‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 7 sur 88 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

confédérée? L'histoire se recommence : seul k cadre des événements change en s'élargissant.

La terre s'est comme rapetissée par la facilité des communications, et lorsque la conquête de Tair sera faite, les aéroplanes la rapetisseront encore. Dès aujourd'hui il est plus facile de correspondre de Paris à Melbourne, qu'il ne l'était il y a cent ans d'envoyer un ordre de Paris à Versailles; et les circonscriptions qui convenaient à la fin du dix-huitième siècle et aux débuts du dix-neuvième, ne conviennent plus au vingtième. Sans attendre qu'il plaise aux politiciens d'en proclamer la fusion dans des circonscriptions plus vastes, la vapeur et l'électricité ont décrété leur disparition. Ces forces naturelles sont plus puissantes que les volontés humaines, et il faudra bien, tôt ou tard, que l'homme s'incline devant leurs arrêts.

Clemenceau n'y contredit pas absolument; mais il déclare avec dédain que « nos arriéres petits-neveux auront le temps d'en parler ».

Par contre il est une de mes affirmations sur laquelle il ne concède même pas à nos arrières petits-neveux la liberté de discourir.

J'avais écrit :

De plus, et c'est un autre effet dû à la même cause (la facilité des communications); les différents peuples se sont à ce point rapprochés que, n'était la langue, on les confon-

drait. La législation dans ses grandes lignes est la même partout ; la science est absolument internationale ; la littérature pose en tous lieux les mêmes problèmes; les arts ne connaissent pas de frontières et les mœurs se sont à peu près uniformisées. A tous ces points de vue, les différences qui séparent un Français d*un Allemand ou d'un Danois ne sont pas supérieures — si tant est qu'elles ne soient pas inférieures — à celles que Ton rencontre entre les citoyens de deux états éloignés de la grande fédération américaine.

Notre Premier de s'insurger.

Jamais, s*écrie-t-il, un Allemand ne fut plus Allemand, un Anglais plus Anglais que de nos jours. Je vais plus facilement à Berlin qu'autrefois, mais j'avoue au risque de chagriner Naquet que devant la porte de Brandebourg, je me sens tout juste un peu plus français qu'auparavant. J'ai habité les États-Unis pendant quatre années. Je nie absolument qu'il n'y ait pas plus de différence entre un Français et un Allemand qu'entre deux citoyens venus des deux extrémités de la grande fédération américaine

Jamais je ne pus venir à bout de sentir et de penser comme un Américain.

Clemenceau n'analyse pas bien ses propres pensées. Il est possible que devant la porte de Brandebourg il se sente plus français qu'autrefois et qu'un allemand se sente plus allemand dans les rues de Paris que ses ancêtres de l'époque où vivait Schiller. Mais c'est un simple résultat des guerres du premier empire et de celle de 1870 ;

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