‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 42 sur 88 · CHAPITRE aUATRiÈME J · texte numérisé non relu

CHAPITRE aUATRiÈME J

cuns disent même alors qu'on obéit en le faisant à rinstinct de conservation bien entendu : qu'on s'expose à un péril actuel pour en éviter un plus considérable dans l'avenir.

Mais, réputé glorieux, lorsqu'une nation l'accomplit dans une guerre ou un individu dans un duel, ce sacrifice de la vie devient absolument condamnable dès qu'il vise une œuvre de paix comme but, et qu'il n'a pas la lutte armée pour moyen. Telle est au moins la devise en ce qui concerne les peuples. On est moins exclusif vis-à-vis des individus.

Mourir pour empêcher le partage de la Pologne, c'eût été sublime — et je n'y contredis pas, qu'on veuille bien le noter; — mais aux yeux de M. Judet, et même de Clemenceau, courir la chance de mort pour ouvrir une ère de paix et d'harmonie dans le monde, c'est un acte ou une pensée de dément.

Si, à l'instar de Déroulède, je m'efforçais d'entraîner la France dans une guerre contre l'Allemagne ; si j'y réussissais ; si mon pays en sortait mortellement atteint, et à la condition de m'être Élit tuer moi-même, je serais un héros. A défendre le désarmement, je ne suis qu'un simple fou.

Cette contradiction peut trouver grâce devant le préjugé populaire; elle ne trouvera jamais grâce devant la saine raison.

L'instinct de conservation, instinct essentiellement égoïste, ne domine heureusement pas le monde, ou du moins ne le domine que de haut.

Tout est éphémère, mais à des degrés divers, et ce qui est le plus éphémère doit toujours être sacrifié à ce qui l'est le moins. La conservation de l'individu ne doit pas compter lorsqu'il s'agit du salut de la nation, et celle de la nation ne doit pas compter davantage devant l'intérêt supérieur de Thumanité. C'est ainsi que le sentiment invoqué contre nous se retourne en notre faveur. Laissonsnous guider par l'instinct de la conservation, si l'on veut, mais de la conservation de notre espèce.

Lorsque plusieurs buts s'oifrent à nous, ce que la morale nous impose, c'est de choisir toujours le plus haut, c'est-à-dire le plus profitable au genre humain considéré dans son ensemble, si même la voie qui y mène est la plus périlleuse. C'est seulement quand le choix est fait, le but arrêté, qu'il y a lieu, entre les moyens de l'atteindre, d'opter pour celui qui nous fait courir le moins de dangers.

Louis Blanc proclamait comme nous cette subordination d'un pays à l'espèce, lorsque, dans le

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