‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 28 sur 88 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

] en ai scruté les conséquences morales aussi bien <îue les conséquences matérielles possibles; et si je me suis prononcé pour elle, c'est après avoir acquis la conviction qu'elle grandirait moralement la France, tout en l'exposant à moins de dangers Matériels que le régime actuel de la paix armée.

Le maintien de l'armée m'apparaît, par les motifs 9^e je viens de développer dans le précédent cha- Pitire, comme nous acheminant vers une mort — v^i's une déchéance, tout au moins, — inévitable. "^ est vrai que c'est là un résultat encore éloigné ; ^a.is, même en n'envisageant que les conséquences Pi"ochaines et immédiates du système, tout me Pc>rte à le considérer comme faisant courir à notre indépendance les plus sérieux périls.

M. Judet juge l'armée française inférieure en force à l'armée allemande. Je partage sur ce point sa manière de voir. Avec lui, je reconnais que non s^iilement elle compte un moins grand nombre 4^ soldats, mais encore qu'elle est animée à un Joindre degré de ce qu'on est convenu d'appeler J esprit militaire. Il y voit un signe de décadence ^^dis que j'y vois une marque de progrès ; mais ^^Us sommes d'accord sur le fait.

I^^ailleurs, décadence et progrès ne représentât pas deux idées aussi contradictoires qu'on le ^^Ppose. La décadence, qui annonce la fin d'une

société, d'un régime, d'un peuple, est en même temps le commencement d'une société, d'un régime, d'un peuple nouveaux. Tout réside dans le point de vue auquel on se place pour envisager le phénomène.

L'esprit militaire — l'histoire de tous les peuples le prouve — descend à mesure que la civilisation monte. Le fanatisme de la patrie territoriale ou de la religion entraîne le mépris de la mort et détermine une unité de vues qui rend les armées redoutables. Les Marocains en fournissent en ce moment l'exemple. Si, tout en conservant encore leur foi ardente, ils avaient su, comme les Japonais, s'assimiler les moyens de destruction de l'occident, ils seraient invincibles.

Cette unité de vues, ce mépris de la mort ne peuvent plus exister au même degré chez les hommes qui pensent, qui jugent les actes de leurs gouvernements, qui discutent les raisons pour lesquelles on les envoie au combat. Leur force militaire en est certainement diminuée. C'est ce qui me faisait écrire dans un précédent article qu'il y a là un écueil pour la civilisation. Si l'écart entre les différents peuples est faible, cet écart peut ne produire aucun fâcheux résultat. S'il est considérable, le peuple le moins avancé peut écraser celui qui l'est le plus, et la civilisation risque d'être anéantie pour un temps.

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