CHAPITRE aUATRiÈME
passage suivant de son histoire de la Révolution, il s*élevait contre la fameuse maxime salus populi suprema lex esto.
... Eh bien ! il n'est pas vrai que, relativement à l'humanité tout entière et aux générations à naître, le salut d'uN peuple quelconque soit la suprême loi. Car, si ce peuple marche dans les routes de l'iniquité, si son rôle parmi les nations est celui de brigand, qu'il périsse, qu'il périsse ! Considéré dans son vaste ensemble et dans la série indétermmée des âges, le monde devra tressaillir de joie.
Ne dites pas : Le salut du peuple est la suprême loi ; dites : Le salut de l'humanité est la suprême loi. Dès lors, plus de ténèbres. Il est en effet possible de concevoir i|ue, eu égard à une situation particii-ière, et pour un moment, la violation d'un principe soit considérée comme intéressant tel ou tel peuple ; mais comment concevoir que la méconnaissance d'une des grandes lois de notre nature, que l'étouffement de la conscience humaine, puisse jamais inté^ resser l'humanité ?
Le peuple français, il est vrai, n'est point un ramassis de brigands, et ma citation, je l'entends lîien, s'applique à une espèce logique différente de ^Ue qui est discutée ici. Elle n'en renferme pas nioins cette pensée rectrice que l'intérêt de l'humàlïité prime celui de quelque peuple que ce soit, îu en présence de celui-là, celui-ci ne compte plus pour rien.
Or, l'intérêt humain est évidemment que la
guerre disparaisse, que l'harmonie s'établisse parmi les hommes; et si la France, même au péril de son existence, peut hâter cette ère de paix et de justice, elle le doit.
Clemenceau ne peut l'admettre.
Après m'avoir demandé^ dans un premier article, en quoi la mort de la France favoriserait le progrès ; après m'avoir posé, dans un second, cette question dont la forme est au moins bizarre : « qu'estce qui me garantit que le massacre général des Français, par une horde de Huns ou de Hottentots, procurerait le « progrès humain ? », il revient à la charge dans un troisième : « Et la question demeure, dit-il, à laquelle Naquet n'a même pas tenté de répondre. En quoi l'écrasement de la France, c'est-à-dire de l'agent de progrès par excellence, sauverait-il le genre humain ? »
Je lui avais cependant amplement répondu dans la Dépêche de Toulouse du ii juillet 1905, par les arguments que je viens d'être obligé de développer à nouveau ; et j'en arrive à croire que Clemenceau qui, de l'aveu de quiconque le connaît, n'a jamais su écouter, ne sait pas davantage lire.
Il semble supposer que je rêve pour la France d'un sacrifice analogue à celui que la légende chrétienne attribue à Jésus, que je crois à la vertu de la souffrance des uns pour sauver les autres, et il