CHAPITRE TROISIÈME
:*est une hypothèse dont la réalisation n'est pas absolument st mathématiquement impossible *. Tous les gens de sens commun admettront au contraire que l'hypothèse inverse est seule admissible, puisque partout la force prime le droit. Q}i^ faisons-nous aux Algériens, aux Tunisiens, aux Indo- Chinois, aux Malgaches, sinon ce que nous reprochons aux Allemands de nous avoir fait ?
Les gens de bon sens partageront peut-être l'avis de Clemenceau, parce qu'il est dans leur habitude de nier tout ce qui est nouveau. M. Thiers — leur représentant le plus qualifié — n'a-t-il pas tiié les chemins de fer ? Mais malgré le bons sens la terre tourne ; et les cycles d'idées qui se succèdent comme les révolutions du globe, ont amené des changements dans la mentalité du genre humain.
Actuellement les peuples supportent encore les charges formidables d'armements dirigés en réalité contre eux-mêmes. Mais c'est parce qu'ils les croient dirigés contre leurs ennemis. Ils demeurent bailleurs dominés par la religion dénommée patrio- ^sme, le seul culte qui conserve des fidèles sin- ^^l'es et dévoués.
Les Allemands consentent à payer des budgets Militaires et maritimes écrasants, et donnent leurs ^^fants au minotaure de la guerre par peur d'une guerre de revanche qu'ils supposent la France
capable d'entreprendre contre eux le jour où ils seraient désarmés.
Les Français, de leur côté, subissent l'impôt du sang et les lourdes contributions financières qu'exige l'entretien de l'armée et de la marine par des motifs identiques; ils craignent une attaque des Allemands qui leur ferait perdre la Champagne et la Franche-Comté, comme ils ont perdu, il y a trente-sept ans, l'Alsace et la Lorraine. Ils redoutent une nouvelle et ruineuse indemnité de guerre. Ils estiment qu'aucun sacrifice n'est trop considérable lorsqu'il s'agit d'éviter de tels fléaux.
Il est néanmoins certain que, d'un côté des Vosges comme de l'autre, on ne s'y résout qu'avec peine, en obéissant au sentiment de ce qu'on croit être l'impérieuse nécessité. Toutes les fois qu'un allégement est apporté à la loi militaire, la réforme est accueillie avec une joie intense, pourvu que le gouvernement, responsable et infaillible aux yeux des populations, en affirme l'innocuité. Toute charge nouvelle est au contraire énergiquement combattue, et l'empereur allemand lui-même, pour obtenir du Reichstag les diverses lois qui ont successivement augmenté la puissance de son armée et de sa flotte, a dû plusieurs fois recourir à des dissolutions suivies de pressions électorales dans lesquelles le spectre de l'ennemi héréditaire n'a pas joué le moindre rôle.