‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 5 sur 88 · CHAPITRE PREMIER I · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER I

Quelque ami de la paix que Ton soit, quelque désir que Ton ait de voir se résoudre pacifiquement les grands problèmes sociaux qui agitent l'espèce humaine, quelque espérance que Ton en puisse même concevoir, nul n*est assez optimiste pour certifier que, nos nationalités une fois brisées et fondues dans des nationalités plus grandes, les instruments de mort seront à jamais relégués dans quelque musée historique ou préhistorique.

Peut-être se battra-t-on encore ! Il est, en efiet, à présumer, hélas! que les classes possédantes n'auront pas la sagesse de faire l'abandon de leurs privilèges en se bornant à stipuler des mesures transitoires pour amoindrir les heurts fatals inséparables du passage d'un état social à un autre. Entre la bourgeoisie refusant de se dépouiller de la moindre parcelle de ses avantages, et le prolétariat qui veut sa place au soleil, il peut se produire encore des chocs terribles. Du moins, si cette pénible éventualité devait se réaliser, les deux partis en lutte sauraient-ils pourquoi ils se battent, et se battraient-ils pour des intérêts réels.

Voilà un premier point nettement établi. Nos organisations nationales d'aujourd'hui ne paraissent être ni les groupements appropriés à la période de transition que nous traversons, ni

l8 LE DÉSARMEMENT

ceux qui seront adéquats à l'humanité renouvelée de demain.

Il ne suffisait donc pas à Clemenceau de tourner ses adversaires en ridicule en leur disant : les patries ont toujours existé. Il avait encore à démontrer qu'elles existeraient toujours. C'est ce qu'il s'est gardé de faire, et pour cause.

Son argument est, d'ailleurs, celui de tous les conservatismes, de toutes les réactions.

C'est celui qui servait à combattre l'idée républicaine, sous l'empire. La monarchie étant une institution séculaire, nous disait-on, les démocraties n'ayant jamais été que des institutions exceptionnelles limitées à de petits peuples, vouloir fonder une république dans un grand pays, et surtout dans un pays qui, comme la France, a de longues traditions monarchiques derrière lui, c'est se payer de chimères. Je ne crois pas que ce raisonnement ait jamais ému Clemenceau. Je ne me laisserai pas émouvoir par lui lorsqu'il s'en sert pour démontrer la nécessité des patries.

Les patries sont, du reste, un phénomène moins universel que ne le supposent les patriotes.

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