même jugement sur la conduite de la plupart des nobles réunis à G^blentz. Us étaient attachés à la vieille tradition française. A leurs yeux, là où était le roi était la France. Ils se croyaient excellents patriotes en combattant l'armée de la Révolution aux côtés des Anglais et des Russes. Ils Tétaient à leur manière.

Depuis 1792 des traditions nouvelles se sont créées, qui, à des degrés divers, se sont emparées de l'esprit de l'immense majorité de nos compatriotes. Chez nous maintenant, la tradition catholico-monarchiste intégrale ne subsiste plus que dans une infime minorité.

De cette minorité, M. Ernest Judet paraît faire partie, et je suppose qu'il n'irait pas volontiers verser son sang pour une France socialiste, si les forces militaires des monarques étrangers l'envahissaient pour y rétablir le régime capitaliste.

Je suis loin de lui en faire un crime. Il faudrait pour qu'il en fût autrement qu'il fût un saint, c'est-à-dire un niais. Je lui demande seulement

de me faire bénéficier de la même tolérance.

Mpi, j'aime la France parce qu'elle est, selon l'expression de Proudhon, la patrie de l'éternelle Révolution. Je me sépare d'Hervé en ce que je distingue entre elle et les nations monarchiques de l'Europe. Si mon bras en était encore capable, je la défendrais avec passion contre une invasion allemande au cas où une telle éventualité se produirait, parce qu'une victoire allemande entraînerait, c'est ma conviction, une rétrogradation politique et sociale dans le monde entier. Mais si j'étais allemand et qu'un tel conflit se produisît, je désirerais avec non moins de passion l'échec des armes impériales qui serait un triomphe pour la liberté universelle.

Ici je prévois une objection, une question tout au moins.

Vous considérez comme votre patrie, un ensemble de traditions, d'idées, de tendances, de conceptions communes, nous dira-t-on.

Croyez-vous que cet ensemble subsiste lorsque les éléments en seront disjoints et fondus dans une fédération européenne ?

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