CHAPITRE V
l'hervéisme
Quelle que logique qu'elle soit, cependant, mon idée ne sera pas adoptée. Peut-être est-elle trop simple? En politique les vérités les plus claires sont celles dont généralement on se défie le plus.
Le système de M. Hervé a infiniment plus de chances de succès. Il est plus à la portée des masses; il demande par cela même un moindre effort de propagande ; et sans que la chose puisse en rien lui être reprochée, il bénéficiera à un moment donné de la lâcheté de tous ceux qui, n'étant pas socialistes, se diront tels pour la circonstance, tels certains malfaiteurs professionnels qui ont toujours ignoré ce qu'est l'anarchie^ et ne s'en
disent pas moins anarchistes devant les tribunau pour se donner une contenance.
Je voudrais que les vues de M. Hervé fussent aussi les miennes. La rigidité de ses convictions, la dignité de son attitude, la persécution qui le frappe et qui frappe ses amis me font estimer profondément Thomme et nie donneraient le désir de combattre à ses côtés. Elles ne sauraient toutefois atténuer les divergences d'opinion qui existent entre nous, et en citoyens sincères nous n'avons pas le droit de faire fléchir notre raison . devant des considérations de pur sentiment.
Moi, je ne nie pas la patrie. J'estime seulement qu'elle subit une évolution qui la conduit par des agrandissements successifs, de la tribu à la fédération mondiale, et je suis convaincu que les sentiments qu'elle inspire s'affaiblissent à mesure que son rayon s'étend. Mais je n'en vois la suppression absolue qu'au moment où, par défaut d'opposition, elle se sera dissoute dans le nirvana mondial, c'est-à-dire au moment où l'humanité tout entière ne formera plus qu'un seul peuple. Jusque là elle existe, et je me borne à en réclamer aujourd'hui l'élargissement immédiat dans la mesure où l'état de la civilisation le permet. Je le réclame toutefois avec ardeur parce que j'y vois la fin des guerres internationales en Europe et en Amérique,