‹ Descartes, Bacon, Leibnitz: Discours de la méthodeChapitre 19 sur 31 · BA€ON · texte numérisé non relu

BA€ON

nature , doDt nous avons déjà parlé. Et de même que, parmi les faits exceptionnels de la nature , nous avons mis le soleil , la lune , l'aimant, et choses semblables , qui toutes vulgaires qu'elles sont , n^en ont pas moins une nature spéciale , ainsi doit-on faire pour les œur vres exceptionnelles de Tart.

Parmi les œuvres de l'art, on doit {«référer ceUes qui se rapprochent le plus de l'imitation de la nature, ou , au contraire , qui la dominent et la changent le plus.

Fait exceptionnel dans les œuvres de Fart : le papier. Parmi les opérations de l'esprit et de la main de Thomme , les prestiges et les Jeux méritent d*6tre étudiés. Enfin , parmi les faits qui tiennent de la magie et du sortilège , au milieu des fables , il y a des observations curieuses et certaines à recueillir.

32. De ce que nous avons dit , il résulte que les ciuq espèces de faits dont nous avons parlé en damier lieu, faits analogues , faits exceptiownnels , faits de déviation, faits de limitation et faits de puissance, ne doivent pas être ajournées jusqu'à la recherche de quelque nature déterminée (conmie doivent l'être les autres faits que nous avons exposés en premier lieu, et plusieurs de ceux qui viendront ensuite) , mais que Ton doit dès le commencement en faire un recueil et comme une certaine histoire particulière , parce qu'ils ne laissent entrer dans Tintelligence que des connaissances de choix , et redressent le mauvais temp^ment de Tesprit , qui doit nécessairement être affecté, attaqué et corrompu par le cours habituel et ordinaire des choses.

On doit donc voir dans ces faits une ^orte de pré-

paration qui rectifie et purge rinteUigeoce. Tout ce qui enlève Vintelligence à ses habitudes vulgaires, en aplanit et égalise le terrain , et le rend propre à recevoir la lumière pure et nette des notions vraies.

Bien plus , ces faits préparent et ouvrent la voie à la pratique , comme nous le dirons en son lieu , lorsque nous parlerons des applications pratiques.

33. Parmi les faits privilégiés, nous mettrons en onzième lieu les faits de concomitance et les faits hosUles, que nous appelons aussi /afÏ5 de propositions fixes. Ce sont les expériences où Ton trouve quelque - corps ou sujet concret , que suive perpétuellement la nature étudiée, comme une compagne fidèle, ou que fuie perpétuellement cette nature, comme exclue d'une telle société et traitée en ennemie. Au moyen de ces faits, on peut former des propositions certaines et universelles, ou affirmatives, ou négatives, dont le sujet soit ce corps ou matière concrète , et le prédicat la nature en question ; car on ne trouve absolument rien de fixe dans les propositions particulières qui nous présentent la nature en question variable et mobile dans quelqui» sujet concret, soit qu'elle arrive et que le sujet l'acquière , soit qu'elle s'éloigne et qu'il la perde. C'est, pourquoi , les propositions particulières ne mériten*. aucun privilège important, si œ n'est à l'occasion des migrations dont nous avons parlé. Et cependant ces propositions particulières, comparées avec les universelles et rapprochées d'elles, sont d'un grand secours, comme nous le montrerons plus tard. Et même , dans ces propositions universelles , nou^ n*;

demandons point une affirmation on une négation complète et absolue ; elles suffisent à notre but , lors même qu'elles souffirent quelque rare exception.

he» faits de cancomitanee surent à presser la coninaissance positive de la forme* De m^nè que les faits de miffration pressent la connaisêosue positive de la forme, en ce qu'il faut établir que la forme redierdiée est certainement qudque chose que le oorps tevét ou dépouille dans l'acte même de Ik migration; les faits de concomitance pressent la connaissastee post^ tive de la forme, en ce que^ néoeèsairemènt, on doit établir que la forme est quelque chose qui entre dans la composition d'un tel corps concret^ ou qui ait de la repu-* gnanw pom* cette composition , de sorte que celui qui connaîtra bien la composition de ^ oorj[>s, né aéra pAS fort éloigné de mettre en lumière la forme de la nature étudiée.

EUMPLE t Sillet «ttidléi là dlalètilr; fait de toficomitàhcê , Ut Sanune ; lucun fait hQsHlSé Autre «ujet^ la osniisUuitie ; fait hottUf, la nature de Tair»

Mais, au sujet àM faits de propositiùnsflxe^, il y à encore deux aTisrtissements utiles à donner. Le premier , c'est que , lorsqu'il manque une propositidtl universelle offitinative ou négative, il faut la ùoter ayeo soin comme n'existant pas , Ainsi que Udus IV vous fait pour la chaleur, qui n'a point d'universelle négative dans là nature^ du moins parmi les corpà que nous connaissons. Pu^illement , si la nature étudiée est quelque chose d'étemel et d'incorruptible, nous ne lui trouverons point dans oe monde d'affirmative universelle ; car on ne peut rien trouver A^étemd

NOYUM 0R6ÂNUM. 263

et AHncorruptible dans aucun des corps cjui se trouvent au-dessous des régions célestes, et au-dessus des régions inférieures de la terre. Le second avertissement est qu'à ces propositions universelles , tant affirmatives que négatives , sur un sujet concret , il faut joindre les autres sujets qui paraissent le plus se rapprocher de l'absence ou du néant d'affirmation ou de négation ; telles sont, pour lachaleur, les flammes douces et qui brûlent très-faiblement ; pour l'incorruptibilité, l'or qui en approche le plus. Car ce sont là tout autant d'indications des limites de la pâture entre Têtre et le nonétre, indications qui sont fort utiles pour la circonscription dès formes, et pour empêcher qu'elles ne s'échappent et n'errent en dehors des conditions de la matière. 84. Parmi les faits privilégiés, nous mettrons en douzième lieu ces faits adjonctifs, dont nousavonç parlé c|an9 l'aphoriswp précédent , et qqe nous nommops aussi fgits extrêmes ou de Umiie; car les fait» de cette sorte ne sont pas seulement utiles, lorsqu'on en fait un appendice aux propositions fixes ; ils le sont encore en eux-mêmes et par leur propre vertu ; car i}s indiquent clair^nent le9 vraies 4ivisioa# de h nature, les limita des choses, ils mentrent fusqu'à quel point la nature peut aller et recevoir des modifications, et enfin quelles sont les transitions d'une nature à ppe autre.

Ejxi^lliPM^i t ^''pri fi^F 1^ p«wptf)ir; le («r, pou»; I9 dureté; le chien, pour Todor^t, etp. fit pour les extr^^ pppp^s, lepold» de l'e^rit-de-Tin , la douceur de la soie , etc.

35. Parmi les faits privilégiés, nous placerons en treizième \iex^ les faits d'alliance o\xd*umon. Ce sont ceux qui présentent , confondues et réunies , les natures

2àU BACON.

qui passent pour hétérogènes , et sont notées et signalées comme telles dans les divisions reçues.

Mais ces faits d'alliance montrent que certaines opérations et certains effets que Ton croit appartenir en propre à quelqu'une de ces natures hétérogènes, appartiennent aussi à d^autres parmi elles ; et convainquent ainsi l'esprit que cette prétendue hétérogénéité n'existe' pas ou n'est pas essentielle , et que ce n'est autre chose qu'une modification particulière d'une nature commune. C'est pourquoi , ils sont d'un excellent usage pour conduire et élever l'esprit des différences aux genres, et pour dissiper les vains fantômes des choses qui se présentent sous le masque trompeur de substances concrètes.

Exemples : 1*> Sujet étudié, la chaleur. On croit d*ordiiiaire que la chaleur des astres , celle des animaux et celle du feu, sont de nature différente. Un fait d'alliance , c'est que le feu bien ménage peut faire pousser les plantes comme le soleil ; le feu peut aussi rendre la Yie à un animal engourdi et comme mort, etc. 2" Le inouvement. On attribue d'ordinaire le mouTement circulaire aux astres, et le mouvement recUligne aux corps sur la surface de la terre ; mais Tair et les eaux de la mer ont un mouvement circulaire. 3** Des faits qui ne sont pas , il est vrai , encore bien démontrés , pourront prouver que la distinction essenUelle établie entre la direction ascendante dés corps légers, et descendante des graves, n*est pas fondée, et doit être effacée. 4° Plusieurs faits peuvent aussi faire penser qu'entre les opéraUons de l'intelligence humaine et de TlnteUigence des bétes, il n'y a pas une différence aussi radicale qu'on le pense d'ordinaire. 6" Faits d'alliance relatifs à la lumière et à la couleur, la neige épaisse , la flamme de soufre , etc.

36. Parmi les faits privilégiés, nous placerons en quatorzième lieu les faits de la croix, en empruntant cette expression aux croix qui, placées à l'embran-

NOVUM QBGANUM. 24.^

cbement des routes, indiquent les divers chemins. Nous lès nommons aussi faits décisifs et juridiques ^ et , dans certains cas , arrêts et oracles. Voici en cpioi ils consistent. Lorsque dans l'étude d'une certaine nature y l'esprit se trouve partagé et incertain de savoir à laquelle de deux ou de plusieurs natures on doit attribuer la cause du sujet étudié , en raison du concours ordinaire de ces diverses natures, Xeè faits de lacroiœ montrent que la compagnie de Tune de ces natures, en ce qui touche le sujet étudié , est fidèle et indissoluble; tandis que celle de l'antre est variable et mobile , ce qui résout la question , et fait recevoir cette première nature pour cause, à l'exclusion de l'autre, que l'on met de côté. C'est pourquoi des faits de ce genre apportent une trèfr-grande lumière et sont d'une grande autorité, à tel point que le travail de l'interprétation se complète et s'achève quelquefois avec eux. De temps à autre , ces faits de la croix se rencontrent parmi ceux que nous avons déjà signalés , mais le plus souvent ils sont nouveaux , il faujb de l'habileté pour les découvrir et les tirer de leurs sujets complexes , et ce n'est qu'à force de soins, de précautions et de patience qu'on peut les mettre au jour.

Exemples : 1" Le flux et le reflux de la mer. Un fait décisif , pour prouYer qu'ils ne sont pas déterminés par un courant, serait de reconnaître que, sur les rivages opposés du grand Océan, le flux a lieu aux mêmes heures , ainsi que le reflux ; pour prouver que Teau est attirée par une puissance magnétique s'exerçant au centre, ce serait de reconnaître que dans le reflux la surface de Teau est courbée (sous forme convexe ), et plane dans le flux. 2" Pour prouver que la terre est immobile, il faudrait établir qu*au-dessu& d'elle tous les corps sont animés d'un mouvement de rotation, d'orient en

occident, d'autant plus rapide qu'ils sont âolgnës. 8* Explication de (• p4êant€Hr, Pour favolr si eUe êst d^eraUiée par TattracdoB da la maiie tarrestr», 4 |aut portar m pandule wx uae hameur, un 4utr^ dans les minef ; si le pnourement du pen4ulje est nilenti dans le premier cas, accéléré dans le second, il est clair que c'est cette attraction (pu détermine la chnte des corps, — Autres Exemples , relatifs à la direction de l'aiguille aimantée , à la substance dont est Mte la lune , m mowfmaeat npMe des projecdlcs , à Is hn^ d'^ipaafioo da la poudra, àUnatura triMsitoire de la fttmK.

Nou8 ayons parlé longaement àen faits de la crùiœ, car nous voulons que les hommes apprennent et sliabituent peu à peu à juger de la nature par de t^ Aûts et par des expériences lumineases , et non par des raisons probables.

37. Parmi les laits privilégiés , nous mettrons ea . quinzième lieu les faits de éivaree ; ce sont ceux qiû montrent séparées les natures qui se présentent le plus fréquemment à nous. Ils diffèrent des faits que Pcm rattache 9m\ faits de eoneomitanee , en ce que ceux-ci présentent isolées certaines natures que Ton trouve ordinairement dans quelque composé ; tandis que les faits de divorce montrent simplement une nature séparée d'une autre. Ils diffèrent aussi des faits de ia croix, en ce qu'ils ne déterminent rien et avertissent seulement qu'une nature est séparable d'une autre. Us servent à trahir toutes les formes mensongères, k dissiper les vaipes théories qui prennent naissance dans le spectacle ordin^re des cho9e§, iBt attact^is^ en quelque sorte à l'intellig^K^e du plomb et des poids.

SxniPiLES : 1° L^s qu^ ojOurfîs de Télé»o : le chaud , 1$ lumineux , le léger et le mobile* Elles se montrent séparées dans une

NOYUM 0R6A1IU1I. 2&7

foule de sujets. 2* L'action de raimant qui s'exerce à distance, sans infloeoce 4u nMieu , pnmve <|ae l'aoëon oatureUe n'est pas néeessiÉmoHUt cAptftnie ^M» Iw oofpi , et pe«l eaâCfe dhrisét,

Page 1