‹ Descartes considéré comme physiologiste et comme médecinChapitre 3 sur 46 · IH · texte numérisé non relu

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Tandis qu’il en scrutait les profondeurs, d’autres en exploraient la surface. Les Portugais rapportaient des Indes orientales, et les Espagnols, du nouveau continent, des productions inconnues des anciens dont la médecine tirait de grandes ressources. Le goût de la botanique et celui de la zoologie se répandaient partout. On n'avait jamais cessé, même dans les temps les plus barbares, de cueillir des simples pour le soulagement des malades : au seizième siècle, l’utilité ne fut plus l’unique mobile de ces recherches; un but supérieur parce qu’il les comprend tous, la science en elle-même, attirait les . esprits. La botanique est une des branches les plus attrayantes de la science. Elle fut cultivée avec passion au seizième siècle. Les médecins, les philosophes, les gens du monde, herborisèrent à l’envi.

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Le duc de Ferrare, Hercule 1Y, accompagné de son médecin, Antoine Brassavola, parcourut à pied les Alpes et l’Apennin, et il fit transplanter dans une presqu’île formée par le Pô les plantes les plus remarquables qu’ils recueillirent. Ce fut l’origine et le modèle de tous les jardins botaniques qui ont été institués depuis.

Nous devons à Brassavola un ouvrage sur les plantes médicinales : Examen omnium simplicium medicamentorum. La même année où il le faisait imprimer à Rome, en 1536, un médecin français, Jean Ruel, en latin Ruellius, en publiait un à Paris, sur la Nature des végétaux, de Naturâ stirpium , où il y a certainement plus d’érudition que d’observation, mais qui a le mérite de la priorité parmi nous.

Les savants des divers États de l’Europe rivalisaient alors de zèle. Un Allemand, nommé Othon Brunsfeld, d’abord maître d’école à Strasbourg, puis médecin à Bâle, publia en 1530 deux volumes in-folio sous le titre de Vivants Portraits des plantes, Herbarum vivœ icônes , titre justifié par d’assez bonnes figures qui constituent une des plus heureuses innovations du seizième siècle.

Quelques années plus lard, un autre Allemand, Jérôme Bock, qui passait sa vie à explorer les Vosges, publia en 1539, sous le titre de Nouvel Herbier , un ouvrage où l’on trouve une première tentative

de classification. Les plantes y sont divisées en plantes sauvages et en plantes fourragères, en arbres et en arbustes.

A la même époque Euricius Cordus, qui exerçait la médecine à Erfurt, crée dans cette ville, pour son usage particulier et celui de ses élèves, un jardin botanique à l’instar de celui que le duc de Ferrare, aidé de Brassavola, avait fondé en Italie.

Supérieur aux deux botanistes précédents, et leur compatriote aussi bien que leur contemporain, Léonard Fuchs, médecin du margrave d’Anspach, se distingua également par ses connaissances en anatomie et en botanique, mais surtout en botanique. Il fit paraître, en 1542, l’année même où s’imprimait l’anatomie de Yésale, un ouvrage intitulé : De historié stirpium Commentarii , où l’on voit plus de cinq cents figures de plantes exactement reproduites.

L’apparition des ouvrages à figures dans ce siècle doit être notée comme un fait considérable. Rien n’a plus contribué à l’extension des sciences. Les figures parlent aux yeux; elles fixent l’attention et complètent la pensée; pour l’ignorant, elles suppléent à la lecture.

Dès que les Portugais eurent des établissements aux Indes orientales, leurs médecins étudièrent les productions de ces contrées. L’un d’eux, Garcias

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ab Horto, fonda dans l’île même où est aujourd’hui Bombay un jardin où il rassembla les plan(es du pays usitées en médecine. Ces plantes, dont le suc, l’écorce ou la graine fournissaient déjà depuis longtemps à l’Europe des drogues fort employées, n’v étaient pas connues en elles-mêmes, lorsque Gardas les décrivit dans un ouvrage qui fut imprimé àGoaen 1563. C’est le premier qui traite de l’aloès, de l’assa fœtida, du benjoin, du camphrier, de la cannelle et du girofle.

Un des élèves de Garcias, nommé Christophe Acosta, publia plus tard sur le même sujet un ouvrage qui complète celui de son maître; on y voit figurer la sensitive.

Danslemême temps, un médecin espagnol , Nicolas Monardès, s’appliquait à l’étude des végétauxdu nouveau continent. Le premieril a parlé de cette plante âcre et vénéneuse, le tabac, dont, pour leur malheur, les générations modernes se sont affolées. Le gaïac et la salsepareille sont également décrits par Monardès, mais il ne dit rien de ce précieux tubercule, la pomme de terre, importé en Europe vers la fin du seizième siècle. On en trouve la première description dans les écrits d’un autre grand botaniste de ce temps, Clusius, qui a tout à la fois contribué aux progrès de la zoologie et à ceux de la botanique.

Clusius, né en 1526, visita en naturaliste TEu-

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rope entière, et, non content de ce qu’il avait vu et recueilli par lui-même, il s’enquit avec soin de tout ce qui était dit et publié sur les plantes étrangères; aussi trouvons-nous dans ses divers ouvrages de botanique qu’il réunit en un seul, vers la fin de sa vie, sous le titre de Rariorum plantarum Historia , plus de six cents espèces qui n’avaient point encore été décrites. De ce nombre est la solanée qui donne la pomme de terre. Clusius nous apprend qu’elle était d’un usage général en Italie dès l’année 1586, qu’elle y fut introduite par les Espagnols, et que ceux-ci l’avaient rapportée du Pérou.

Les botanistes grossissaient ainsi chaque jour leur %

catalogue; les descriptions devenaient plus exactes et la nomenclature moins confuse; on commençait à établir des distinctions et à constater des rapports, mais ces distinctions et ces rapports étaient empruntés à des caractères tellement superficiels, que ce n’était 'encore qu’une science de détails sans lien et sans moyen sûr d’investigation, lorsque Conrad Gessner et André Césalpin posèrent les fondements d’une méthode tirée des sources mêmes de l’organisation végétale.

Conrad Gessner, né en 1516, à Zurich, comme Paracelse se voua d’abord à’ l’étude de la médecine, mais les sciences qui y touchent l’attirèrent plus particulièrement et l’absorbèrent. Il devint un na-

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turalisfe de premier ordre, et l’on serait embarrassé de décider si la zoologie lui est plus redevable que la botanique. Il fut le premier à s’apercevoir que les plantes qui se ressemblent par leurs fleurs et leurs fruits se ressemblent aussi par d’autres côtés et ont ordinairement des propriétés analogues, d’où il tira cette conclusion que c’est dans les organes de la fructification qu’il faut chercher les caractères génériques des végétaux et la base de leur classification. Il ledit expressément; mais sa découverte se borne à une indication; il ne lui a pas été donné d’aller plus loin ; tandis que, à la même époque, André Césalpin, qui a eu la même idée et une conception plus complète de l’organisation végétale, asu en faire l’application.

Césalpin, né à Arezzo en 1519, mort à Rome en 1603, remplit presque tout le siècle de sou nom et de ses travaux. La philosophie, l’histoire naturelle, la médecine s’en honorent. Comme philosophe, il ajoute un nouveau lustre à l’école d’Averrhoës (1) : comme médecin, nous lui devons une première vue de la circulation pulmonaire et une vue anticipée de la circulation générale; comme botaniste, il a sa place marquée parmi les fondateurs de la méthode naturelle.

(1) Voir la VIe leçon de l’Histoire générale de la philosophie, par AI. V. Cousin. Paris, 1803.

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Jusqu'à lui, on classait les plantes d’après leurs usages, d’après les lieux d’où elles sont originaires, ou même selon l’ordre alphabétique de leurs noms. Césalpin, dans son ouvrage de Plantis, imprimé à Florence en 1583, traite de la structure des plantes, compare leurs graines à l’œuf des animaux, distingue les organes femelles, donne le nom de plantes mâles à celles qui n’ont que des étamines et celui de plantes femelles à celles qui portent la graine, et enfin il les classe d’après des caractères tirés de leur organisation même. Il admet d’abord deux grandes divisions, les arbres et les herbes, et il les subdivise par groupes selon que leurs semences sont apparentes ou cachées, solitaires ou multiples. De là à la méthode naturelle, il n’y a qu’un pas. Césalpin est le précurseur immédiat des Linnée et des de Jussieu.

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