‹ Désarmement ou alliance anglaiseChapitre 79 sur 88 · CHAPITRE CINaUlÈME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINaUlÈME I

3° Elle lui assure, en outre, la situation la ^oins mauvaise en cas d'échec, et la meilleure en ^ de succès ;

4** Elle est, dans une certaine mesure, une ^^Urance contre la réaction, que, dans l'hypothèse ^Une ligue continentale victorieuse, ne manque- ^^ent pas de déchaîner les monarques unis, et à liç\\ielle déjà au temps de sa plus grande puissance, ^^ en pleine paix, l'alliance russe avait donné chez ^Ous un si sérieux appui.

Elle s'imposera donc comme la moins mauvaise solution, aussi longtemps qu'on persistera à repousser la meilleure, et que l'on continuera à piétiner dans la politique bourgeoise des armements, des alliances et de la paix armée.

M. Ernest Judet poursuit d'autres visées que nous, et sans qu'il s'explique, on distingue le fond de sa pensée. Il voudrait qu'une guerre éclatât entre la France et TAllemagne, guerre dans laquelle la Russie tzariste nous apporterait son concours, l'Angleterre demeurant simple spectatrice ou ne s'engageant que secondairement. Il y voit la possibilité d'une revanche de 1870.

Mais c'est là un simple rêve qui, entre autres dèfeuts, a celui d'être chimérique. La Russie autocratique n'aidera jamais, nous ne saurions trop insister sur ce point, la République française à aflFaiblir Tidée monarchique par l'écrasement du monarque qui en est le plus puissant représentant dans le monde.

Pour que l'idée de M. Judet prît corps, il faudrait que la France en arrivât à tomber sous le

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joug d'un gouvernement aussi rétrograde que k gouvernement Russe. Il va de soi qu'une te//e éventualité, possible peut-être après une victoire franco-russe, ne le serait pas auparavant, et qu'il devrait l'être auparavant pour que l'hypothèse se \ réalisât. !

L'alliance russe ne peut donc pas se substituais utilement à l'entente anglo-française, d'autant qu^^ dans la pensée de ses protagonistes, elle viserai 't une guerre de revanche dont ceux qui ont souc des véritables intérêts de leur pays et du moni* ne veulent à aucun prix.

Quelque contraire au droit naturel qu'ait éc^ l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine à l'EmpiT' Allemand contre le gré de ses habitants, ce n'e pas à la violence que nous devons demander réparation de cette injustice. Au fond, il en des possessions territoriales qui ne résultent p: d'une union librement consentie — et ces de:«rnières sont fort rares — ce qu'il en est des fo^' tunes. Elles reposent toutes sur une usurpatic^'^ originelle. Si l'on n'en arrivait enfin à abandontt^^^ les revendications de cet ordre, et à effacer L^^ souvenirs du passé par la prescription, les coni ^^^ seraient éternels.

Ce nous serait une raison de plus de repous^^^ l'alliance russe, si, en fait, — ce qui n'est pa^ "

cas — elle s'offrait à nous sous une autre forme que celle d'un coffre-fort ouvert à Saint-Pétersbo\arg pour absorber nos économies.

Il est cependant une circonstance dans laquelle cette alliance deviendrait une réalité bienfaisante. Si la révolution victorieuse débarrassait la Russie de la honte du tzarisme, si une république russe se fondait, et si l'Allemagne intervenait pour rétablir l'autocratie, le devoir strict de la France républicaine serait de voler au secours de la jeune démocratie menacée, d'écraser la réaction européenne soutenue par l'Allemagne, et d'établir les bases des Etats-Unis d'Europe.

Malheureusement cette solution se fait attendre ; et jusqu'au jour où la France aura adopté la politique du désarmement, ou à défaut jusqu'à celui où la révolution russe sera un fait accompli, Tenante cordiale avec la Grande-Bretagne demeure ^ Seule solution diplomatique que des républi- ^ins puissent adopter.

Je sais fort bien que sur ce point nous ne nous

^îitendrons jamais avec M. Judet, et je m'en

Console aisément. La divergence est telle entre

^^Us que, fort probablement, le jour où se seraient

Produits les événements capables de me rendre

P^î'tisan de l'alliance russe, il cesserait de l'être.

^ous sommes, lui et moi, au moral, dans la

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situation où se trouveraient au point de vue matériel deux duellistes qui se tourneraient le dos. Leurs épées ne pourraient jamais se rencontrer ni leurs balles s'échanger utilement. Il suffit que, déduisant les raisons de nos préférences, nous en arrivions à trouver le roc, c'est-à-dire les principes antagonistes et irréductibles dont nous partons l'un et l'autre.

Je suis révolutionnaire, et par conséquent ennemi déclaré de la société actuelle. En attendant la révolution sociale je suis un républicain intransigeant et un adversaire non moins intransigeant de toute pensée religieuse.

Mon contradicteur est un autoritaire, un ennemi de la Révolution ; il rencontre dans le militarisme et dans la religion une base, un support pour notre société qu'il défend. Il est clair qu'il ne peut accepter une solution que quand je la repousse.

Notre discussion me paraît donc terminée ; mais elle n'était pas inutile. Il n'écrit pas pour moi et je n'écris pas pour lui. Nous écrivons tous deux pour le public. Faute de réflexion, certaines individualités dont les idées générales sont conformes aux siennes ou aux miennes peuvent se croire autorisées par la logique à se placer, au point de vue des relations internationales, sur un terrain opposé à celui sur lequel nous-mêmes nous nous

tçons. Notre discussion^ en leur montrant où -ne l'une ou l'autre alliance, contribuera peute à éviter sous ce rapport de regrettables erreurs

classification.

M. Judet prétend que Tentente avec la Grandeetagne doit être repoussée parce que les anaristes — lisez les hommes de progrès et de lirté — en sont partisans. Je le paraphrase, et je déclare à mon tour qu'il it rejeter l'alliance russe parce que les cléricaux,

monarchistes et les réactionnaires de tout acabit défendent.

Nous avons raison lui et moi, parce que chacun

nous s'adresse à des éléments diflFérents entre •quels aucun rapprochement n'est possible.

Que tous ceux qui poursuivent une vue de action, ou simplement de conservation soient >iiv l'union avec le Tzar, rien de plus conforme la nature des choses.

Mais les républicains qui, en l'état de l'Europe, pousseraient l'idée du désarmement, et se pro- ^nceraient en même temps contre l'alliance anaise, seraient des sots.

Je dois cependant bien préciser un point qui »tilte de toute la discussion qui précède mais sur luel je veux insister.

L'alliance anglaise — et je ne parle plus ici de

ramitié des deux peuples qui est un bien absolu^ mais de l'entente entre les gouvernements de k France et de la Grande-Bretagne — n'est qu'un pis aller.

Le roi d'Angleterre, pour être le moins mauvais des rois, n'en est pas moins un roi, et la monarchie anglaise pour être la moins mauvaise des monarchies, n'en est pas moins une monarchie.

Nous allier avec des monarchies, c'est nous situer sur leur terrain et faire relativement leur œuvre. Mais nous nous trouvons placés entre le désarmement même unilatéral qui serait la solu*tion républicaine, démocratique, socialiste, et le régime de la paix armée qui nous impose des alliances. Ce régime sera toujours mauvais ; mais il le sera plus ou moins car il existe des degrés dans le mal, et il le sera d'autant moins que nous marcherons aux côtés de l'Angleterre et d'autant plus que nous marcherons aux côtés de la Russie. Entre deux maux le bon sens veut qu'on choisisse le moindre. Le moindre c'est l'alliance anglaise.

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