‹ Descartes, Bacon, Leibnitz: Discours de la méthodeChapitre 22 sur 31 · Parmi les faits privilégiés, nous mettrons en · texte numérisé non relu

Parmi les faits privilégiés, nous mettrons en

264 BÂGON.

tingt-sixième lieu \es faits polychre$tes. Ce sont ceux qui ont une application variée et se rencontrent souvent; ils sont par là d'un grand secours dans les opér^ions et les démonstrations^Il sera plus à propos de parler des instruments et des inventions, lorsque nous traiterons des applications pratiques et des divers modes d'expérimentation. D*ailleurs, ceux qui sont connus et mis en usage , seront décrits dans les histoires particulières de chacun des arts. Nous présenterons, seulement à leur sujet quelques considérations générales qui serviront à mettre en lumière les faits polychrestes.^

L'homme opère sur les corps naturels de sept manières (sans compter le rapprochement et la séparation des corps simj^es), à safvoir : par Texclusion des obstacles qui causent quelque trouble ou empêchement , par la compression , Textension , l'agitation et toutes actfons semblables , par le froid et le chaud , par le séjour du corps en un lieu convenable , par un frein et une règle donnés au mouvement , par les sympathies y ou bien enfin par raltemation habile et sage , et la série et succession de tous ces moyens, ou au moins de quelques-uns d'entre eux.

1" L'air et la lumière troublent sauvent et altèrent les corps ; les moyens que Ton peut trouver poui: préserver le^diverses substances de leur influence et de leur contact , sont des faits polychrestes. Indication de divers procédés ))Our soustraire les corps à l'influence de Tair et de la lumière. li faut savoir einpôcher Taccès de Tair extérieur, et la sortie de Tair intérieur.

2" Par les compressions et autres opérations violentes, on peut mouvoir, détruire, étouffer, clianger les corps et leurs propriétés. En général, ces cbaugcments violents ne donnent pas aux corps des mo-

NOTUM OKGANUM. 265

dlfications à la fois imikprtantes et di^rables. Mais ces mouyements sont pius que tous les autres au pouvdir de rhomme,

3<* L*boDime produit la chaleur et Télève à de trè^auts degrés par des moyens artificiels, mais il est loin d*avoir la même puissance en ce qui touche le froid*Bacon recommande de diriger les recherciies vers la production du froid ardûctel et de ses effets. U «I indique quelques-uns. Dans la médecine, on peut ou calmer le ^ mouvement des esprits par des sédatifs, ou en réduire la quantité et quelquefois les éteindre.

Lorsqu'on ne peut produire le froid, il faut au moins chercher à en produire le principal effet, qui est la condensation. La condensation s*opèreou par la simple compression, ou par la contraction des parties épaisses, les autres s'évaporant , ou par la réunion des parties homogènes solides, ou par Teffet d'une sympathie qui n'est autre que l'attraction.

Quant à la chaleur, il serait fort important de savoir la produire modérée, et de ne pas toujours agir violenuncnt par elle. L'homme devrait imiter la nature, qui prodttit de si grands effets avec une chaleur douce et progressive. Il faut d'ailleurs étudier la chaleur partout où elle se produit , et en connaître bien les agents.

4' Le temps produit plus d'effets que le feu ; les forces internes agissent avec énergie , alors que les forces externes sont sans influence. Pour développer ces effets , il faut abandonner les corps à eux-mêmes et les mettre à l'abri des agents de la nature.

5° Régler le mouvement d'un corps, c'est le contraindre à ))ren« dre une direction qui le varie , le dirige , le repousse. C'est surtout à la position et à la figure des vases qu'il faut demander ces effets.

C* Les rapports véritables ne sont autre chose que la symétrie mutuelle des formes et des constitutions Intérieures.

Les sympathies ou rapports les plus généraux sont assez visibles. Il est des corps fort différents par leur substance et la quantité de leur matière , et analogues par leurs constitutions , comme le soufre , l'huile, la flamme, etc. ; il en est d'autres, différents par leurs constitutions, et semblables par la quantité de leur matière, comme les métaufc , les végétaux, les animaux.

Un second rapport très-important est celui des aliments avec les corps qu'ils nourrissent. Les végétaux , comme les animaux, ont be*

soin de certains altiiMnts en hamumié ïïfét leurs consUtutioitt 8|>éclaies.

Parmi ces rapports apparents, il fout noter aussi celui des sens avec leurs objets.

Quant aux secrets rapports de^ corps, que Ton nomme sympathies et antipathies, il en est fort peu de constatés. La plupart de ceux qu*on a cru découvrir sont imaginaires; cependant, on peut signaler ceux qui existent entre Taimant et le fer, Tor et le vif-argent , etc. Il faut aussi étudier les lois du mélange des corps , les uns se mêlant plus facilement avec les autres, les autres plus diflBcilement.

1" On ne peut bien traiter du mélange et de la combinaison de ces divers léoyens, avant d'avoir étudié séparément chacun d'eux. Rien de plus difficile, mais aussi rien de plus utile à connaître que les secrets de cette combinaison pour la pratique.

61 . Parmi les faits privilégiés , nous placerons en vingt-septième et dernier lieu les faits magiques. Nous appelons ainsi ceux qui présentent une matière ou une cause efficiente , petite et faible en comparaison de la grandeur de l'ouvrage ei de l'effet qui en résulte ; de telle façon que, quand même ils seraient vulgaires , ils ne paraîtraient pas moins être des miracles , les uns au premier regard , les autres après une observation attentive* La nature en produit peu de son jeu naturel, mais on verra plus tard, après la découverte des formes, des progrès et des constitutions intimes , ce qu'dle pourra faire , lorsqu'on l'aura remuée dans ses profondeurs.

Trois espèeta de ces faits magiques : dans les uns, une certaine aatm se multiplie eUe-mémej txEMPtxs : le feu, le venin, le mouvement ; dans les autres, une certaine puissance est développée dans ëes eorpt étrangers , comme la vertu magnétique, la fermentation; dans la troMèma espèce, tes merveilles sont produites par l'énergie

NOVUM ORGiUJiUM. 267

•t la promptitude d«s mouvements , comme dans Texplosion de la poudre.

52. Voilà ce que nous avions à dire des prérogatives et privilèges des faits. Nous devons cependant avertir que, dans cet Organum, c'est de la logique que nous faisons et non de la philosophie. Mais, comnie notre logique instruit Tesprit et lui enseigge à ne point se payer des vaines abstractiois qu'il crée (comme Vj pousse la logique vulgaire), mais à pénétrer dans la réalité des choses, à découvrir les puissances des corps, leurs actes et leurs lois déterminées dans k matière, en sorte que la vraie science ne reproduise pas seulement la nature de Tintelligence, mais aussi celle des choses , il ne faut pas s'étonner si^ pour en éclaircir les préceptes, nous l'avons remplie d'exemples empruntés à des observations et à des expériences naturelles.

11 y a donc, comme le prouve tout ce qui précède, vingt-sept espèces défaits privilégiés, qui sont : les faits solitaires, ïen faits de migration, les faits indica^ tifs, lesfaits clandestins, les faits constitutifs, les faits conformes, lesfaits exceptionnels, lesfaits de dévia-' tion, lesfaits limitrophes, les faits de puissance, les faits de concomitance et hostiles, lesfaits adjonctifs, lesfaits d* alliance, lesfaits de la croix , lesfaits de divorce, lesfaits de la porte, lesfaits de citation, les faits de la route, lesfaits de supplément, les faits de dissection, les faits de la verge, lesfaits de la carrière, les doses de la nature, lesfaits de la lutte, lesfaits significatifs, les faits polychrestes , lesfaits magiques.

L'usage de ces faits, par où ils remportent sur les faits vulgaires , est relatif ou à la théorie , ou à la pra-

tiqiie, ou à toutes deux simultanément. En ce qui touche la partie théorique , ces faits donnent des secours, soit aux sens, soit à l'intelligence: aux sens, comme les cinq/a?7^ de la lampe; à l'intelligence, en faisant connaître promptement -ce qui n'est pas la forme, comme \e9 faits solitaires ; ou en préparant et en pressant la o^nnaissanee positive de la forme, comme les faits de migratf4)n,hs faits indicatifs, ceux de conr comitance et les/ai/^ adjonctifs ; ou en élevant l'esprit, eten le conduisant aux genres et aux natures communes, et cela immédiatement , comme les faits clandestins, exceptionnels et d* alliance; ou au degré le plus proche, comme \e% faits constitutifs; ou au degré le plus bas, -comme les faits conformes; ou en dégageant l'esprit du faux pli que lui donnent les habitudes , comme les faits de déviation; ou en le conduisant à la forme générale, ou composition de l'univers , comme les faits limitrophes; ou en le mettant en garde contre les causes et les formes mensongères , comme les faits de la croix et de divorce. En ce qui touche la pratique, les faits privilégiés indiquent les opérations, ou les mesurent, ou les rendent moins onéreuses. Ils les indiquent, en montrant par où il faut commencer pour ne point refaire ce qui est déjà fait , comme les faits de puissance, ou à quel but il faut tendre, si Ton en a le pouvoir, comme les faits significatifs; ils les mesurent, comme les quatre sortes de faits mathématiques; ils l'es rendent moins onéreuses , comme les faits poly^ chrestes et magiques.

En outre, parmi ces vingt-sept espèces de faits, il en est plusieurs, comme nous Pavons dit plus haut , à

propos de quelques-unes, dont il faut faire un recueil dès le commencement , sans attendre les recherches particulières sur chacune des natures. Pe ce genre sont les faits conformes, exceptionnels, de déviation, limitrophes, ds puissance, de la porte, significatifs, polychrestes, magiques; car -tous ces faits servent à Tintelligence et aux sens , on les rectifiei^u prépa^ rent les opérations d'une manière générale. Il faut au contraire recueillir les autres, lorsqu'on dresse les tor blés de comparution pour le travail de l'ioterprétation relatif à quelque nature particulière; car ces faits ont de tels privilèges et une telle importance, qu'ils sont comme Tâme des faits vulgaires de comparution , et , comme nous l'avons dit en commençant, quelques-uns d'eux en valent une multitude des autres. C'est pourquoi , lorsque nous dressons les tables, il les faut rechercher avec un soin extrême , et les recueillir dans les tables. Il nous faudra encore parler de ces faits dans la suite , mais nous devions dès l'abord en traiter et les expliquer.

Maintenant , nous devons en venir aux auxiliaires et aux rectifications de Vindtiction, puis ensuite, aux natures concrètes, slux progrès latents, aux constitutions cachées et à tous les autres sujets que nous avons proposés dans le vingt et unième aphorismie , pour que nous puissions enfin (comme des curateurs probes et fidèles) confier aux hommes leur fortune, après que leur intelligence aura été émancipée et sera en quelque façon devenue majeure; d'où résultera nécessairement une amélioration de la condition humaine et un accroissement de son pouvoir sur la nature. L'homme ,

270 RAOON.

par sa chute, a perdu don état dHonocence et son empire sur les créatures; mais Tudc et Pautre perte peut se réparer en partie dans cette vie^ la première par la religion et la foi , la seconde par les arts et les sciences. La malédiction portée contre Thomme ne lui a pas rendu la créature complètement et irrévocablement rebeftô ; mais au nom même de cet arrêt : Tu mangeras ton pain à ta sueur de ton front, elle est contrainte par les travaux variés de l'homme (non certes par des discussions ou de vaines cérémonies magiques) , à lui fournir son pain de quelque façon , c'est-à-dire à satisftiire les divers besoins de la vie.

Page 1