‹ Descartes, Bacon, Leibnitz: Discours de la méthodeChapitre 20 sur 31 · Viennent ensuite cinq ordres défaits, que nous · texte numérisé non relu

Viennent ensuite cinq ordres défaits, que nous

nommons <fun nom commun , faits de la lampe ou

de première informatUm; ce sont ceux qui donnent

des aecoMTO wx mos. Goame toute éméeffrétmHêm de

la nature débute psr l'expérience et les perceptions

des sens, et s^élève de là, par une voie réglée, çpn-r

stante et solide, aux perceptions de l'esprit qui sont

les notions vraies et les lois générales , il est certain

que plus le rapport et le témoignage des sens sera

complet et exact, plus tout le travail sera facile et

hemeux.

De ces cinq espèces défaits de la lampe, la première sert à fortifier, développer et rectifier l'action immédiate des sens; la seconde, à rendre sensible ce qui ne Test pas; la troisième montre le progrès continue] et la série des choses et des mouvements que le pluç souvent on ne remarque qu*à leur terme et dans les divisions de leurs périodes; la quatrième supplée aux sens, lorsque naturellement leur office vient à manquer; la cinquième sert à éveiller les sens, exciter leur attention et arrêter la trop grande subtilité des choses. Nous allons traiter de chacune d^elles en particulier.

39. Parmi les faits privilégiés, nous mettrons en seizième lieu \e» faits de la porte ou de Ventrée; c'est ainsi que pous appelons les auxiliaires de Taction immédiate des sens. Parmi les sens, il est manifes^ que le premier rôle , pour Tinstruction de l'homme ,

appartient à la vue; c'est donc à ce seDsjjurtout qu'il faut chercher des auxiliaires. On peut donner à la vue trois sortes de secours; les premiers lui font percevoir ce qui naturellement est invisible ; les seconds agrandissent le champ de la vision ; les troisièmes la rendent pins exacte et plus distincte.

Exemple du prenderordre desecoon, le mierotcQpe; dudemdèaie ordre, le télescope; du troisième, les astroUbes. -r 11 est inutile de citer parmi les instruments des sens, ceux qui n^ajoutent rien à ce que l*on connaît déjà.

40. Parmi les faits privilégiés , nous mettrons en dix-septième lieu \es faits de citation, en empruntant ce nom aux usages des tribunaux , parce qu'ils citent à comparaître ce qui n'a pas encore comparu ; nous les appelons aussi faits d'évocation. Us rendent sensible ce qui naturellement ne Pétait pas.

Les choses échappent aux senà , ou à cause de leur distance , ou parce que des objets intermédiaires les interceptent, ou parce qu'elles ne sont pas capables de faire impression sur les sens y ou parce qu'elles sont trop petites , ou parce que leur action ne peut durer assez longtemps y ou parce que les sens ne peuvent supporter celte action, ou parce que les sens sogt déjà remplis et occupés de façon à ne pouvoir recevoir une impression nouvelle. Toutes ces considérations sont surtout relatives aux objets de la vue , et secondairement aux objets du tact. Car ces deux sens ont une action fort étendue et s'appliquent à toutes sortes d'objets, tandis que les trois autres sens ne nous instruisent que de ce qui les touche immédiatement et de Jeurs objets propres.

NOVUM OBGANDM* 249

La premièremanière de rendre les choses sensibles consiste à ajoater ou à substituer aux objets qu^on ne peut apercevoir à cause de leur éloignemenl , d'autres objets plus capables de provoquer et de frapper les sens de loin, comme lorsqu'on annonce les choses par des feux, des cloches ou d'autres signaux.

La seconde manière de rendre les choses sensibles, consiste à juger de ce qui est dérobé par l'interposition de certains corps, et qu'on ne peut mettre facilement en lumière, au moyen de ce qui se trouve ou se passe à la surface de ces objets mêmes ou des émanations qui viennent de l'intérieur, comme on juge de l'état intérieur du corps humain au moyen du pouls, des urines et Autres signes.

La troisième et la quatrième manière de rendre les choses visibles , s'appliquent à une foule d'objets divers, et doivent être recherchées partout dans l'étude de la nature. En voici une indication. On sait que l'air, les vents, et tous les autres corps légers et subtils ne peuvent être ni vus ni touchés; c'est pourquQÎ, lorsqu'on étudie ces corps , il faut absolument diercher des moyens de les rendre sensibles.

Exemples : 1<* Les diverses acUons des esprits, dans les corps tangUdes, se manifestent à l'extérieur; la première, résultat de rémission de Tesprit, a pour signes visibles la sécheresse, la rouille, la déperdition; la seconde, résultat de la concentration de Tesprit , a pour signes le ramollissement , la liquéfaction , etc. ; la troisième , résultat de la concentration et de rémission à la fois, a pour signes la végétation; l'organisation, la vie, etc. Les esprits eux-mêmes se manifestent de mille manières à Textérieur. 2« La constituUon intérieure des corps est invisible, on n'en peut étudier que les manifestations. 3" Densité des corps : elle devient manifeste par le poids.

Bacon (lécrit uo procédé qaHl a raiployé pour caKfuler la densité de la vapeur d*|lcool. ^ Les varlatioiu insenslblos 4e Hl tempéfati»e sont ren4ues sensibles par le therarom^tre. 5** Pour confialtre les mélanges des substances, il faut faire des distillations et des séparations artificielles. On doit prendre garde, dans ces opérations, que le feu détermine souvent des changements et donne des propriétés qu'il ne faut pas attribuer à l'état ordinaire du corps étudiée

Quant à la cinquifeme manière de rendre sensible ce qui ue Test pat, il est manifeste que les actions perceptibles aux sens s'accomplissent par des mouvements , et que fes mouvements se passent dans le temps. Par conséquent , si le mouvement d'un corps est trop lent ou trop rapide pour s'accommoder aux conditions de durée de la perception des sens , l'objet n'est point aperçu , comme il arrive pour le mouvement d'une aiguille d'horloge, et pour celui d*une balle. Le mouvement que l'on ne peut apercevoir, à cause de sa lenteur, est ordinairement et facilement rendu sensible par sa continuité et la somme de ses parties; mais on n'a pas trouvé jusqu'ici dfi mesure exacte du mouvement qu'on ne peut apercevoir à cause de sa rapidité, et cependant l'étude de la nature demande que l'on puisse mesurer certains mouvemepts de ce genre.

En sixième lieu , lorsqu'on veut rendre sensible un objet qui échappe aux sens, à cause de sa trop grande puissance , ou bien on l'éloigné , ou bien on raffaS>lit par l'interposition d'w milieu qui ^n diminue h force, sans l'anéantir j ou bien on reçoit l'objet réfléchi, lorsqu'il a une touche directe trop forte, comme, par exemple , les rayons du soleil dans un bassin d*eau .

La septième manière de rendre sensible ce qui est

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insenflibie, loi^que les sens sont déjà remplis et oceupéSy au point de ne pins âdtnettré d'iihpressioB fiouyelle, ne concerne guère que l'odorat et les bdeurs , et ne sert pal b^ucoilp à notice but. Voilà ce que nous avions à dire sur les divers moyens de rettdre sensible ce qui est insetisible.

Quelquefois, cependant, les objets iiisensibles pour rbomme firap^nt les sens de quelque autre animal, sens plus fins et pénétt*ants , âous tin certain rapport, que ceux de l'homme. C'est ainsi que le chien perçoit certaines ôdetirS; le chat, les oiseaux de nuit, et d'autres animftUx qui voient dans les ténèbres , perçoivent ime lumière latente dans Tair, lors même qu'il n^est pas éclairé du dehors. Car c'est une juste remarque de Télésio, qu'il y à dânS l'aii* ùtiè certaine lumière originale, quoique très-faiblé et échappant presque entièrement à la vue des hommes et de la plupart des ani^ maux ; parce <}ue ceux à qui elle est sensible voient de nuit, ce qui n'est pas croyable qu'ils puissent fidrô sans lumière ou par une lumière intérieure.

Il faut bien remarquer que nous traitons ici de l'insuffisance des seus, et des remèdes à cette insuffisance. Car les erreurs des sens proprement dites, doivent être renvoyées aux recherche^ particulières sur les dens et leurs objets, à Téxception de cette grande er« reui des sens , par laquelle ils voient les principaux traits de fe nature sous un jour relatif à l'homnle, et non au point de vue de la vérité absolue , erreur qui ne peut être corrigée que par la raison et l'eti&emble de la philosophie.

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