CHAPITRE CINaUlÈME I7I
traditions s'évanouiront ; notre langue s'altérera, et surtout nous perdrons la possibilité de jouer dans la transformation des sociétés humaines le rôle glorieux que 1789 nous avait valu : ce rôle que tout patriote de bon aloi doit s'efforcer de niaintenir, parce que là et là seulement peut reposer la grandeur du pays. Au cas où nous voudrions essayer de le reprendre, une injonction brutale de Berlin ou de Saint-Pétersbourg nous rappellerait à l'ordre. Le concours que nous aurions prêté aux deux empereurs ne pèserait pas plus à leurs yeux, et n'entraînerait pas plus de
ménagement de leur part, que la collaboration de l'Autriche contre le Danemark en 1865 n'empêcha en 1866 la Prusse de chasser brutalement sa complice de la veille de la confédération germanique. L'Angleterre n'étant plus qu'une expression géographique, tout contrepoids au despotisme quasi-asiatique du nord de l'Europe étant supprimé, les Etats-Unis étant trop loin, la France serait absorbée plus encore qu'elle ne le serait par le fait d'une alliance en temps de paix. La victoire ^yant fait son œuvre, on n'aurait plus besoin ^'elle, et l'on serait dès lors brutal vis-à-vis d'elle. Elle deviendrait une humble vassale de l'Allemagne ^^ de la Russie. Paris ne serait plus qu'une simple préfecture de Berlin ou de Saint-Pétersbourg. La
République française ressemblerait à celle de Hambourg. Si tel est le rêve des nationalistes — et \^ crains fort que ce ne soit en effet celui dont ils se repaissent — ils seraient servis à souhait.
Mais il est des français qui aiment leur pays d'un amour éclairé. Ces français-là veulent le vioi^ grand par la part qu'il lui appartient de prendï'^ dans Tunification de l'Europe, et surtout àzrxs l'élaboration de la société de justice et de liberté que prépare le socialisme international. Pour eux> la pensée d'une France diminuée, passive, délest^^e de l'idéal qui fait sa gloire, et vassalisée par 1^ barbarie septentrionale, se présente sous la fomnc d'un abominable cauchemar qu'ils s'eûorcetxt. d'éloigner à tout prix.
Il en irait tout autrement si, alliée à rAnglc** terre, notre pays sortait vainqueur de sa lutt:^ contre les empires coalisés.
L'Angletere demeure dans son île. Elle a reçoit" quis cette suprématie industrielle absolue à laquelle elle tient au-dessus de toute chose et que, aus^^ longtemps tout au moins que durera la sociét:^ bourgeoise actuelle, personne désormais ne It*-^ disputera plus. Elle s'en tiendra là et n'entrepret^' dra point d'intervenir dans la politique intérieur de ses alliés.
Le désirât-elle d'ailleurs, elle ne le pourrait pa5