CHAPITRE CINQUIÈME II
intérêt de sa sécurité, de sa gloire, et de l'intérêt général humain, elle doit la licencier.
Dès lors, et jusqu'au moment où le grand acte h désarmement aura été accompli, soit par une majorité législative, soit par une révolution, la situation demeure ce qu'elle est aujourd'hui. Les périls inhérents à la paix armée persistent, mais il ne s'y adjoint aucun danger nouveau. Le jour où jr'aurai convaincu la nation, le jour où la France se sera enfin déterminée à supprimer le budget de la guerre et à lui substituer un budget de solidarité sociale, ce jour-là les dangers actuels auront disparu, et s'il s'en est produit de nouveaux, la situation dans laquelle nous nouis trouvons à cette keure n'en sera pas aggravée. Elle sera même pro- Ublement améliorée, ces périls nouveaux étant inférieurs à ceux qu'ils auront remplacés.
Tout autres seraient les conséquences de la politique de M. Hervé. M. Hervé ne propose pas de supprimer l'armée en la conservant intacte et forte jusqu'au jour de sa suppression. Il la laisse Subsister, et il se borne à la miner en engageant les soldats à tourner, en cas de guerre, leurs armes contre leurs chefs pour accomplir la révolution sociale devant l'ennemi.
Il suffit que la même propagande ne s'opère pas ^vec une vitesse égale dans l'armée allemande pour
Il8 LE DÉSARMEMENT
a'a pas le courage, même avec des chances considérables de succès, d'affronter un aussi redoutable péril.
Je demeure donc résolument hostile à la désertion devant l'ennemi, et je me borne à travailler à un désarmement réfléchi opéré dans les conditions que j'ai indiquées ci-dessus.
S'il n'y avait pas de surenchère et si le parti socialiste se plaçait énergiquement et exclusivement sur ce terrain,... étant donnée l'aversion des cultivateurs et des ouvriers pour k guerre, il serait assez aisé — c'est ma conviction — d'acquérir, et d'acquérir vite, une majorité en faveur de ce grand acte international. Qui sait même si ce mouvement n'en déterminerait pas un semblable en Allemagne, et si, à ne pas parler de simultanéité, nous ne l'obtiendrions pas ?
Mais devant ce système, M. Hervé hausse les épaules. Que dis-je ? il ne daigne même pas y arrêter sa pensée, tant il lui paraît sans doute entaché d'opportunisme.
D'autre part, les militaristes et les patriotes de tous les partis bourgeois repoussent avec une égale indignation la politique que je préconise. Il est fort à craindre pour moi que je ne demeure seul.
Ce n'est pas assez.