CHAPITRE aUATRlÈME I
>esoin qu'il éclairât un peu sa lanterne, et qu'il aous fit voir en quoi les changements survenus ians notre défense depuis Tannée terrible ont iggravé notre situation et ont rendu impossible la prolongation de la résistance. Nous n'avons peut-être pas suffisamment les lumières d'en haut pour les deviner, et notre aberration est telle que les seuls changements que nous apercevons sont à aos yeux des changements favorables à cette prolongation.
M. Ernest Judet poursuit :
M. Naquet invoque les Japonais. Au nom de quel traité ? sur quelles hypothèses même? Il n'en souffle mot. Un article de journal est de nature à plaire aux gens qui se couchent après avoir lu et rêvent de Japonais débarquant à Marseille. C'est tout : ce n'est donc rien.
Ce ne serait rien en eflfet s'il ne s'agissait là que d'une allégation dénuée de fondement comme les siennes. C'est heureusement mieux que cela et par conséquent quelque chose.
Certes ! je ne citerai aucun traité de nature à établir la participation certaine du Japon à une guerre européenne. Je n'ignore nullement que le traité conclu entre les gouvernements du Mikado et de la République, traité dont les termes me sont d'ailleurs inconnus, vise la sécurité de nos possessions asiatiques et rien de plus.
Je sais fort bien aussi qu'il en va fort probable ment de même du traité anglo- japonais.
S'il en était autrement je ne donnerais p^^ l'arrivée de la flotte et de l'armée nippones comia^ une probabilité. Je la donnerais comme une cer-* titude, et comme une certitude également 1^ victoire finale.
Je m'en abstiens parce qu'en homme habitué â la pratique des sciences exactes, je n'ai garde d confondre des éventualités possibles ou probable avec des prévisions certaines.
Mais en matière de politique tant extérieur qu'intérieure, il est rare que l'on soit à même d raisonner sur autre chose que sur des supposition plus ou moins plausibles ; c'est ce que je fais. J me donne toutefois la peine, que dans son majes tueux dédain évite de se donner mon contradic teur, de déduire les arguments sur lesquels m paraît pouvoir s'étayer la probabilité dont je fai état.
Le Japon est une nation jeune, et par cela mêm exhubérante et guerrière. Il est à un stade hist rique par lequel ont passé tous les {Peuples alor qu'ils étaient encore imparfaitement évolués, nations plus anciennes que lui en civilisation il déjà pris leurs moyens de destruction sans avoi eu le temps de s'en assimiler la haute culturt
\ CHAPITRE aUATRiÈME I59
^Intellectuelle et morale. Il doit être par suite,
comme Tétait le royaume de Sardaigne, avant la
^Institution de l'unité italienne, toujours prêt à se
mêler aux conflagrations qui se produisent. C'est
'cctioyen de se donner de l'air, de faire parler de
soi» et il est entré trop récemment dans le concert
des grandes puissances pour ne pas éprouver l'im-
P^rteux désir de consolider la situation qu'il a
piîsç en lui donnant chaque jour de nouvelles et
plias solides assises.
Si donc une grande guerre éclatait, il est in vraiscixxblable que l'Empire du soleil levant y demeurât étranger. Il voudrait certainement y P^^ndre part, comme il a voulu joindre en 1900, l^x^s de la dernière expédition de Chine, son con- ^^ï^gent aux contingents de l'Europe et de l'Amé- ^^<5^xie. Comme il a d'ailleurs, avec la France et ^ -^wUgleterre des traités, qui ne le lient pas il est ^^^, mais n'en créent pas moins entre eux des ra.pports d'entente amicale, il existe de fortes pré- ^^^xnptions pour admettre que c'est du côté de ces Puissances qu'il se placerait.
Rien du reste ne nous empêcherait de payer ce
^^^Hcours de nos colonies d'Indo-Chine. Nous
^ ^Vons jamais été de grands colonisateurs; les
^blissements coloniaux que nous fondons nous
^^Ûtent fort cher et ne bénéficient guère qu'aux
l6o LE DÉSARMEMENT
étrangers qui viennent y Êiire du négoce. Nou aurions tout avantage à céder au Japon ceux qus nous possédons en Asie en échange de l'appui qu'il apporterait à la coalition anglo- française.
L'hypothèse d'une alliance nippone active, pour n'être pas du domaine de la certitude, ne présente donc pas moins un élément de probabilité assez sérieux pour que nous puissions en faire état lorsque nous supputons les éléments toujours incertains qui doivent décider un pays en feveur de telle ou de telle autre combinaison diplomatique.
Est-il vrai, maintenant, que la France, supposée battue dans les premières rencontres, ne pût pas tenir six mois et attendre l'arrivée de ses alliés asiatiques ? Je voudrais que ceux qui se complaisent à ces affirmations pessimistes fissent au moins connaître les arguments sur lesquels il les fondent. Je pourrais les discuter, tandis qu'on ne discute pas des allégations qui ne reposent sur rien, ou dont on ignore les bases à supposer qu'elles existent.
Je veux d'ailleurs pousser les choses au pire. L'armée française est battue, détruite, écrasée à ce point que, quinze jours après la première bataille, la totalité de notre territoire est occupé.
On me concédera bien que, pour rendre cette