CHAPITRE QUATRIÈME
n'a pas de peine à dénoncer le vide d'une telle conception. Il n'y a qu'un malheur, c'est que cette conception n'a jamais été la mienne et que le brillant polémiste de V Aurore se battait ici contre des moulins à vent.
Qu'ai-je dit, en effet ? Que l'humanité est menacée de maux considérables si le militarisme ne disparaît pas, qu'il ne peut disparaître que si un peuple se décide à en donner le signal, que le peuple qui s'y résoudra courra peut-être des dangers, mais que ces dangers ne devraient arrêter personne, et que le pays qui prendra cette belle initiative aura bien mérité du genre humain. J'ai ajouté qu'une telle attitude ne serait absurde, et par cela même blâmable, que si le peuple qui la prendrait se condamnait à une mort certaine sans aucune chance de salut.
Clemenceau reconnaît qu'il n'y a pas une loi naorale diflFérente pour les peuples et pour les indi- ^dus. « Comment, dit-il, ce qui est la vertu d'un seul pourrait-il être le tort de plusieurs »? Eh bien ! <lQ'il me permette de lui rappeler M. Maisonneuve, s'inoculant l'avarie pour trancher la question de 1 Immunité produite par le calomel ! II pouvait être contaminé, contracter une syphilis grave, mourir d'ataxie locomotrice ou de paralysie générale progressive, et certes la mort de cet homme de bien
n'aurait profité à qui que ce fût. Elle n'en aura pas moins été glorieuse étant donné le but poui suivi. Heureusement, Texpérience a réussi, et il i eu la gloire sans la mort. J'applique le même raisonnement à la France désarmant seule. J'estime que ce danger, librement couru dans un but de solidarité humaine, la rendrait glorieuse entre toutes si elle y succombait; mais je crois que, comme M. Maisonneuve, elle aurait l'honneui sans la mort, qu'elle demeurerait vivante et libre pour jouir en paix de sa gloire.
Aurai-je réussi à me faire comprendre cette fois ?
Dans ma première réponse j'avais cité notre pays faisant la révolution, et s'exposant ainsi à la coalition des monarques devant laquelle il aurait pu succomber. Clemenceau, tout aussitôt de s'écrier;
Et le voilà qui conclut avec moi qu'il est des cas où le sacrifice de la vie peut être nécessaire, citant en exemple le cas des soldats de Tan II refoulant la coalition anti-révolutionnaire. Pourquoi fallait-il défendre la République française contre les Allemands il y a un siècle, et pourquoi ne faudrait-il plus la défendre aujourd'hui ? C'est ce que je ne me charge pas d'expliquer.
Ce que je ne me charge pas davantage d'expliquer moi-même c'est la singulière incohérence qui existe dans l'esprit de mon contradicteur. Ce qui rend un homme comme un peuple grand c'est