Compendium, p
l'explication que D. des Chartes, amicus noster, a proposé sur ce point, dans le petit livre de musique dont lui, Beeckman, a reçu l'hommage. Descartes avait écrit : Ratio quare id potius servetur in motu a consonantiis imperfectis ad perfectas, quam in molu perfectarum ad perfectas, est quia dum audimus imperfectam, aures perfectionem expetunt! in quä magis quiescant, atque ad id feruntur impetu naturali, unde fit ut magis vicina debet poni, cum scilicet illa sit quam desiderant : contra vero dum auditur perfecta, imperfectiorem nullam expectamus, ideoque non refert utra sil quæ ponatur. Dans ce passage transerit par Beeckman pour Mersenne, Descartes suit d’assez près Zarlino, qui observe aussi que, si l’on passe des consonnances parfaites aux imparfaites, il n’y a pas lieu de choisir entre les imparfaites, toutes acceptables, sans distinction : Quando pot si porrà la consonanza imperfetta dopo la perfetta, allora non è necessario havere questa consideratione ; pur che si osservi che i movimenti, che fanno le parti, siano regolati, secondo il modo mostrato di sopra. Io dico dalla perfetta all” imperfetta, per questa ragione : percioche ciascuna cosa desidera naturalmente , la sua perfettione, alla quale desidera di pervenire più presto, et col migliore et piu breve modo, che puote ; laqual perfettione in questo genere s'attribuisce alle consonanze perfette. La onde ciascuna cosa facilmente (come ad on’ uno è manifesto) dalla perfettione pud passare all imperfettione, ma non per il contrario ; percioche è cose più difficile fare una cosa, éhe non è al, distruggerla et roinarla. Di modo che quando si operasse altramente di quel che hÔ detto, sarebbe un’ operare contra l’ordine et contra la natura delle cose, conciosia che le imperfette tanto più partecipano della perfettione, quanto più s’accostano alla lor vicina perfetta, et si rendono etiandio all Udito tanto pià dolci et più soavi?.
Mersenne connaissait bien ces arguments de Zarlino, que Descartes avait renouvelés en les vivifiant par l’observation psychologique. Cependant, quelques musiciens ayant sans doute constesté la valeur des règles qu'il publie dans son livre de 1627, il se montre, en 4629, hésitant sur quelques points, quant à l’enchaînement des consonnances. Par la lettre où il cite Descartes, 1. Dans l’édition de 1656 du Compendium, nous lisons expectant.
2. Bibliothèque nationale, ms. fr. nouv. acq. 6206, p. 57. 3. Istitutioni harmoniche, p. 231 de l'édition de 1589.
ES
Beeckman, comme nous l’avons vu, répond à une demande de Mersenne, désireux d’avoir des éclaircissements sur une question que, pourtant, il a paru lui-même résoudre. Ces incertitudes venaient évidemment des discussions qu'il avait engagées avec des compositeurs. Les conditions d’après lesquelles doivent se succéder les consonnances n'étaient pas observées par tous les maîtres. Adrian Petit Coclicus qui, sur le titre de son Compendium musices (1552), s'annonce fièrement comme l'élève de Josquin de Près, écrit, dans le cours de son ouvrage: Sunt qui asserunt unisonum requirere térliam, terliam autem quintam, quintam vero sextam, sextam aulem octavam, octavam, quintam
aut decimam. Sed losquinus Ræc non observavit !. La confiance
de Mersenne en ses propres théories avait été probablement ébranlée par les objections et les exemples d’artistes chez lesquels se perpétuait quelque chose de l'indépendance qui avait rendu Josquin si grand. Il. était d’ailleurs fort difficile d’appliquer d’étroites prescriptions, et d'établir rigoureusement des séries d'intervalles de nature différente. Titelouze, que Mersenne avait aussi interrogé, lui montrait, dans une lettre du 30 novembre 1629, combien le problème éfait complexe : « Pour de l'unisson à la tierce mineure, c'est un long discours, car il faut sçavoir en quel lieu de la gamme, parce que les consonances sont meilleures en leur propre lieu que non pas ailleurs et puis si c’est par mouvement contraire, et à combien de parties est la chanson, et beaucoup d’autres choses qu'il faut considérer, car, ainsi que me les envoyez, cela se pratique fort peu souvent si ce n’est à 6 et 7 parties. Je dis en ce lieu de la gamme que m'avez noté, pour juger lequel est meilleur, ce doit estre le premier, par ce qu'il trouve la tierce plus près de son lieu naturel ?. » La fin de ce passage reste obscure, parce que le texte musical auquel Titelouze fait allusion nous manque. Mais on voit bien que Mersenne, fort
-embarrassé en cette controverse relative à la disposition des inter-
valles successifs dans le contrepoint, avait eu recours à plusieurs de ses correspondants pour leur demander de l’éclairer. Il s’était
tourné aussi vers Descartes. Dans sa lettre du 8 octobre 4629,
écrite ainsi deux jours seulement avant la lettre de Beeckinan,
1. Luther constatait aussi l'indépendance du génie de Josquin lorsqu'il disait que ses chants s'élèvent, libres comme le chant des pinsons.