CHAPITRE aUATRiÈME
capables de profiter de notre faiblesse matérielle pour vous ruer sur nous en pillards et en barbares, nous vous faisons confiance et nous brisons nos armes. »
Admettons qu'à cette attitude fi:atemelle, des peuples à mentalité sauvage répondent par l'invasion, le pillage, le viol et le meurtre.
Nous mourrons peut-être comme dans l'hypothèse précédente. Mais quelle différence entre ces deux genres de mort!
Cette fois ce ne sera pas en laissant un souvenir banal et effacé que nous perdrons notre existence nationale; ce sera en léguant au monde une noble idée, un grand acte, un haut exemple. Les siècles rediront notre sacrifice sublime. La semence fi^ctifiera, et elle contribuera à faire éclore la cité future de paix, de justice et de liberté. C'est cette pensée qui m'a fait écrire que dans ce cas nous ne disparaîtrions pas tout entiers comme dans l'autre, que nous subsisterions comme a subsisté la Grèce après la conquête romaine, et que si la défaite, dans la situation actuelle, est synonyme de mort définitive, dans les conditions où je me place elle deviendrait synonyme d'immortalité.
Je crois avoir démontré dans le précédent chapitre que si le désarmement n'accroissait pas notre sécurité, il ne la diminuerait certainement pas;
qu'au pis aller les choses à ce point de vue resteraient ce qu'elles sont. Il ne reste plus dès lors qu'à examiner, en prévoyant le cas où les dangers dont nous sommes et serions menacés se réaliseraient, de quel côté les résultats seraient les moins redoutables, de quel côté le désastre pourrait être en partie compensé. Or nous trouvons que si elle nous surprend dans notre situation présente, la défaite aboutit pour nous à une mort sans gloire, tandis que si elle est la conséquence d'un désarmement, elle nous assure une immortalité glorieuse. Le choix peut-il être douteux ?
Je le pense d'autant moins qu'à envisager uae guerre qui se terminerait pour nous par la victoire, nous arriverions à des conclusions tout aussi favorables à ma thèse.
Vainqueurs aujourd'hui de l'Allemagne, nous rentrerions en possession de deux provinces; peut-être par un retour des choses d'ici-bas en annexerions-nous deux autres, et ce serait tout. L'Allemagne à son tour préparerait sa revanche, les armements continueraient d'augmenter, notre seule gloire serait celle de la force; l'humanité n'aurait pas fait un pas.
Vainqueurs au lendemain d'un désarmement suivi d'une agression immédiate et criminelle, nous verrions notre triomphe amener l'union des