‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 4 sur 88 · CHAPITRE PREMIER I · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER I

se refuse t-îl à reconnaître que les patries en offrent un autre ? Aurait-il démontré qu'elles sont aussi vieilles que notre espèce, cela ne prouverait rien pour Tavenir. Elles pourraient avoir été un phénomène universel jusqu'à ce jour et n'être plus, au seuil d'une humanité nouvelle, qu'un instrument vieilli et dangereux.

Dans les quelques lignes que j'ai citées, l'ancien directeur de V Aurore a adroitement joué de la confusion faite par lui entre l'idée de groupement et ndée de patrie, c'est-à-dire entre le genre et l'espèce.

L'association, sous une forme ou sous une autre, est la loi de l'homme.

Association est un terme générique. Il s'applique à toutes les formes que peuvent revêtir les groupements humains. La patrie n'est qu'une espèce de ce genre, et l'histoire naturelle nous enseigne que constamment dans un genre qui subsiste des espèces disparaissent. Ce sera probablement le cas de nos nationalités ; mais pas plus que les religions elles ne disparaîtront pour être remplacées par de la poussière humaine. Elles céderont la place à des associations nouvelles, à des organismes nouveaux.

Disparaîtront-elles même complètement ?

Oui ! si l'on fait du mot patrie un terme de

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diflférenciation, s'il est nécessaire pour qu'une patrie existe qu elle s'oppose à une autre patrie. Gir un jour viendra sûrement où il n'e^stera plus dans sa diversité — e pluribus unum — qu'un seul groupement territorial sur la planète.

Non! si par patrie on exprime le simple fait d'union territoriale sans esprit d'opposition, sans idée de différenciation, si l'existence d'une patrie n'implique pas celle d'une autre patrie.

Quoiqu'il en soit de cette conception plutôt métaphysique, la patrie mondiale étant loin de nous, nous n'en sommes encore qu'à l'élargissement de nos patries actuelles. Mais cet élargissement est mûr et il ne saurait nous apporter — c'est ma conviction profonde — qu'un gage de paix, de paix relative, tout au moins.

Je dis : de paix relative, tout au moins. Je n'affirme pas, en effet, qu'au sein de l'Europe unifiée demain, de la planète unifiée plus tard, les faits de violence soient à jamais impossibles. J'affirme seulement que s'il devait s'y produire encore des guerres, elles auraient un caractère tout à fait diflférent de celles contre lesquelles nous nous élevons. Elles ne mettraient plus aux prises des collectivités nationales, mais des classes sociales, et elles auraient un sens, tandis que nos guerres actuelles n'en ont plus.

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