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nous a donnés, si ce n’est pour en garder quelque autre plus important (1). »
Quant à l’imperfection de notre vue relativement aux objets qui se dérobent à nos regards, soit par leur petitesse, soit par leur éloignement, Descartes en donne aussi la vraie explication en disant que, dans l’un et dans l’autre cas, les rayons lumineux qui partent des objets s’unissent et se confondent avant d’arriver à notre reil, ce à quoi on remédie, dans le premier cas, à l’aide du microscope qu’il appelle la lunette à puce , et, dans le second cas, à l’aide du télescope. Il fait observer que ces instruments, qui d’abord concentrent les rayons lumineux, les transmettent ensuite à nos yeux de manière à ce que nous apercevions les objets d’où ils partent sous un angle beaucoup plus grand que nous ne les pourrions voir sans cela; « en sorte, dit-il, que si la main des ouvriers ne nous manque, nous pourrons par cette invention voir des objets aussi particuliers et aussi petits dans les astres que ceux que nous voyons communément sur la terre (2). »
C’est assurément une espérance vaine, mais il est bon quelquefois de viser à l’impossible, pour arriver au possible. Celui qui aurait prédit les résultats que l’on a obtenus, depuis un demi-siècle, à l’aide du té-
(1) Septième dise, de la Dioptr., t. V des Œuvres, p. 77.
(2) Ibid.
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lescope perfectionné, eût passé pour téméraire, et peut-être faut-il en dire autant de ceux qui ont été obtenus à l’aide du microscope? Nous avons été aussi loin dans le monde des infiniment petits que dans les espaces célestes. Je ne sais même pas si nos conquêtes en ce genre ne sont pas plus nombreuses et plus étendues. C’est à l’emploi du microscope que nous devons la création d’une science nouvelle, X histologie , qui a pour objet la composition des tissus organiques.
Descartes prévoyait ce résultat, et il semblait lire dans l’avenir quand il disait : « Afin que la difficulté que vous pourrez trouver en la construction de ces dernières lunettes (les microscopes) ne vous dégoûte, je vous veux avertir qu’encore que d’abord leur usage n attire pas tant que celui de ces autres qui semblent promettre de nous élever dans les cieux, et de nous y montrer sur les astres des corps aussi particuliers et peut-être aussi divers que ceux qu’on voit sur la terre, je les juge toutefois beaucoup plus utiles, à cause quon pourra voir par leur moyen les divers mélanges et arrangements des petites parties dont les animaux et les plantes , et peut-être aussi les autres corps qui nous environnent , sont composés , et de là tirer beaucoup d’avantage pour venir à la connaissance de leur nature : car déjà, selon l’opinion de plusieurs philosophes, tous ces corps ne sont faits que des par-
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lies des éléments diversement mêlés ensemble; et, selon la mienne, toute leur nature et leur essence, au moins de ceux qui sont inanimés, ne consiste qu’en la grosseur, la figure, l'arrangement et les mouvements de leurs parties (1). »
Quelle hardiesse, et en même temps quelle sûreté de coup d’œil ! Par sa Dioprique, Descartes s’est placé au rang des plus grands physiciens et des mathématiciens les plus illustres. 11 a posé des lois que la science a adoptées ; sa théorie de la lumière semble devoir l’emporter définitivement sur celle de Newton. La physiologie moderne lui doit l’explication scientifique du phénomène de la vision ; et là, comme ailleurs, il a montré que la physiologie, loin d’étouffer, en se développant, la psychologie spiritualiste lui fournit au contraire des armes nouvelles et doit assurer son triomphe.
(1) Dixième dise, de la Dioptr., l. V des Œuvres, p. 152.