‹ Descartes, Bacon, Leibnitz: Discours de la méthodeChapitre 14 sur 31 · En second lieu se présente une cause qui cer · texte numérisé non relu

En second lieu se présente une cause qui cer

tainementa entre toutes une gravité extrême, à voir, que pendant cea époques mêmes où fleurirent avec plus ou moins d'éclat les intelligences et les let* très , la philosophie naturelle ait toujours occupé le moindre rang parmi les occupations des hommes. Et cependant on doit la regarder comme la mère commune de toutes les sciences. Tous les arts et les sciences , arrachés de cette souche commune , peuvent être raffinés et recevoir quelques applict^ns utiles; mais ils ne prennent aucune croissance. Cependant il est manifeste qu'après rétetblissement et le développement de la religion chrétienne , l'immense majorité des esprits ëtninents M tourna vers la théologie, que cette étude obtint dès lors les plus magni*fiques encouragements et les secours les plus abondants, et qu'elle remplit presque seule cette troisième période de l'histoire intellectuelle dans l'Europe oo cidentale; d'autant plus qu'à peu près à la même époque', les lettres commencèrent à fleurir, et les controverses religieuses à se produire en foule. Dans l'âge précédent , pendant la seconde période , ou l'époque romaine , les méditations et l'efibtt des philosophes se portèrent entièrement sur la philosophie morale, qui était la théologie des païens ; les plus grands esprits de ces temps se livrèrent presque tous aux affaires de l'État, à cause de la grandeur de l'empire romain, qui réclamait les soins d'un grand nombre d'hommes. Quant à l'époque où la philosophie naturelle parut en grand honneur chez les Grecs , elle fut très-éphémère; car, dans les premiers temps , les sept sages , comme on les nommait, s'appliquèrent tous, à l'exception de

NOTUM 0M4NUIf. îhl

Thalàs^ à la morale et aux aflEûrea ohrîlee; et dms les deraiero , après que Socrate eut runené la philosopliie du pid sur la tanre^ ta philoflophie morale prit encore un plus grand crédit « et détourna les eaprits des études oaturellea.

Mais cette période eUeHBéine , où les reeharcbea naturelles furent eu honneur, fut oorroaipue par les contradictions et par la manie dss systèases , qui la rendii'ent vaine« Ainsi^ puisque pendant ces trois pé* riodes la philosophie naturelle fut on ne peut plus néi> gligée ou empàcMe , il n'est point étonnant que les hommes^ occupés à toute autre cdiose^ n'y aient pasAût de progrès.

%0^ Ajoutez à oela^ que parmi les hommes mêmes qui ont cuittré la philosophie tiatureUe ^ il ne s'en est presque jamais rencontré , surtout dans œs derniers temps , qui y aient apporté un esprit net et dégagé de vaes uUérieurss; à moins qu'on ne oite par hasard qudque moine dans sa oellule , ou quelque noble dans son manoir; mais^ en générai, la philosophie naturelle servit de passage et comme de pont à d'autres objets.

Et ainsi cette m^re commune de toutes les sdenoes fut réduite » avec une indignité étrange , aux fonctions d'une servante 5 pour mder les opérations de la médecine ou des mathématiques , et pour donner aux es* prits des jeunes gens qui n'ont pas Picore de maturité, une préparation, et comme une première teinture qui les rendit propres à aborder |dus tard d'autres études avec plus de facilité et de succès. Que cependant personne n'espère un grand progrès dans les sciences (surtout dans leur partie pratique) ^ tant que la phi^

losophie naturelle ne se répandra point dans les sciences particulières , et que les sciences particulières à leur tour ne se ramèneront point à la philosophie naturelle. C'est cette cause qui explique pourquoi Tastronomie , l'optique , la musique , la plupart des arts mécaniques , la médecine elle-même , et ce qui paraîtra plus étonnant, la philosophie morale et civile, ainsi que les sciences logiques , n'ont presque aucune profondeur, et sont toutes répandues sur la superficie et les variétés apparentes de la nature ; car ces sciences particulières , après qu'on eut établi leur division , et constitué chacune d'elles, ne furent plus nourries par la philosophie naturelle, qui seule, en remontant aux sources et à rintelligence véritable des mouvements, des rayons, des sons, de la contexture et de la constitution intime des corps , des affections et des perceptions intellectuelles , eût pu leur donner de nouvelles forces et un accroissement solide. Il n'y a donc rien d'étonnant que les sdences ne profitent pas , quand elles sont séparées de leurs racines.

81. Nous rencontrons encore une autre cause lutportante et puissante du peu d'avanc^nent des sciences. I^a voici : c'est qu'il est impossible de bien s'avancer dans une carrière, lorsque le but n'est pas bien fixé et déterminé. 11 n'est pour les sciences d'autre but véritable et légitime , que de doter la vie humaine de découvertes et de ressources nouvelles. Mais le plus grand nombre n'entend pas les choses ainsi , et n'a pour règle que l'amour du lucre et le pédantisme ; à moins qu'il ne se rencontre parfois un artisan d'un génie entreprenant et amoureux de la gloire, qui

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poursuive quelque découverte; ce qui , d'ordinaire , ne se peut faire sans un grand sacrifice de ses propres detiiers. Mais, le plus souvent , tant s'en faut que les hommes se proposent d'augmenter le nombre des connaissances et des inventions , qu'ils ne prennent , au contraire, dans le nombre actuel que ce dont ils ont besoin pour professer, pour gagner de Targent ou de la réputation, ou pour faire tout autre profit de ce genre. Si, parmi une si grande multitude d'esprits ^ on en rencontre quelqu'un qui cultive avec sincérité la science pour elle-même, on trouvera qu'il se met plus en peine de connaître les différentes doctrines et les systèmes , que de l'echercher la vérité suivant les règles rigoureuses de la vraie méthode. Et encore , si Ton rencontre quelque esprit qui poursuit plus opiniâtrement la vérité, on verra que la vérité qu'il recherche est celle qui puisse satisfaire son intelligence et sa pensée, en lui rendant compte de tous les faits qui sont déjà connus, et non pas celle qui donne pour gage d'elle-même de nouvelles découvertes et montre sa lumière dans, de nouvelles lois générales. Ainsi donc , si personne n'a encore bien déterminé le but des sciences , il n'est pas étonnant que tous se soient trompés dans les recherches subordonnées à ce but.

82. La fin dernière et le but des sciences ont donc été mal établis par les hommes ; mais quand même ils eussent été bien établis, la méthode employée était erronée et impraticable. Et lorsqu'on y réfléchit, on est frappé de stupeur, en voyant que personne n'ait pris à cœur et ne se soit même occupé d'ouvrir à l'es-

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