‹ Descartes considéré comme physiologiste et comme médecinChapitre 10 sur 46 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

Baillou s’est toujours montré le disciple fidèle d’Hippocrate, et les écrits qu’il a laissés, et dont nous avons déjà parlé, marquent réellement la renaissance de la médecine que j’appellerai naturelle, puisqu’elle est uniquement fondée sur les indications de la nature.

Sanctorius (1561-1636) est le précurseur, ou

(1) Ibidem. Complexionum atque mixtionum elementalium figmentum, p. 106, 107.

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même le fondateur de cette école dite iatro-mathématique qui cherche dans les lois de la physique et de la mécanique l’explication des phénomènes de la vie.

Jugeant que les fonctions éliminatrices de la peau devaient avoir, par leur continuité, une influence décisive sur la santé, il s’appliqua à déterminer d’une manière rigoureuse la quantité de matière que la transpiration insensible enlève à notre corps dans l’espace de vingt-quatre heures. Chaque jour, pendant une longue suite d’années, il prit exactement, à différentes heures du jour, avant et après les repas, le poids de son corps, celui de ses aliments et de ses boissons et celui des matières excrémentitielles, et, par la déduction du poids de ces dernières sur le poids total du corps et celui des aliments, il crut pouvoir déterminer la part de la transpiration, en tenant compte dans ses conclusions des influences extérieures et constitutionnelles, des modifications que lage, le sexe, le tempérament, les saisons, le climat, l’état de santé et de maladie, apportent à cette fonction.

Il inventa un thermomètre propre à faire connaître les degrés de la chaleur animale en santé et en maladie, et il inventa aussi un instrument à l’aide duquel il prétendait apprécier d’une manière rigoureuse les variations du pouls. Ces instruments sont

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loin d’être parfaits, et les calculs de Sanctorius, fondés sur des dénombrements incomplets, ne sont pas absolument exacts ; mais, quelle que soit 1 imperfection des procédés et des calculs, ils n’en marquent pas moins une phase nouvelle de la science , et Sanctorius est, à juste titre, considéré comme le promoteur d’une méthode d exploration sans laquelle certains problèmes de l’économie animale seraient encore insolubles.

Les progrès de l’anatomie et ceux de toutes les autres sciences naturelles disposaient les médecins instruits à écarter les causes occultes de l’explication des phénomènes vitaux, et à rattacher ces phénomènes aux lois générales de la physique. Cette disposition se manifeste clairement chez Harvey, lorsqu’il s’écrie à l’occasion de la chaleur animale : Sa source est dans le sang ; il ne faut pas la chercher ailleurs, ni imaginer , pour en rendre raison , un principe particulier , aliquem spiritum, ni mettre en scène les c lieux , et surcharger de fictions la philosophie. Nous avons en effet sous la main ce que trop souvent nous cherchons dans les astres, domi scilicet nascitur

qUOD VULGO AB ASTRIS PETIMUS (1). »

La physiologie trop idéaliste de Van Helmont n’est qu’une exception aux tendances générales de cette époque, et encore ferons-nous remarquer que

(1) De Générât, animai, exerc. lxxi.

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chez Van Helmontles conceptions purement idéales ont pour contre-poids les notions de la chimie nouvelle, et la doctrine des ferments auxquels il assigne un rôle si important dans l’économie.

Bien que la physiologie ne puisse jamais être confondue avec la physique et la chimie, elle n’en sera plus séparée désormais. L’observation attentive de l’organisme vivant nous permet, il est vrai, d’y reconnaître l’action suprême d’une force particulière qui A POUR AGENT LE SYSTÈME NERVEUX, et qui

tient sous sa dépendance toutes les fonctions, en les faisant concourir à un but commun, l’entretien de la vie et le maintien de la forme ; mais en même temps, grâce aux progrès des sciences, nous constatons, dans l’accomplissement des fonctions, une perpétuelle intervention des lois de la physique et de la chimie ; et cette connaissance diminue de plus en plus pour nous le champ du mystère et de l’inconnu.

Tel est le bienfait dont nous sommes redevables au seizième siècle, telle est la direction que les physiologistes et les médecins de cette grande époque ont imprimée à l’étude de l’homme ; et c’est cette direction que Descartes nous a transmise irrévocablement.

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