‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 50 sur 88 · CHAPITRE cmauièME · texte numérisé non relu

CHAPITRE cmauièME

Ce ce que^ dans un milieu donné, certains homnies sont en état d'antagonisme entre eux, il n'en résulte nullement qu'en dehors de ce milieu ils ne pviissent pas avoir des intérêts solidaires.

Pour rendre cette vérité saisissante^ prenons un exemple des plus simples : deux familles qui se font ^i3e concurrence acharnée, toutes deux pratiquant 1^ même industrie, et chacune cherchant à évincer l*3utre pour réaliser à elle seule tous les profits.

Supposons maintenant que dans chacune des

^oailles, par suite soit de l'arbitraire paternel, soit

^'une loi comme celle qui, dans certains pays,

^^érède les cadets au profit des aînés et les filles

^^ profit des fils, une inimitié, violente existe entre

*^s membres exhérédés et les membres favorisés.

Ce conflit intrafamilial n'empêche en rien tous

l^s membres de l'unité familiale d'avoir un intérêt

^Otnmun au triomphe du groupe auquel ils appar-

^^^nnent sur le groupe ennemi. S'il l'emporte, les

PîTcfits deverant doubles, chacun doublera son

^^^oir; s'il est écrasé, les profits devenant nuls,

us seront ruinés.

Sans doute, l'aîné gagnera plus au triomphe

le le cadet et perdra plus à la défaite. Mais le

^^^^^det gagnera également à l'un et perdra à l'autre.

^î sa famille triomphe, l'allocation que lui devra

^*aîné sera plus forte, et si elle échoue, cette allô-

IIO LE DÉSARMEMENT

cation deviendra moindre et pourra même disparaître entièrement.

C'est le cas de nos actuelles nations. Les ouvriers français sont en antagonisme avec les bourgeois français, et les ouvriers allemands avec les bourgeois allemands; ceci ne fait aucun doute. Les ouvriers français ont, d'autre part, des intérêts connexes à ceux des ouvriers allemands^ et les bourgeois français des intérêts connexes à ceux des bourgeois allemands.

Mais ceci n'empêche pas bourgeois et ouvriers français, d'avoir en tant que français, en dehors de leur antagonisme, des intérêts communs qui les rendent solidaires devant l'invasion allemande.

Pour s'en convaincre, il suffit de faire l'hypothèse d'une guerre au cours de laquelle les ouvriers français, plus avancés, obéiraient aux conseils de M. Hervé, alors que les ouvriers allemands, encore plus asservis moralement, refuseraient de les suivre. La France serait vaincue ; toute tentative de révolution y serait écrasée ; une portion du pays serait annexée au pays du vainqueur; l'autre portion conserverait une pseudo indépendance. Dans la partie annexée, les intérêts des industriels indigènes seraient partout sacrifiés à ceux des nouveaux maîtres, et les ouvriers indigènes passeraient dans la famélique armée de réserve du travail. Dans la

CHAPITBE CmaUlÉME III

partie demeurée indépendante mais diminuée dans son influence extérieure, l'industrie dépérirait, les salaires baisseraient, Tétiage de la vie subirait une action régressive; ei peut-être les prolétaires se- ^^ent-ils ceux qui en souffriraient le plus, parce qu'un homme riche souffre moins de la diminution de sa fortune, qu'un pauvre dont le salaire ^st le seul avoir, et qui, si ce salaire diminue, tombe dans une condition misérable.

Il n*est donc pas vrai, qu'économiquement, l'ouvrier français puisse s'estimer désintéressé dans Un conflit entre la France et l'Allemagne.

Et c'est encore moins exact moralement. La

patrie, en eflet, au point de vue de cet ensemble

tormant milieu, dont nous parlions plus haut,

influence plus le travailleur que le bourgeois. Ayant

^xxe intelligence plus cultivée dans notre société

^'inégalités et de privilèges, le bourgeois français

4^i aura appris des langues, étudié les sciences,

P^Tcouru les littératures étrangères, vivra fort à

^ ^îse malgré quelques diflérences de mœurs à côté

^ tin savant, d'un lettré, d'un industriel anglais ou

allemand. L'ouvrier se fera plus difficilement à

^^tte métamorphose. Son esprit étant moins déve-

^^^ppé, il est lui-même moins assimilable. C'est lui

^Vii souffrira le plus du nouvel état de choses,

^Virtout si, comme nous en avons un exemple en

Pologne, le vainqueur cherche à lui interdire l'usage de sa langue. i

Enfin^ les lois politiques ne sont pas les mêmes partout, et ceux-là seraient de simples sots qui attribueraient aux sujets du tzar Nicolas, au point . de vue de la propagande et de l'action socialiste, les mêmes facilités qu'à un citoyen de la République française ou du Constitutionnalisme anglais.

Tout ceci ne sofErait cependant pas pour Éiiic repousser l'hervéisme dans la pratique. J'avoue, pour ma part, que si l'on m'assurait dix ans de paix et de liberté de propagande en Europe, je nc serais pas loin de m'y rallier.

Au bout de dix ans, et à la condition que dans les pays monarchistes qui nous environnent, l^ mentalité des révolutionnaires eux-mêmes n'ap" portât pas à l'action antimilitariste des obstacl^^ supérieurs à ceux qu^est en njesure de lui opposa ^ notre république bourgeoise, je suis bien persuada que tout danger de conflit serait définitivemer^-t écarté.

Si même la France, se rangeant à ma manière de voir, prenait l'initiative de désarmer sans atteindre les autres, l'hervéisme, qui m'apparaît comme un péril à l'heure présente, deviendrait un puissant adjuvant. Les mouvements les plus naturels, les plus fortement imposés par les circonstances, ont

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