Correspondance, I, p
DESCARTES ET LA MUSIQUE s 29
nombre des consonnances : « Il se rapporte aux consonnances comme l'unité se rapporte aux nombres ! ».
« La première de toutes les consonnances est l’octave ? », affirme Descartes. Il accepte ici l'opinion générale au sujet de l’octave
qui, dit Zarlino, est nommée par les musiciens Genetrice, Madre,
Fonte, Origine, Principio, Luogo, Ricetto, et Soggetto universale d’ogni Consonanza, et d’ogni Intervallo, quantunque minimoÿ. Salinas avait posé de même que, l'unisson étant, pour les consonnances, le principium a quo, quemadmodum unitas est principium a quo omnes numeri derivantur, l'octave, ou diapason, en était le principium per quod: quemadmodum D. Augustinus vocat in numeris unilatem principium a quo et binarium principium per quod*. Descartes allègue, pour justifier cette primauté de l’octave, la propriété qu'elle a de contenir toutes les autres consonnances ou de contribuer à les former, si elles la dépassent en amplitude. Elle est d’ailleurs plus facile à percevoir que toute autre, puisqu elle est formée d’après la plus simple des proportions ?. De plus, la nature nous avertit, en quelque sorte, de la prééminence de cet intervalle. « Si l’on force le souffle dans une flûte, soudain le son octavie, et il n’y a point d'autre raison pour que le son passe immédiatement à l’octave, plutôt qu’à la quinte ou à d'autres consonnances, sinon que l’octave est la première de toutes, et la moins différente de l'unisson f. » Ici, Descartes entrevoit, comme en d’autres passages que nous avons signalés 7, l'existence des harmoniques : il ajoute du reste que, à son avis, « l’on n'entend aucun son, sans que l’octave supérieure n'en semble résonner aux oreilles, d’où il est arrivé que, dans le luth, on ajoutât aux cordes plus épaisses qui produisent les sons graves, de moindres cordes qui se touchent en même temps et font que les plus graves s'entendent plus distinctement$ ». Pour faire constater à quel point l’octave se rapproche de l'unisson,