CHAPITRE CINQUIÈME II
sion qui en est résultée ; lorsqu'on a vécu les dixhuitannées de nuit et d'oppression que Napoléon III a imposées à la France et à l'Europe ; lorsqu'on a vu les hécatombes qui ont suivi les journées de Juin 1848 et le mouvement communaliste de 187 1 ; lorsqu'on a été partie active du drame qui s'est joué depuis 1870 ; lorsqu'on a été témoin des tentatives faites à diverses reprises par la réaction pour ressaisir le pouvoir ; lorsqu'on a pu constater le danger couru par nos institutions au moment de la folie patriotique et antisémite, quand Déroulède arrêtait, par la bride, le cheval du général Roget; lorsqu'on sait, par les expériences antérieures, de quelle manière une réaction triomphante traiterait non seulement M. Hervé et ses «nis, mais tous les socialistes et jusqu'aux simples républicains bourgeois sincères;... alors on est nioins enclin à mépriser les libertés, ou si Ton préfère les quarts de liberté, dont nous jouissons i cette heure.
On se dit que la chute de notre République, quelque bourgeoise qu'elle soit, marquerait un recul d'au moins un demi siècle pour la libre pensée et le socialisme. On considère une victoire éventuelle de l'Allemagne impériale sur la France ^publicaine comme susceptible de faire peser *ine effroyable main de fer sur l'Europe ; et l'on
Il8 LE DÉSARMEMENT
a'a pas le courage, même avec des chances considérables de succès, d'affronter un aussi redoutable péril.
Je demeure donc résolument hostile à la désertion devant l'ennemi, et je me borne à travailler à un désarmement réfléchi opéré dans les conditions que j'ai indiquées ci-dessus.
S'il n'y avait pas de surenchère et si le parti socialiste se pinçait énergiquement et exclusivement sur ce terrain,... étant donnée l'aversion des cultivateurs et des ouvriers pour la guerre, il serait assez aisé — c'est ma conviction — d'acquérir, et d'acquérir vite, une majorité en faveur de ce grand acte international. Qui sait même si ce mouvement n'en déterminerait pas un semblable en Allemagne, et si, à ne pas parler de simultanéité, nous ne l'obtiendrions pas ?
Mais devant ce système, M. Hervé hausse les épaules. Que dis-je ? il ne daigne même pas y arrêter sa pensée, tant il lui paraît sans doute entaché d'opportunisme.
D'autre part, les militaristes et les patriotes de tous les partis bourgeois repoussent avec une égale indignation la politique que je préconise. Il est fort à craindre pour moi que je ne demeure seul.
Ce n'est pas assez.