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CHAPITRE VIII

Linnée a dit : Les minéraux croissent ; les végétaux croissent et vivent ; les animaux croissent, vivent et sentent. Celle propriété nouvelle, en vertu de laquelle les animaux correspondent activement aux impressions qu’ils reçoivent du dehors, suppose des appareils organiques particuliers; aussi trouvonsnous chez eux, non-seulement des organes nouveaux, mais aussi des tissus organiques qui leur sont propres, l’élément nerveux, la fibre musculaire.

Les nerfs, sortes de rameaux qui se détachent d’une souche commune, le cerveau et la moelle épinière, et qui vont s’épanouir à la surface du corps, reçoivent les impressions qui affectent cette surface et les transmettent aux centres; et c’est par les nerfs que les centres nerveux réagissent sur les muscles et mettent enjeu toute la machine.

Avec le système nerveux, la sensibilité et la motricité apparaissent chez l’animal.

Des facultés d’un ordre plus élevé sont encore

liées à la présence du même appareil organique, la faculté de rappeler les sensations passées, celle de les comparer aux sensations présentes, et celle de se déterminer d’après cette comparaison, faculté d’agir ou de ne pas agir, de se rapprocher ou de s’éloigner des objets selon leur convenance ou leur opposition à la nature de l’individu.

Ces facultés sont d’autant plus développées que le centre nerveux principal, le cerveau, est lui-même plus développé et que sa surface présente des plis plus multipliés et plus profonds.

Dans toute la série animale, depuis les plus bas degrés de l’échelle zoologique jusqu’aux plus élevés, ce rapport est constant. Ainsi, l’homme, qui se distingue de tous les autres êtres par la pensée réfléchie et consciente d’elle-même, par le pouvoir qu’il a de s’élever aux idées générales et abstraites, d’exprimer ces idées à l’aide des sons articulés et de les perpétuer par des signes sensibles, l’homme est aussi celui de tous les êtres terrestres qui, toutes proportions gardées, a le cerveau le plus développé, le plus profondément sillonné à sa surface, le plus pesant par rapport au volume du corps.

11 n’y a pourtant guère plus d’un siècle que le cerveau est considéré, sans contestation, comme le siège exclusif de l’intelligence, l’organe de la pensée et de la volonté. Jusque-là, c’était à la vérité l’opi-

nion la plus accréditée, mais ce n’était pas une opinion universellement reçue. Si, dans l’antiquité, Démocrite, Hippocrate, Galien se prononcent pour l’affirmative, d’autres philosophes, par exemple Aristote, refusent au cerveau ce rôle important et l’attribuent, soit au diaphragme, soit au cœur.

Voici ce que nous lisons à ce sujet dans le traité de la Maladie sacrée de la collection hippocratique :

« C’est par le cerveau que nous pensons, comprenons, voyons, entendons; que nous connaissons le laid et le beau, le mal et le bien, l’agréable et le désagréable

« C’est encore par là que nous sommes fous, que nous délirons, que des craintes et des terreurs nous assiègent, soit la nuit, soit après la venue du jour,

des songes, des erreurs, des soucis sans motif

Tout cela, nous l’éprouvons par le cerveau quand il n’est pas sain Tant qu’il est dans son état nor-

mal, l’homme est en possession de lui-même.

(( Pour ces raisons, je regarde le cerveau comme l’organe qui a le plus de puissance dans l’homme... Les yeux, les oreilles, la langue, les mains, les pieds, agissent suivant que le cerveau a de la connaissance Le cerveau est la mesure de /’ intelligence.

« Quelques-uns disent que nous pensons par le cœur et que cet organe est celui qui éprouve le chagrin et les soucis ; il n’en est rien. Le cœur se con-

tracte comme le diaphragme, et davantage encore, pour les raisons que voici : les veines se rendent de tout le corps au cœur, il en est le réservoir, de sorte qu'il ne se passe rien dans l’économie qu’il n’en

ressente le contre-coup Mais ni le diaphragme

ni le cœur n’ont part à l’intelligence (1). »

En tête de ceux qui envisagent le cœur comme le siège de nos affections et la source de nos pensées est Aristote.

Pour lui, les nerfs tirent leur origine du cœur. Il le dit formellement au chapitre v du livre III de Y Histoire des animaux.

Bien que la moelle tienne au cerveau et semble en être la continuation, dit-il encore, le cerveau est d’une tout autre nature; caria moelle est chaude, et le cerveau est de toutes les parties du corps la plus froide. On peut s’en convaincre par le toucher, et on le comprendra aisément, si l’on songe que le cerveau est privé de sang.

Les organes doués de sensibilité en sont distincts : cela est visible ; aussi, lorsqu’on le touche, ne fait-il éprouver aucune sensation (2).

Cette dernière remarque d’Aristote est juste. Le cerveau est insensible , ou plutôt, il est impassible : on peut le piquer, le couper par tranches sans provoquer

(1) Œuvres d’Hippocr., Irai té de la Maladie sacrée , §§la, 16, 1 .

(2) Aristote, des Part, des anim., liv. II, ch. vu.

de la douleur ; mais s’il est privé de ce que j’appellerai la sensibilité directe , il faut bien reconnaître qu’il est doué d’une sensibilité spéciale, encore plus exquise, et que j’appellerai la sensibilité réfléchie , puisque nous percevons, pensons et voulons en raison des sensations transmises au cerveau : il a la sensation des sensations.

Le cerveau, reprend Aristote, n’est point le siège de 1 âme, car si l’âme n’est pas, ainsi que plusieurs 1 ont pensé, d’une nature ignée, elle a du moins besoin de chaleur pour l’accomplissement de ses fonctions, dont les deux principales sont de nourrir et de mouvoir, et le cerveau ne saurait lui fournir de la chaleur, puisqu’il en est lui-même privé (1).

Et il continue son raisonnement en disant :

S il est vrai que la chaleur soit, pour les animaux, une des conditions de l’existence, il n’en est pas moins vrai que cette chaleur doit être tempérée. Or, c’est précisément à cette fin que le cerveau paraît établi ; participant à la fois de la nature de l’eau et de celle de la terre, humide et froid, il tempère la chaleur et 1 effervescence du cœur, et procure à l’économie un juste équilibre (2).

Les organes de la vue, de l’odorat, de l’ouïe et du goût se rattachent, il est vrai, à la tête, mais il ne faut pas croire pour cela que le principe de la senti) Aristote, des Part, des anim liv. II, cl), vu. — (2) Ibid.

sibilité soit là ; ce principe vient du cœur avec le sang. Ce n’est pas le sang lui-même, car le sang ne jouit en propre d’aucune sensibilité, mais c’est quelque chose qui émane du sang, puisque les parties seules qui reçoivent du sang ont le privilège de sentir, et que dès qu’elles en sont privées, elles sont aussi privées de sensibilité (1).

Ce raisonnement est spécieux, car il est fondé sur quelque chose de vrai, à savoir, l’intervention nécessaire du sang en mouvement dans les phénomènes de la sensibilité.

Le système nerveux a besoin de la stimulation du sang pour conserver ses propriétés sensitives. Lorsque la circulation vient à se ralentir, par suite d’une hémorrhagie ou d’un spasme du cœur, et que le cerveau ne reçoit plus selon le rhythme accoutumé l’impulsion du sang, la vue se trouble, l’ouïe devient obtuse, la connaissance se perd, le corps tombe en défaillance et paraît inerte ; mais il faut considérer que les mêmes phénomènes se produisent lorsqu’une trop grande abondance de sang opprime le cerveau et la moelle. La congestion, aussi bien que la vacuité, détermine la syncope. Ce n’est donc pas le sang qui porte avec lui la sensibilité : il ne fait que l’entretenir en stimulant le système nerveux. Celui-

(I) Aristote, des Part, des anim., liv. II, ch. s.

DU SYSTÈME NERVEUX ET DE SES FONCTIONS. 160 ci est proprement l’agent de la sensibilité et du mouvement.

Galien réfute Aristote et développe la doctrine hippocratique. Il démontre expérimentalement dans ses Commentaires sur les dogmes d’Hippocrate et de Platon , dans ses Dissertations anatomiques , dans le traité de L Utilité des parties, et dans celui des lieux affectés :

1° Que les nerfs sont les organes de la sensibilité et de la motricité;

2° Qu’ils naissent, non pas du cœur, mais du cerveau et de la moelle qui est elle-même une dépendance du cerveau ;

3° Que la compression du cerveau rendles animaux stupides ;

4° Que les lésions profondes de cet organe, retentissant sur la moelle, privent les animaux nonseulement de toute connaissance, mais aussi de mouvement et de sensibilité.

Il en conclut :

Que les nerfs tiennent du cerveau et de ses annexes toutes leurs propriétés, et que le cerveau est lui-même le siège de l’âme, l’instrument de l’intelligence, la source de la sensibilité et du mouvement.

« On pardonnerait peut-être, dit-il, à des philosophes retirés dans leur coin de se tromper à cet

ogciid , mais chez des médecins vieillis dans la pratique une pareille opiniâtreté, ou, pour parler plus fianchement, une pareille impudence, est impardonnable...

«N’allez pas, ajoute-t-il, consulter les dieux pour décou vi ir par la divination l’âme dirigeante qui appaiaît si nettement a toutes les intelligences non perverties, aussi bien que le principe des nerfs; mais instruisez-vous sur ce sujet auprès de quelque anatomiste (1). »

Pourrait-on aujourd’hui donner avec sûreté le même conseil? Cela devrait être, car la nature, bien inleri ogée, rendra toujours les mêmes réponses; et cependant, il ne faudrait pas s y lier. Le corps humain est incomparablement mieux connu aujourd hui qu il ne 1 était au temps de Galien, mais la rectitude et la vigueur du jugement ne sont pas devenues plus communes, et souvent la multitude des détails absorbe tellement notre attention, que nous ne sommes plus capables de nous élever de l’effet visible à la cause cachée, mais certaine.

Quoi qu’il en soit, la doctrine de Galien, maintenue par la tradition, ralliait à elle la grande majorité des médecins quand 1 anatomie et la physiologie renaissantes au seizième siècle sont venues, par la voix de Vésale, de Fallope et de Fabrice d’Aquapen-

(i) Œuvres de Gai., des Lieux affectés , liv. III, ch. vu.

dente, lui donner une autorité nouvelle et une plus grande précision.

Les études auxquelles Descartes se livra pour parvenir à la connaissance de la nature humaine le rattachèrent à cette école de physiologie spiritualiste sans l’amener exactement aux mêmes conclusions sur les attributions et le caractère du système nerveux.

Ainsi que Galien, il considère le cerveau comme l’officine et le réservoir des esprits animaux, mais il entend autrement que Galien leur distribution dans l’économie : Galien les envoie aux parties par les artères ; Descartes, par les nerfs.

Selon lui, les esprits animaux viennent du cœur avec le sang le plus subtil, et c’est dans le cerveau qu’ils en sont séparés en passant à travers les pores des vaisseaux. Ayant acquis une existence distincte, ils pénètrent la substance cérébrale pour la nourrir et l’animer, et de là ils s’insinuent dans les nerfs, leurs conduits naturels.

Le cerveau est donc, aux yeux de Descartes, le point de départ des nerfs, comme il est celui des esprits animaux. 11 est aussi pour lui le siège de l’âme.

L’âme est présente à tout le corps , mais c’est sur un point du cerveau qu’elle concentre son activité et sa puissance; ce point central est la glande pi-

néale. C’est là que viennent aboutir toutes les sensations, ou plutôt, c’est là que toute impression reçue se transforme en sensation, et c’est de là que parlent les impulsions volontaires, et, avec elles, les esprits moteurs.

C’est dans le cerveau et par le cerveau que l’âme entend , imagine et sent (1)... car c' est ï âme qui sent , et non le corps, dit Descartes (2).

La preuve en est que, « lorsque l’âme est divertie par une extase ou forte contemplation, tout le corps demeure sans sentiment, encore qu’il y ait divers objets qui le touchent. Et on sait que ce n’est pas proprement en tant qu’elle est dans les membres, qui servent d’organes aux sens extérieurs, qu’elle sent, mais en tant qu elle est dans le cerveau , où elle exerce cette faculté qu’on appelle le sens commun ; car on voit des blessures et des maladies qui, n’offensant que le cerveau seul, empêchent généralement tous les sens, encore que le reste du corps ne laisse point pour cela d’être animé. Enfin, on sait que c’est par l’entremise des nerfs que les impressions que font les objets dans les membres extérieurs parviennent jusqu’à l’àme dans le cerveau : car on voit divers accidents qui, ne nuisant à rien qu’à quelque nerf, ôtent le sentiment de toutes les parti) Les Principes, t. III des Œuvres, p. îJOü.

(2) La Dioptr., IV8 Discours, t. V, p. 34.

ties du corps où ce nerf envoie ses branches sans rien diminuer de celui des autres (1). »

On ne saurait ni mieux observer, ni raisonner mieux sur les faits observés. Pourquoi faut-il que l’envie de tout expliquer entraîne toujours Descartes hors du champ de l’observation.

Frappé d’une part de l’indivisibilité de la pensée et de l’unité du moi, et considérant d’autre part le grand nombre de sensations et d’images qui peuvent affecter l’âme en même temps, il en conclut que ces sensations et ces images, transmises par des organes divers, doivent aboutir à un centre unique où lame est particulièrement présente; et comme il ne voit dans le cerveau, à l’exception de la seule glande pinéale, que des parties doubles, symétriques et complexes, et que du reste la glande pinéale occupe à la base des hémisphères une position centrale, au-devant du cervelet et en arrière du troisième ventricule, et qu’elle est recouverte par la toile choroïdienne au travers de laquelle, selon lui, les esprits animaux pénètrent dans l’encéphale, il envisage cette petite glande comme le siège propre de l’âme.

« La raison qui me persuade, dit-il, que l’âme ne peut avoir en tout le corps aucun autre lieu que cette glande où elle exerce immédiatement ses fonc-

(I) La Dioptr., IV^ Discours, t. V, p. 34.

lions, est que je considère que les autres parties de notie cerveau sont toutes doubles, comme aussi nous avons deux yeux, deux mains, deux oreilles, et enfin tous les organes de nos sens extérieurs sont doubles ; et que, d autant que nous n’avons qu’une seule et simple pensée d’une même chose en même temps, il faut nécessairement qu il y ait quelque lieu où les deux images qui viennent par les deux yeux, où les deux impressions qui viennent d’un seul objet par les doubles organes des autres sens, se puissent assembler en une avant quelles parviennent à lame , afin quelles ne lui représentent pas deux objets au lieu d un ; et on peut aisément concevoir que ces images ou autres impressions se réunissent en cette glande, par 1 entremise des esprits qui remplissent les cavités du cerveau ; mais il n’y a aucun autre endroit dans le corps où elles puissent ainsi être unies, sinon ensuite de ce qu’elles le sont en cette glande (t). »

On peut objecter à Descartes que, d’après ses doctrines mêmes, il n’est pas nécessaire, pour expliquer la centralisation de nos sensations, de donner à 1 âme un organe unique, car l’âme, étant une substance simple et élémentaire, sert par elle-même de lien et de centre aux différents organes, tandis que la glande pinéale n’est qu’un corps composé qui ne (I) OEuvr. de üescartes, les Passions de l'âme, t. IV, p. 64.

répond nullement à la simplicité de nos pensées; et d’ailleurs la physiologie expérimentale nous apprend que la destruction des lobes cérébraux, bien avant que cette glande soit atteinte, suffit à l’abolition de la perception et de la volonté. Mais acceptons l’hypothèse de Descaries pour le suivre dans ses explications.

La glande pinéale étant le siège propre de l’âme, comment les impressions venues du dehors parviennent-elles à cette glande, et de quelle manière l'âme fait-elle sentir aux organes sa présence et son action? — Tout cela, dit Descartes, s’opère par l’entremise des nerfs, et leur structure nous fait comprendre comment cela s’opère.

« 11 faut distinguer trois choses en ces nerfs, à savoir, premièrement, les peaux qui les enveloppent et qui, prenant leur origine de celles qui enveloppent le cerveau, sont comme de petits tuyaux divisés en plusieurs branches qui se vont épandre çà et là par tous les membres en même façon que les veines et les artères ; puis, leur substance intérieure qui s étend en forme de petits filets tout le long de ces tuyaux depuis le cerveau, d’où elle prend son origine, jusqu’aux extrémités des autres membres où elle s’attache, en sorte qu’on peut imaginer en chacun de ces petits tuyaux plusieurs de ces petits filets indépendants les uns des autres; puis, enfin,

les esprits animaux qui sont comme un air ou un vent très-subtil, qui, venant des chambres ou concavités qui sont dans le cerveau, s’écoule par ces mêmes tuyaux dans les muscles (1). »

Après cette exposition de la structure des nerfs, Descartes, pour faire ressortir l’excellence de sa théorie, propose le problème suivant :

D’où vient qu’un même nerf est à la fois un organe de sentiment et un organe de mouvement, et que néanmoins, dans certains cas de paralysie, le mouvement est aboli, tandis que le sentiment persiste?

Certains anatomistes, dit-il, ont cru lever cette difficulté en admettant des nerfs moteurs et des nerfs sensitifs, mais l’expérience ne vient point à l’appui de leur distinction. D’autres ont prétendu que la faculté sensitive était attachée aux enveloppes du nerf, tandis que la faculté motrice tenait au nerf lui-même ; autre hypothèse qui n’est pas plus soutenable.

Tout s’explique, au contraire, si l’on admet que les esprits, dont les nerfs sont les conducteurs, déterminent les contractions des muscles, et par ces contractions le jeu de toute la machine, et si l’on reconnaît que les petits filets contenus dans la gaîne des nerfs sont les organes du sentiment. Par là, on comprendra très-bien comment un même nerf

(I) OEuvr. de Descartes, la Diopt., t. V, p. 35.

transmet à la fois le sentiment et le mouvement, et

comment le mouvement peut être aboli, si le cours

des esprits est interrompu, sans que le sentiment

soit pareillement aboli, le sentiment étant lié à l’intégrité des filets nerveux.

« Ces petits filets enfermés, comme j’ai dit, en des tuyaux qui sont toujours enflés et tenus ouverts par les esprits qu’ils contiennent, ne se pressent ni empêchent aucunement les uns les autres, et sont étendus depuis le cerveau jusqu’aux extrémités de tous les membres qui sont capables de quelque sentiment, en telle sorte que, pour peu qu’on touche et fasse mouvoir l’endroit de ces membres où quelqu’un d’eux est attaché, on fait aussi mouvoir au même instant l’endroit du cerveau d’où il vient, ainsi que, tirant l’un des bouts d’une corde qui est toute tendue, on fait mouvoir au même instant l’autre bout (1). »

Descartes était sur la voie de la véritable explication de cette double faculté que possèdent les nerfs de transmettre le mouvement et le sentiment, lorsqu’il reconnaissait que chaque faisceau nerveux est composé de filets distincts et indépendants , mais il n’a pas suivi cette idée; il n’a pas cherché par l’expérimentation à quoi pouvaient servir les doubles racines des nerfs dont Galien et Vésale avaient cons-

(I) La Diopt., dise. IV.

taté l’existence; il ne semble môme pas s’en être aperçu, du moins il n’en parle pas.

Au point de vue des connaissances anatomiques, Descartes le cède à plusieurs de ses contemporains et de ses devanciers ; mais dès qu’il s’agit d’établir l’existence de cette force particulière qui est unie aux organes et qui les domine, il n’a plus d’égal ; et la page que nous avons citée, dans laquelle il démontre que cest l'âme qui sent et non le corps , celte page, à elle seule, rachète toutes ses erreurs.

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