CHAPITRE PREMIER I
l'Alliance anglaise condamnée, sous le prétexte qu'avant de la défendre j'ai conseillé le désarmement et que je persévère dans cette manière de voir.
Eussé-je été jusqu'à aflSrmer les sentiments de M. Hervé, si je démontrais en me plaçant au point de vue général que telle entente est supérieure à telle autre, mes opinions herveïstes ne suffiraient pas à prouver le mal fondé de mon raisonnement. Il faudrait encore examiner mes raisons.
C'est ce que M. Judet se garde de faire. Il préfère s'en tirer par un procès de tendance, ou mieux par un tour d'escamotage. Il ne s'arrête que tout-à-fait superficiellement à la question de l'alliance anglaise. Il la repousse systématiquement par une fin de non recevoir. Elle est défendue par des penseurs dont il stigmatise les idées sans les avoir d'ailleurs jamais approfondies; cela lui suffit pour prononcer une excommunication tx-cathedrâ.
Pas plus, en effet, que M. Clemenceau, M. Judet n'a même ébauché une réfutation des arguments que j'ai invoqués en faveur du désarmement unilatéral. Comme le président du Conseil, il cite une de mes phrases, sans un mot de ce qui la précède, sans une syllabe de ce qui la suit et la
détermine ; après quoi il flétrit et conclut : Puisqu'ayant écrit la phrase frappée d'anathème, je suis pour Talliance anglaise, l'anathème doit atteindre Talliance elle-même. C'est certainement plus simple qu'une démonstration rigoureuse, mais c^est aussi moins probant.
On concevrait ce procédé de discussion de la part d'un politicien désireux de frapper les imaginations avec des mots et d'effrayer les simples. Mais je n'ai pas le droit d'attribuer à mon contradicteur une telle intention qui serait essentiellement malhonnête . J'ai par contre celui d'affirmer que si l'argumentation est sincère elle n'émane ni d'un philosophe ni d'un penseur. Aussi la laisserai-je de côté et reviendrai-je au vrai sujet en discussion, c'est-à-dire à la recherche de Talliance qui nous convient le mieux.
Il en existe trois de possibles : l'alliance allemande, l'alliance russe et l'entente cordiale avec la Grande-Bretagne.
L'alliance allemande est inacceptable et doit être dès l'abord éliminée.
Certes ! si nous désarmions, si nous renoncions au vieux système dont vivent et meurent les peuples, si nous faisions l'abandon de toutes nos revendications territoriales, désormais sans importance à nos yeux, pour entrer dans la voie des